I.e roq
On disait à un coq : « Tu n'es qu’un ingrat et un mauvais cœur. On te nourrit bien, on te procure toutes les jouissances de la vie, on te vante, on t’admire, et cependant, quand nous voulons te caresser, tu nous fuis avec horreur. Vois l'oiseau de race (tair el horr — le faucon), il n’a jamais vécu que que dans les pays sauvages, et, s’il devient captif, il se résigne immédiatement, s’habitue très-vite à son maître, ne veut plus le quitter et se montre reconnaissant des bons traitements dont il est l’objet.
— C’est vrai, répondit le coq ; mais, s'il avait vu saigner et rôtir autant de ses semblables que j’ai vu de mes frères passer à la broche, il ne tiendrait pas une autre conduite que la mienne. »
i L'émir Aabd-ol-Kader, captif au fort Lamalgne.)
La résignation.
Avec une corde très-solide, ou avait attaché un chien au cou d’un chameau. D’abord, faisant des efforts inouïs, il se (il traîner et ne voulut pas marcher; mais le chameau, fort et vigoureux, l'entraînait avec lui, sans même s’apercevoir de sa résistance. Bientôt, contusionné, déchiré, couvert de sang et presque étranglé, le chien comprit que ce qu’il avait de mieux à faire, c’était de se résigner.
(L’émir Aabd-el-Kader, captif au fort L&malgue.)
I,o destin.
Le destin est pourvu d’une main garnie de cinq doigts de fer. Quand il veut soumettre l’homme à sa volonté, il lui en met deux sur les yeux, deux dans les oreilles, et, lui plaçant le cinquième sur la bouche, il lui dit : « Tais-toi ! »
(L’émir Aabd-el-kader, captif au fort I.amalgue.)
PENSÉES ET MAXIMES
Toulon.
Toulon ! tu m'as comblé de faveurs et de bienfaits. Quelle noblesse est la tienne, relevée comme elle l'est, par tous les dons de la nature !
Je savais que tu étais une ville estimée par les hommes de cœur, et je t'ai trouvée préoccupée de l’accueil honorable que tu voulais m'accorder.
Les qualités de l’homme généreux se trouvent réunies dans celui qui a la main libérale et la parole obligeante.
La poussière abattue par une pluie d’orage ne s’inquiète pas de quelques gouttes de rosée.
Toulon ! couronne la liste de tes nobles qualités, auxquelles personne ne peut prétendre, et donne à l’hôte qui est descendu chez toi, qui a reçu ton hospitalité, donne-lui la permission de se rendre à la Mecque.
De cette manière, tous les maux qui l’accablent, toutes les afflictions d’une mauvaise santé seront dissipés.
Alors, je te citerai dans un éloge qui fera mention de tes hommes et de tes monuments.
Sois prospère, vaillante porte de la France ! toi qui, dans la générosité, dans la guerre et dans la gloire, as toujours tenu une place élevée.
Tu fais l’ornement de ton pays ; il brille par l’éclat de ton cortège guerrier, aussi bien que par la cavalcade de ta science.
Tu l'ornes encore par tes vaisseaux, dont les corps sont
LA V[ E ARABE
jeunes, dont l’haleine est du poison, et dont les soupirs sont un feu qui embrase tout.
Voilà tes châteaux, voilà tes foudres lancées par tes canons ! voilà tes retranchements et ta nombreuse armée 1
Quand l'ennemi vint tenter chez toi une descente, il y rencontra les traits enflammés que tu sais diriger dans les ténèbres, et il dut se retirer avec la honte.
Tes habitants n'ont qu'une seule occupation : ils étudient la manière d’écraser la tête de leurs jaloux adversaires.
Maintenant, ô Toulon ! si tu dis : « Tu m’as bien décrite, » je répondrai : « Ma plume est impuissante à énumérer toutes tes qualités. »
Puis je passerai à un autre sujet, et j’ajouterai : * Quelle réponse feras-tu à celui qui est venu le visiter? » Il est impossible que tu le laisses partir sans étancher sa soif ;
Car tu surpasses tous les rivaux que le monde peut t’opposer; tu sais garder ta parole et remplir tes engagements.
Que Dieu dirige tes lettres vers ceux qui sont tes hôtes ! qu’elles leur apportent des paroles de consolation et d’espérance !
Afin qu’ils puissent s’éloigner avec confiance, et jouissant d’un bien-être dont aucun danger ne pourra plus troubler la sécurité (1).
(L'émir Aabd-el-Kadcr, captif au fort Lamalgue.)
(1) L’original décos vers sur Toulon est encore entre mes mains; il est écrit en entier de la main d'Aabd-el-Kadcr, traduit et certifié par M. le baron Rousseau, interprète principal de l'armée d'Afrique. Il m’a été remis le 15 février 1848, alors que je me trouvais en mission au fort Lamalgue. A celte époque, l'émir no connnaissait pas la Franco, mais instinctivement il cherchait à intéresser à son malheur tous ceux qu’il supposait pouvoir lui être utile. J’eus l’honneur de lui présenter alors une foule de personnes de distinction, et je déclare que pas uno seule ne se retira sans emporter une très-haute idée de l'esprit et du caractère de l’illustre captif.
PENSÉES ET MAXIMES
sut
Le fai.
Celui qui n’a pas lu, pourquoi écrit-il?
Il perd l’encre de son éeritoire.
Et celui qui n'a pas eu de bonnes fortunes, pourquoi ment-il?
il flétrit la réputation des mères de nos enfants.
L* Absence.
Elle a dit : « O mon Dieu ! rends-le-moi promptement,
Ne fais pas de peine à ceux qui se sont juré ;
N'as-tu pas fait entrer l’amour dans mon cœur,
De même que tu as donné le mouvement à mes doigts? Tant qu'il sera loin, mon âme conservera le deuil,
Le hcnna ne teindra plus mes mains,
Le kohcul ne noircira plus mes paupières,
Et personne, dans un sourire, ne verra plus mes dents. »
Lt science.
La science, c’est la pluie du ciel : quand une goutte d’eau tombe dans une huître entr’ouvcrte, elle produit la perle; si elle tombe dans la bouche de la vipère, elle produit le poison.
l’L’omir Aabd-el-Kader, captif au fort Latnalgue.)
La bienfaisance.
Soyez bienveillant pour tout le monde ; et, dans la pratique de la Vie, donnez à chacun ce qui lui revient, en proportion de son éducation et de son intelligence. Un médecin,