I.ES ANCIENS ARABES
SI
sciences qu’on appelait kiyafule-el-bacher, la science des races, et kiyafate-el-aakler, la science des traces.
Ils entendaient par kiyafale-el-bacher le résumé des indications que peuvent fournir les os et la construction de l'homme. Les Beni-Madledj s'en occupaient particulièrement. On faisait comparaître un individu devant eux, et, fûtil au milieu de vingt autres d’origine différente, ils se faisaient fort de désigner ses ancêtres.
On raconte que le fils d’un négociant, voyageant à cheval, précédé d'un serviteur et passant auprès de la tribu citée, entendit dire tout haut : « Mais c’est frappant, regardez donc comme ce cavalier ressemble à l'homme qui marche devant lui I » Il fut si courroucé de ce propos, que, de retour dans ses foyers, il ne put s'empêcher de le raconter à sa mère. Elle lui répondit : « Votre père était vieux, et, craignant que sa fortune ne m’échappât, car nous n’avions pas d'enfants, je me suis, en effet, donnée à l’homme qui conduisait votre cheval, et je vous ai mis au jour. Je ne puis vous le cacher, car, si je ne vous divulguais pas ce secret aujourd'hui, vous le sauriez dans l’autre monde. »
Quant au kiynfatc-el-aater, c’est l’étude des traces que laissent les pieds des hommes ou des animaux. Les Arabes, habitants des pays sablonneux y ont excellé et y excellent encore, dit-on.
Aucun voleur ne pouvait leur échapper, et ils en étaient venus au point de pouvoir dire, à l’inspection de l’empreinte des pieds sur le sol, si les traces appartenaient à un homme jeune ou vieux, à un homme ou à une femme, à une vierge ou à une femme mariée, à un étranger ou à un homme du pays.
On comprend que cette science ne constituant pas un empiétement sur les droits de Dieu, qui, seul, devance et embrasse l’avenir, et n’étant qu'une certaine habileté à tirer
LA VIF. ARABE
des inductions de signes existants et visibles ît tous, n’a pas été prohibée par le réformateur des Arabes. Aussi à Kafiya, à Tegtier et dans beaucoup d’antres contrées, on trouve encore des habitants du désert très-savants dans le kiyafateel-aater. On en cite même dans notre Sahara algérien, où il n'est pas rare de rencontrer des Arabes doués d’une finesse de sens prodigieuse. Nous admettons facilement en principe que l’habitude d’une vie errante dans des plaines monotones où rien ne rappelle, au retour, la route que l’on a suivie, que la nécessité de veiller des oreilles et des yeux, d’étudier fi la fois sans cesse, et 1’horixon où l’ennemi vous attend peut-être, et les plis du terrain qui peuvent le cacher; nous admettons que cette lutte incessante développe, d'une manière extraordinaire, chez un individu, les fueultés de l’oitîe, de. l’odorat et de ln vue : tous les voyageurs l'ont constaté; mais, nous l'avouons, nous n’avons jamais accueilli sans défiance les merveilleux exemples qui nous ont été cités mille fois, et nous ne les donnerons qu’en faisant nos réserves.
Un habitant de l’Ouad-souff, district situé dans le désert à l’extrémité orientale de nos possessions d’Afrique, me disait un jour: « Nous sommes les marcheurs les plus intrépides du Sahara et nous faisons facilement trente lieues par jour ; moi, je passe pour n’avoir pas une très-bonne vue et cependant je distingue parfaitement un chameau d’un cheval à un jour de marche. J’ai des amis, ajoutait-il, qui, à vingt-cinq lieues dans le désert, éventent la fumée du tabac ou de la viande grillée. Nous nous reconnaissons tons à la trace de nos pieds sur le sable, et, quand un étranger traverse notre territoire, nous le suivons à la piste, car pas une tribu ne marche comme une autre ; une femme ne laisse pas la même empreinte qu’une jeune fille. Quand un lièvre nous