I.A ME AltABË
vivant, el t(uc rien ne pouvait apprivoiser. Quelques voyageurs en ont l'ail la rencontre dans les pays sauvages. El Klwtlab prétend en avoir vu un en Syrie et lui avoir donné un coup de sabre.
Il y a des ogres mâles et femelles ; en général, l’ogre est femelle. Pourtant, d'après Kliottab, l'ogre est un démon qu’on trouve du edté de l'Yémen et dans les parties reculées du Saaïd, en Égypte. Lorsqu’il voit l’homme, il le poursuit , l’atteint et satisfait sur lui ses immondes désirs ; la victime ne tarde pas à mourir rongée par les vers.
La première question qu'on adressait à un homme qui avait vu un ogre était celle-ci: « L’ogre t’a-t-il vaincu ou bien en as-tu été quitte pour la peur ? » Suivant la réponse, on le considérait comme un homme mort ou sauvé. En général, la vue d’un ogre stiftit à faire tomber en syncope, les hommes très-courageux seuls peuvent résister.
Une fois dans ce monde fantastique des Arabes Djahiliyas . — païens, — on se heurte à chaque pas contre l'impossible: c’est le pays des hallucinations, des vertiges, des illusions les plus étranges,
Ils croyaient aux djenoune (singulier, djenn djine ), aux aul'rite , ainsi qu’à un grand nombre d'autres démons. Suivant eux, il y en avait des deux sexes, et ils poursuivaient les hommes et les femmes de leurs infâmes et terribles amours, qui Unissaient toujours par amener la mort des victimes de leur lubricité.
Ils prétendaient aussi entendre des voix venant d’êtres invisibles. Abou-Amnar fait à ce sujet des récits merveilleux :
« Nous marchions, dit-il, en compagnie de plusieurs pèlerins, quand un étranger nous rejoignit. De temps eu l 'inps, il poussait une exclamation : « IVnse-l-cIle à moi?
LES ANCIENS ARABES
» — Oui, répondit une voix qui semblait venir de loin, et le » nommé lledjena t’a déshonoré. C’est un homme roux, » court de taille et qui est bossu.» Notre compagnon se tut.
» .Nous arrivâmes enfin à Rassora, terme de notre voyage, l'n soir, je rencontrai mon inconnu, et, à mon grand étonnement, il me fit la confidence suivante : « Croyez-vous qu'à » peine rentré dans ma maison, mes voisins sont venus pour » me saluer, et que, parmi eux, j’ai trouvé un homme por- » tant le signalement exact qui m’avait été donné dans notre » voyage par la voix inconnue ? Alors, je priai ma femme de » me dire le nom de eet étranger. — C’est, me répondil- » elle, le plus agréable de nos voisins, que Dieu le conserve! » Il se nomme lledjena. — Bien, répondis-je, allez trouver » vos parents. » Et je divorçai.
Nous n’en avons pas fini avec le merveilleux, et de même que par des communications mystérieuses ils avaient affaire aux êtres surnaturels, de même, avant l’islamisme, les Arabes avaient la prétention de connaître l’avenir avec certitude, bien différents de leurs descendants, qui se font un scrupule de prédire du jour au lendemain un changement atmosphérique et n'oseraient dire: « il fera tel jour froid ou chaud, beau ou mauvais temps, » sans ajouter: « S’il plaît à Dieu. » Ennchaallah.
Les défenses formelles du Prophète ont détruit cette prétention en même temps qu’elles ont fait cesser certaines formules augurâtes tolérées, au moyen desquelles ils consultaient le sort et l’avenir. Je parlerai plus loin de ces usages; au reste, beaucoup d’anecdotes circulaient à ce suji t , et semblaient venir à leur appui.
ilabéaa benn-Nasser-el-Leklnnii eut un songe qui le troubla fort; il voulut absolument en avoir l’explication ; scs courtisans lut persuadèrent que deiixhn niucq l'.hnh et Sa-
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tililieu, étaient seuls capables de lui donner satisfaction. Il les lit mander et dit à Satihhcn:
— J’ai fait un rêve qui m’inquiète vivement; si vous pouvez, ainsi qu’on le prétend, le connaître sans que je 1 • raconte, faites-moi le plaisir de me l’expliquer.
— Vous avez vu, répondit Salihhcu sans hésiter, une lète lumineuse se détacher dans les ténèbres les plus noires, puis rouler sur une terre féconde, cl toutes les créatures portant crâne s’empresser d’en manger.
— Vous avez parfaitement deviné, reprit le prince ; mais, à présent, donnez-moi l’explication de ce songe.
— Eli bien, ajouta Satibheu, les Uhabach feront invasion dans \os terres et s’empareront de tous les pavs compris entre Abiienn et Hhadjer.
— La nouvelle est alarmante! Ces événements auront-ils lieu sous mou règne ou après ma mort ?
— Longtemps après votre mort, dans soixante ou soixante et dix ans. Plus tard, ou fera un grand massacre des Uhabach, le peu qui en survivra n’aura échappé à la mort que par la fuite.
— Après moi, quel prince gouvernera?
— Avmadi Yentter, et c’est lui qui, marchant à la tête de Àdeur sur les ennemis, les chassera tous de l'Yémen.
— Cet état de troubles durera-t-il longtemps ?
— Non.
— Qui le terminera?
— Un prophète, le meilleur des prophètes envoyés par Dieu.
— De quelle origine sera ce prophète ?
— De race arabe, de la souche des Oulad-Adnane, Denn- Tahar, Bnin-el-Malek, Denn-el-Nader, et ses descendants commanderont jusqu'à la fin des siècles.
LES ANCIENS ARABES
— Est-cc que les siècles auront une fin?
— Certainement, il arrivera un jour où seront réunis les premiers et les derniers, où ceux qui auront fait le bien recevront récompense, et où les méchants seront punis.
— Ce que tu dis là est-il vrai?
— Je le jure par Chafaki et El llhamanj.
Le prince étonné lit ensuite appeler Chah, et sa stupéfaction redoubla quand ce dernier, qui n’avait point entendu parler Salihheu, lui lit absolument la même réponse.
On raconte encore* que Oumiya-benn-Aabd-echam, voulant savoir qui était de plus noble origine, de lui ou de Hhachem-benn-Aabd, Mounafek prit pour arbitre El Khouzai-el- Hhachem, qui passait pour être très-versé dans la science des races. Le vaincu devait immoler dans la Mecque cinquante chamelles noires.
Avant de se soumettre au jugement, les deux rivaux voulant éprouver les connaissances de Khouzaï, cachèrent un objet, puis lui dirent :
— Si vous devinez ce que nous avons caché, vous serez notre arbitre; si vous ne devinez pas, nous nous adresserons à un autre.
— Vous avez caché telle chose, répondit immédiatement
Khouzaï.
— C’est vrai ; prononcez maintenant entre nous.
— Eh bien, puisque vous le voulez, reprit Khouzaï, voici la vérité :
« Je jure par la lune brillante, par l’étoile étincelante, par le image orageux, par tout ce qui nage dans la mer, par tout ce qui vole dans l’air, et par l'expérience que le voyageur doit acquérir, que ilhachem l’emporte en noblesse sur Ouim va; il est noble dès le commencement et sera noble jusqu’à la lin : le Prophète est sorti plus tard de sa lignée. »
LA Vit AU Vit K
Ce jugement prononcé, Oumiya, conl'oniiément aux termes île la gageure, immola les cinquante chamelles noires et donna un grand festin aux assistants. Puis il partit sur-leclinirip pour la Syrie, où il resta dix ans sans reparaître; on assure même que c'est de cette contestation que naquit l’inimitié qui divise encore les Hhachcm et les Oumiya.
Hinnd-bennt-Aatiya-bennt-Rebéaa était la femme de El- Fouak-benn-Meguira des Koraîchc; voici l’aventure qui lui arriva. Son mari eut un jour la pensée d'aller coucher dans une petite chambre d'ordinaire réservée a ses hôtes; vers le matin, il se leva, s'absenta pendant un instant, et vil eu rentrant un homme qui en sortait. C’était un étranger qui, après avoir fait quelques pas dans cette pièce, avait vu liimid endormie et s’était discrètement retiré.
Henn-Meguira, furieux, s’avance dans la chambre, frappe sa femme du pied et lui demande brutalement :
— Quel est l'homme qui sort d’ici?
— Je n’ai vu personne, répond-elle, et je ne me suis réveillée que parce que vous m’avez frappée.
— Allez chez votre père; c’est indigne! reprend Bonn- Meguira sans vouloir rien entendre.
Tout le monde se mit à parler du cet événement.
Quelques jours après, le père de Ilinnd, désolé, dit îi sa fille :
— Le monde jase sur ton compte, il faut en finir. De deux choses l'nne, ou tu es coupable, ou tu es innocente. Dis-moi la vérité : si tu es coupable, je ferai tuer l’auteur de tous ces bruits; mais, si tu es innocente, si ton mari est un calomniateur, je le ferai confondre par un devin.
— Je vous assure, répondit Hinnd, qu’on n’a pas raconté la vérité sur mon compte.
Itussuré, le père de Hinnd s’en alla trouver Henn-Meguira et lui dit :
LICS ANCIENS ARABES
— Vous avez mis ma liliu dans une triste position, je vous cite devant un soruier de l' Yémen,
lisse mirent eu route, accompagné* de quelques témoins des Beni-Malnoun, des Déni- Menu f et île Hiund, suivie de plusieurs personnes de sa compagnie.
Arrivés dans l’Yémen, le père de Hiund crut remarquer une altération dans les traits de sa fille :
— Je vois que ta figure est changée, lui dit-il ; faut-il eu augurer quelque chose de mal?
— Non, mon père, ne concevez aucune mauvaise opinion sur mon compte ; je suis tout simplement chagrine de voir que je vais être jugée par une simple créature de Dieu dont je ne connaîtrai les talents qu’après les avoir éprouvés.
— Ne crains rien, nous allons en avoir le coeur net : je vais sonder ton juge, nous saurons bientôt à quoi nous en tenir à cet égard.
Il siflle alors son cheval qui s'empresse d'accourir, et il cache un grain de Idé dans l'endroit le plus secret de l'animal.
Le lendemain, ils abordent le sorcier qui les reçoit convenablement. Après le repas, le père de Hiund lui lit la communication suivante :
— Nous sommes venus vous voir pour une affaire irèsiiuportantc; mais, avant de vous l'exposer, nous voulons savoir si vous êtes capable de la décider. Puisque vous savez tout, qu’avons-nous caché hier?
— Vous avez caché, répondit sans hésiter le sorcier, un grain de blé dans telle partie du corps de votre cheval.
— C’est vrai; voyez ce que veulent ces femmes.
Le sorcier se dirige alors vers les femmes venues avec liiimd, se rend de l'une à l'autre cl leur frappe sur l’épaule.
Arrivé près de llinud :
— Levez-vous sans crainte, lui dit-il, vous élcs lavée de
LA VIE AKABK
tout soupçon d'inconduite, et vous mettrez un jour au monde un prince nommé Maouya.
Le mari de liinnd voulut alors la prendre pur la main , mais elle la retira vivement et lui cria :
— Eloignez-vous, vous avez voulu me flétrir ; je jure par Dieu le mailrc du monde que le prince dont on m’annonce la naissance ne vous aura pas pour père.
Ils divorcèrent. Abou-Sefiyane épousa plus tard Hinnd et elle mit au monde l'émir des croyants Maouya.
La polygamie était permise chez les anciens Arabes, mais aucune borne ne lui était imposée, c'était un désordre dont on ne peut se faire une idée. Mohhainmcd y mit tin en réduisant à quatre le nombre de femmes légitimes, et ce qui nous paraît encore monstrueux fut cependant une amélioration morale considérable. Dans ce temps-là, pour punir l’adultère, on élevait un mur autour des coupables, et on les laissait mourir de faim. Le Prophète remplaça cet horrible supplice par celui île la lapidation, qui lui parut moins cruel. 11 ordonna, en outre, qu’aucune condamnation ne pourrait avoir lieu si le crime n’était prouvé par quatre témoins, sains de corps cl d'esprit et de mœurs irréprochables.
On lit dans le Koran chapitre xxtv, versets 6, 1, 8 et 9.
« Ceux qui accuseront leurs femmes et qui n’auront d’autres témoins à produire qu’eux-mèmes, jureront quatre fois devant Dieu qu’ils disent la vérité.
» Et une cinquième fois pour invoquer la malédiction de Dieu sur eux, s’ils ont menti.
» On n’infligera aucune peine à la femme si elle jure quatre fois devant Dieu que sou mari a menti.
» Et une cinquième fois, en invoquant la colère de Dieu sur elle, si ce que le mari a avancé est vrai. »
Les Arabes de ce temps prétendaient encore posséder lus