‹ La vie arabe et la société musulmaneChapitre 120 sur 157 · LA ME A 1( AISE · texte numérisé non relu

LA ME A 1( AISE

LES KHOL'ASE, LES FRËRES — LES MOOL-SAA —

LES DERKAOCA

Par la longue nomenclature des phrases et formules contenues dans ce livre, j’ai déjà assez indiqué la force du sentiment religieux qui porte les Arabes à fonder partout sur le Koran leur organisation civile, politique et administrative. La terre, je le répété, est divisée pour eux en deux parts: les musulmans et l’ennemi.

C’est aussi la formule romaine : adversus hostem alterna auctoritas esta. Tout ce que les Komains purent prendre sur eux de faire dans les commencements de leur puisance à l’égard de ce qui n’était pas eux, fut de le considérer comme un ennemi cessant momentanément de l’ûtrc : hoslis, hospes, hôte.

Une personnalité aussi vivace qui a résisté aux guerres intestines, aux mélanges des populations, aux différences de climat, maintient réunis sous une idée commune tous les membres épars de celte grande famille de l’islam. Un musulman, quel qu’il soit, Turc, Arabe, Persan, Indien, Tartare, etc., etc., est toujours le même partout. L’obligation absolue du pèlerinage de la Mecque est la chaîne qui relie tout ce monde-là. Je l’ai montré au commencement de cet ouvrage.

Mais, en dehors de l’organisation puissante dont je viens de parler, il existe en outre dans l’Algérie des associations particulières qu’il est utile de bien connaître et surtout de bien surveiller. Ce sont les khouane, les frères ; ces volontaires de la foi, qui constituent des ordres religieux indé-

LES KHOUANE

pendants les uns des autres. Chacune de ces congrégations a ses statuts et ses prières propres, qui consistent soit dans une formule — deker — dictée par le chef auquel elles se sont données, soit dans une manière spéciale de réciter le chapelet. Entrer dans l'une ou dans l’autre s’appelle prendre la rose de tel ou tel saint, faire partie de la confrérie de tel rosaire.

Voici les principales, désignées par le nom de leurs fondateurs:

Sidi Aabd-el-Kader el Djilali, dont le tombeau est à Bagdad.

Sidi Aabd-er-I\hhamane bou Keberine, le père des deux tombeaux. L’un se trouve dans le Djcrdjera, et l’autre aux environs d'Alger.

Sidi Hamed-el-Tedjini, mort dans le Maroc ; ses descendants habitent encore Adin-Mahdi.

Sidi Moulai / Thayeb, chérif, descendant du Prophète, dont l’ordre jouit d’une très-grande influence, principalement dans le Maroc.

Sidi Muhhamed beu Aa'issa, père de la secte des adissaoua, qui joignent à l’exaltation religieuse commune aux autres confréries la spécialité de faiseurs de tours et de charmeurs de serpents, moyens de persuasion infaillibles sur les populations arabes. Des différents ordres de khouane, c’est peutêtre le plus dangereux, parce qu’il échappe généralement à la défiance, voyage partout avec un bon prétexte, toujours bien accueilli. On se rappelle involontairement, en les voyant, ces psylles, qui de Numidie, venaient amuser Rome de leurs jongleries célèbres.

On doit bien s’attendre à ce que la haine du chrétien, de l’étranger, possesseur du pays, soit une des plus étroites obligations des khouane. C’est en effet de chez eux que sont lancés contre notre domination ces moul saa, ces maîtres de

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l’heure et ces cherfa, chérifs vrais ou faux, en qui les tribus frémissantes sont toujours prêtes à saluer le libérateur.Aussi, sans cesse en marche pour parcourir le pays, souffler la guerre, diminuer les défaites par des prophéties après coup, et ramasser pour l’instant favorable toutes les forces musulmanes contre l'infidèle, tel est le rôle de ces ordres redoutables et insaisissables à la fois, qui étendent du Maroc à la Mecque leur action persévérante et cachée.

Je n’ai qu’un mot à dire d'une autre secte, les derkaoua, qui est véritablement une société secrète, politique et religieuse tout à la fois. Leur nom signifie * les rapiécés », à cause de leurs vêtements qu’ils affectent de porter en loques, et « les cachés », à cause du mystère dont ils enveloppent leurs statuts. Également ennemis des Turcs, d'Aab-el-Kadcr et des Français, ils ne connaissent que leuis chefs; aussi la qualification de révoltés s'attache-t-elle en outre à leur ordre dans toute l’Afrique. La guerre contre tout pouvoir établi, le retour à la pureté primitive de la religion, qu'ils prétendent altérée, voilà leur objet et leur but (1).

(I) Consulter, pour les ordres religieux de l'Algérie, le Irès-mile ouvrage de M. le capitaine d’état-major de Neveu, aujourd’hui général du brigade. Il a pour titre : lei Khouan.

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