‹ La vie arabe et la société musulmaneChapitre 17 sur 157 · LA VIE A B A H E · texte numérisé non relu

LA VIE A B A H E

l’origine des tribus, des fractions de tribu, et même celle des ramilles illustres.

On parlait aussi de gens qui précisaient les événements nu moyen de figures tracées sur le sable. Ceux-là trouvaient des incrédules et des railleurs ; cependant, ils disaient vrai très-souvent.

Aomar benn-Aabd- Allah, parlant un jour avec Malekould-harrach-el-Khouzai pour aller tenter une razzia, vil une femme qui traçait des figures sur le sable. Malek se mit à rire et la tourna en ridicule. « Vous avez tort, lui dit-elle ; je vous jure que je sais ce qui doit vous arriver : vous ne reverrez plus votre tente, et Aomar, qui est avec vous, épousera votre femme. » En effet, Malek fut tué, et le reste de la prédiction s’accomplit.

Les Arabes accordaient encore à quelques individus la puissance de pronostiquer, d’après des faits qui se passaient sous leurs yeux, certains événements éloignés.

Ainsi l’on citait sur la route de Bagdad un aarraf, devin, qui disait la bonne aventure aux passants et qui avait la réputation de ne jamais se tromper.

Un jour, un bomme lui demanda si son ami qui était prisonnier serait mis en liberté :

— Oui, répondit Faarraf, sans hésiter, et même on lui fera des présents.

— Comment pouvez-vous le savoir ?

— Lorsque vous m’avez interrogé, j’ai tourné la tète à droite et à gauche, et j’ai vu un bomme qui portait nue outre pleine d’eau, la vider, puis la recharger sur scs épaules. J’ai comparé l’eau au prisonnier, son versement à la mise eu liberté, et le replacement de l’outre sur ses épaules aux honneurs réservés à votre ami.

La chose se passa comme l’aarraf l’avait annoncé.

LES ANCIENS VRAIES

Si

Ils avaient encore confiance au fal. Ils entendaient, ils entendent encore aujourd’hui par ce mot, l'augure que l’on peut tirer de certaines paroles prononcées inopinément.

Ainsi, un malade entendait-il appeler un domestique: Ya salem, Ya mebrouk, c’était un fait heureux : salem veut dire le sauvé, mebrouk, l'heureux.

Entendait-il au contraire une parole désagréable, malhonnête, injurieuse, comme Allah inaalek ! Que Dieu te maudisse! c’était un fal malheureux.

Le Prophète aimait le fal et le conserva, l'n jour, se rendant à Médine, il descendit chez Emkeltoum : à peine entré dans la maison, il entendit cet homme appeler deux de ses serviteurs en criant : « Ya fatahh, Ya merzouy ! Mais venez donc. » Le Prophète, joyeux de ce fal, se tourna vers Abou- Boker et lui dit : « Sans nul doute, cette maison nous sera un refuge assuré. » Fatahh et Merzouy signifient: le premier l'ouvreur de la porte du bien, et le second l'enrichissant.

Lorsqu'on entend un pauvre crier : l’a rebbi, Ya louatljeb, en demandant l’aumône, c’est un fal heureux; il invoque le nom de Dieu.

On parlait beaucoup du corbeau et on l'appelait liatem ; sa vue, suivant les Arabes, annonçait inévitablement la séparation. Ils le nommaient aussi el aaouer, le borgne, parce que, prétendaient-ils, il ne prend pas son essor comme les autres oiseaux, et qu’il n’ouvre bien les yeux que lorsqu’il est eu train de voler. Un de leurs poètes a dit:

« Si le corbeau de la séparation allait se faire entendre, criez-lui :

a Que Dieu vous éloigne de nous !

» Vous êtes pour les amoureux plus hideux que la tombe : . » Par votre marche chancelante,

» Ainsi que par votre noir vêtement dé deuil,

» Vous annonce* toujours la misère et le chagrin ;

» Quand on vous voit, il n'est plus d'espoir:

» Vous êtes le précurseur des larmes et des regrets. ►

Il était admis que celui qui tirait un pronostic quelconque d'une, chose obtenait les résultats qu’il avait prédits.

A bou-el-Chemmakli sc mit enroule avec Khaled-benn- Yatid , qui venait d’élre nommé gouverneur de Mousson]. En entrant dans la ville, la hampe du drapeau, emblème du pouvoir, se brisa. Khaled en conçut un mauvais présage, mais Abou-el-Chcmmakh improvisa sur-le-champ ces vers :

« Le drapeau ne s’est [tas brisé dans une affaire malheureuse,

» Le bâton avait perdu sa force,

» Il s'est brisé parce qu’il sc sentait indigne du vaillant gouverneur de Moussoul. »

Khaled, complètement rassuré, combla son ami de bienfaits.

Le trait de présence d’esprit ne rappelle— il pas : « Afrique, je te tiens! » de César tombant sur le rivage au moment de son débarquement?

On croyait alors que certains individus avaient le don île voir avec la lumière de Dieu, el ferara, seconde vue. La ferara fut conservée par le Prophète, car Aliya dit :

« Personne ne peut rien cacher, tout sc décèle à certains individus, soit par une parole indiscrète, soit par le jeu des traits du visage. »

Apparemment, le Prophète n’a pas non plus prohibé el aatifate, c’est-à-dire la pensée qu’en se mettant en roule, on ne devait se retourner pour aucun motif, sous peine de malheur. Dans ce cas, ne pas renoncer an voyage, c'était s’exposer à un grave accident. En effet, maintenant encore, et je l'ai dit ailleurs, on évite de rappeler un homme qui s'est mis en chemin.

LES ANCIENS ARABES

Plusieurs attires croyances ont également semblé inoffensives au Prophète ; elles étaient fortement enracinées cher les Arabes, il ne les a ni sanctionnées ni défendues.

Ainsi, lorsqu’ils voulaient entreprendre un voyage, ils sortaient pendant la nuit, tâchaient de découvrir des oiseaux endormis sur les arbres et les effrayaient pour qu’ils s’envolassent. Si les oiseaux prenaient à droite, le lendemain le voyageur se dirigeait vers la droite, et vers la gauche, au contraire, si les oiseaux avaient pris à gauche.

En route, venait-on à s’égarer, pour retrouver son chemin il suffisait de retourner ses habits.

En Vendée et dans plusieurs autres provinces de la France, le paysan croit encore qu’en retournant scs habits à une croisée de elicmin, il voit infailliblement apparaître le diable qui le remet dans la route quand il est égaré. Ceci me rappelle que, cher, les Humains, on croyait se rendre invisible en employant le même procédé. (Voir \'Ane d'or d’Apulée.)

Pour éviter les maladies qui pouvaient régner dans un village, on commandait de s’arrêter avant d’y entrer, et de braire comme les ânes.

Pour se préserver du mauvais mil, aaïn, et des sortilèges, on avait soin de porter sur soi l’osselet de la femelle du lièvre. Le démon fuit la femelle de cet animal, parce que, d’après une croyance très-ancienne, elle aurait ses menstrues comme la femme.

Lorsqu’un Arabe voulait s’absenter, il nouait la branche d’un arbre appelé retrm — genêt. A son retour, trouvait-il intact le nœud qu’il avait fait, sa femme lui était restée fidèle; la branche était-elle dénouée, elle l’avait trompé.

Mais ce qui a subsisté. malgré les défenses formelles de Mohhnmmcd, c'est la magie et la sorcellerie. Sorciers, magiciens et imposteurs de toute espèce sont encore nombreux,

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