RI
Quand on rencontre un ami qui sort du bain, on lui dit :
Qu’il te soit comme un bain pris avec l’eau de Zemzem !
H hammam Zemzem !
11 vous répondra :
S'il plaît à Dieu, tu prospéreras.
Ennchaallah terbahh!
Byr Zemzem est la source que Dieu fit jaillir dans le désert pour apaiser la soif d’Ismaël, qui, sur les instances de Sara, venait d'être chassé, avec sa mère, par Abraham. Les mulsulmans la tiennent en grande vénération ; quand ils se rendent à la Mecque, ils ne manquent jamais de rapporter à leurs parents et à leurs amis un peu de cette eau miraculeuse dont ils se servent pour arroser les linceuls de ceux que Dieu appelle à lui. On l’enferme dans des vases solides, à goulot étroit, et que l’on nomme zemzemiyate.
Chez le barbier, dès qu'un homme vient de se faire raser la tète, les assistants le complimentent ainsi :
Avec la santé, le rasement.
Sahha et-thhaffif.
Il doit répondre :
Qnc Dieu vous bénisse !
Allah ibarek fikoum!
Si, sur votre chemin, vous voyez quelqu’un qui travaille, n'oubliez pas de lui dire :
Que Dieu le vienne en aide t
Allah ïaaounek !
Un ouvrier vous a-t-il présenté un produit de son travail, en le lui rendant, prononcez ces paroles :
Que Dieu te donne la force !
Allah iaatik sahlia !
Dans les deux cas, on vous répondra :
Que Dieu soit miséricordieux pour les auteurs de tes jours !
Allah irhham oualdik !
Passez-vous devant des gens qui sont à table, saluez-les ainsi :
Que Dieu vous rassasie ! | Allah ikennaa-koum !
Quand un éternument se produit devant vous, hâtezvous de dire :
Que Dieu te préserve 1 | Allah inedjik !
Après un gros soupir, faites cette exclamation :
Que Dieu me pardonne tout ce que j’ai fait !
Staghfir Allah bi ma kana!
A l'offre d’une pipe de tabac ou d’uue tasse de café, etc., répondez :
Quelle soit la bienvenue ! | Marhhaba !
LE SAVOIR-VIVRE 521
— Vous apporte-t-on des primeurs, raisins, figues, melons, pastèques, etc., etc., remerciez en disant:
Qu’ils soient les bienvenus! la figure du Prophète est venue nous visiter.
Marhhaba ! Zar-na oudjh en-nebi.
Quand le moment arrive de dormir pour un hôte que vous avez reçu sous votre tente, en le quittant, dites-lui :
Dors et que tes rêves soient agréables !
Ergoud, ou nuumek hhalou !
A un homme entrant dans un appartement sans en fermer la porte, ne criez pas brutalement: « Ferme ta porte; » faiteslui tout simplement cette allusion :
Que Dieu se rappelle le menuisier !
Allah irhham en-nedjar !
11 comprendra et s’exécutera de bonne grâce.
D’après les mœurs arabes, on ne peut pas satisfaire, en restant debout, à ce besoin naturel que notre tolérance européenne nous permet d’accomplir dans cette position. Si, devant eux, nous violons ce principe, et cela nous arrive souvent, on ne nous le pardonne pas.
L’éructation n’est pas une grossièreté. Quand donc arrive ce qui, chez nous, serait un grave accident, ce qui, chez eux, n’est qu'un indice de prospérité, de large satisfaction d’appétit, l’auteur de cette incongruité dit avec le plus grand sangfroid :
Je remercie Dieu. | Lhhamedou tellah !
Sous entendu : « Qui m’a donné assez de bien pour remplir mon ventre. »
Il est du plus mauvais ton de siffler. Les hommes du peuple eux-mémes ne sifflent que pour réunir les chiens. On a eu le talent de leur faire croire qu’en sifflant on appelle inévitablement le malheur sur sa tête. Ici, du moins, le préjugé n'a été imposé que pour un motif raisonnable.
Chez les Arabes, on applaudit, comme chez nous, en se frappant les mains l’une contre l’autre — tessefik. Keff. — Seulement, au lieu de crier « Bravo ! bravo 1 » on crie : Saliha ! sahha ! — que Dieu te donne la force !
Quant aux applaudissements des femmes, ce sont les pris de joie : you ! you ! dont j’ai déjà parlé. On les nomme lezegherite.
Dans les tribus, si un homme chantait auprès des tentes, non pas devant, mais seulement à proximité des femmes, il risquerait fort d'attraper un coup de fusil.
C’est un péché que de manger dans la rue. On peut ainsi exciter la convoitise de plus pauvre que soi : dehors, dans la campagne, on se cache comme on peut, et, si quelqu’un vient à passer, il faut l’inviter à partager le repas, quelle qu’en soit la frugalité.
On ne doit jamais éteindre un flambeau avec son souffle, mais avec le vent produit par le passage rapide de la main. Pourquoi? Parce que, la lumière étant regardée comme un des signes visibles de la Divinité, ce serait l'outrager que de la mettre en contact avec un air vicié et corrompu.
Voulez-vous du feu pour allumer votre pipe, ne dites
pas:
LF. SAVOIR VIVRE
Apporte/.-moi du feu ! | Djib-li en-nar !
Vous prêteriez le flanc à un jeu de mots tout entier à votre désavantage, le mot tiar s’appliquant surtout au feu de l’enfer; mais dites :
Apporte-moi la paix, la tranquillité !
Djib-li el aafia !
Veut-on se débarrasser, avec politesse, d’nn demandeur fatigant et sans qu’il puisse répliquer un seul mot, on l’écoute avec attention, puis on lui répond, en mettant en avant le nom de Dieu:
Vas-t’en, il n’y aura que du bien, Dieu te l'apportera.
Rohheu, ma-kanela le khér, idjiblek Rebbi.
Ou bien:
Dieu l’ouvrira, cette porte, et pour nous et pour vous.
Iftahh Allah, aalina ou aal'ikoüm.
Dieu verra cela! | Iferreilj Allah !
On n’insistera pas; un bon musulman ne peut douter de la munificence de Dieu.
Voulez-vous couper court à des questions ennuyeuses ou n’y pas répondre, le moyen est simple ; on dit:
Cela est loin de moi ; la nouvelle en est chez Dieu.
Je n’ai point à me mêler des affaires de Dieu.
Il n’y a que Dieu qui sache les choses lointaines.
Baaid aaliya; khobaraand Rebbi.
Maandi medkhoul fi œulm Allah.
Ma yaalem bel Ghiyoub, ghér Rebbi.
5Ï4 LA ME AKABE
Tenez-vous absolument à ne pas vous expliquer, faites cette simple exclamation :
Dieu ! | Rebbi !
S’agit-il de mettre fin aux reproches que peuvent sc permettre des amis indiscrets, vous avez une recette toute préparée ; répondez aux leçons qu’on vous fait après coup, pour une maladresse ou pour une faute commise :
C’était l'ordre de Dieu !
C'était écrit chez Dieu !
Dieu l’a voulu !
Dieu m’a trouvé !
Bhakoum Allah !
Mektoub Rebbi !
Rebbi bgha!
Rebbi sab-ni !
Tout le monde se taira, et c’est là le plus grand point : être impénétrable, ne se laisser entamer par aucune importunité.
Quand on ne veut pas répondre à des questions posées par un supérieur, on le lui fait comprendre en disant :
Tu es sultan, et tu en sais plus que moi.
Ennla soultane ,ou ennta taarf.
L’entretien s’arrête. Du reste, ce titre de sultan, tout inférieur le donne pour ainsi dire à son supérieur, ou même à son égal, quand il a besoin de lui.
Voulez-vous faire continuer un récit intéressant à quelqu'un qui s’arrête pour reprendre respiration, lâchez-lui ces mots :
Et alors ? | Dik saa ?
LE SAVOIR-VIVRE
Il poursuivra d'ordinaire ; mais, si cela ne lui convient plus, il se hâtera de répondre :
Et alors, il est tombé dans un puits, et nous l’en avons tiré.
Diksaa tahh fel bir ou djebednah.
Cela équivaut à dire: « Je ne parlerai plus. »
Quand un Arabe veut arrêter son interlocuteur trop pressé de lui couper la parole, il n’a qu’à employer la formule religieuse suivante :
Prie sur le Prophète. | Salli aal nebi.
On prendra patience ; on le laissera achever.
En temps de trouble, quelqu’un vient-il d’un air mystérieux et pour vous sonder dans un intérêt quelconque, vous demander :
Qu’y a-t-il ? ou que n’y a-t-il pas ?
Ach kane ? ou ach ma kane !
Si vous ne voulez pas le renseigner, répondez-lui :
Il y a du bien, et il n’y a pas de mal.
Khér kane ou chorr ma kane.
Ou, si vous l’aimez mieux :
Dieu est partout.
Kane Rebbi fi koul mekane.
On peut encore s’en tirer en lui disant :
Il y a beaucoup à dire, mais le kadi est occupé.
El kelame bezzaf ou le kadi ra mecheghoul.
LA VIL ARABE
Vous avez mis eu avant le non de Dieu, il cessera de vous importuner
Maintenant, vient-on vous annoncer un événement, une nouvelle qui vous est connue depuis longtemps, et pour laquelle, en France, vous ne manqueriez pas de dire: « Ali ! oui ! M. de la Palisse est mort ; » prononcez simplement ces paroles :
Viens, 6 ma mère ! je te montrerai la maison de mon père.
Adji ya imma! nourrik darbaba.
Veut-on prouver à quelqu’un que sa présence ou ses services ne sont plus agréables, on ne le blessera par aucune parole insultante, ou ne lui dira jamais brutalement: < Vat’en 1 » on se contentera, s'il vous adresse la parole, de lui répondre froidement eu fixant les yeux à terre. Il comprendra sur-le-champ qu’il est en disgrâce et cessera de vous importuner. Cela s’appelle hhott el aaïn — le détournement des yeux — hholt aa'inih fih. « Il a ôté ses yeux de lui » veut donc dire: « Il lui a retiré ses faveurs, son amitié. »
C’est presque une injure que de demander à un chef arabe s’il veut vendre son cheval, autant lui dire qu'on le croit dans la misère et trahi par la fortune: quand il juge à propos de s’en défaire, il l'envoie sur un marché lointain, ou il fait connaître son intention dans la contrée. Cette faute-là, nous la commettons souvent.
De môme, il est peu délicat de vanter ou de paraître admirer le cheval, les armes ou n'importe quoi appartenant à un homme de naissance, lise regarderait comme contraint mo-
LE SAVOIR-VIVRE
râlement à vous l’offrir. On prétend cependant que ces exemples de générosité se voyaient autrefois plus souvent qu’aujourd’hui.
Les Arabes nous blâment de notre excès de curiosité; s'arrêter dans la rue, y écouler ce que disent les passants ou se retourner pour admirer quelqu’un ou quelque chose, leur parait une grave atteinte à la dignité, même entre coreligionnaires, à plus forte raison quand il s’agit des chrétiens.
Dans les réunions et dans les fêtes, gardez-vous bien d’engager un Arabe, pour peu qu’il soit considéré, à chanter, à danser ou à jouer d’un instrument quelconque. Il ne pourrait se rendre à vos désirs; s’il le faisait, il porterait atteinte à sa dignité et à sa considération; les siens le placeraient aussitôt dans la catégorie des bouffons et des baladins — te f fane.
A côté de cela, les gens bien élevés peuvent, sans se déconsidérer, aller passer la journée dans la boutique d’un tailleur, d’un sellier ou même d'un menuisier. Pourquoi? Parce que ces états sont propres et n’amènent, en général, de relations qu’avec des personnes riches ou bien élevées.
Chez les barbiers et dans les cafés ne s’arrêtent d’ordinaire que les étrangers ou les gens du peuple.
Si vous voyez un Arabe vous offrir, lors d’une rencontre, la main gauche, ne l’acceptez pas, c’est un signe de mépris. Chez les musulmans, la main gauche ne peut servir que pour les ablutions secrètes.
Dans vos relations avec les Arabes haut placés, n’ayez