‹ La vie arabe et la société musulmaneChapitre 18 sur 157 · I. V VIE ARABE · texte numérisé non relu

I. V VIE ARABE

quoique; maudits par 1rs Arabes. Maintenant, il y en a encore qui se chargent de faire passer un homme de l'amour le plus violent à l'indifférence la plus complète, en lui faisant avaler le jus d’une herbe appelée selouane.

Jadis ils étaient aussi persuadés que, pour avoir de bonnes dents, il suffisait de jeter au soleil celles qui tombaient, en disant : « Donnez-m'en de plus belles. »

D'autres pratiques n’étaient pas moins superstitieuses ni plus motivées. Ainsi les chameaux sont souvent la proie d’une maladie qu’on nomme el aviser; elle ressemble à la gale. Les Arabes enduisaient de goudron un chameau sain, prétendant ainsi guérir le chameau galeux.

Lorsqu’un Arabe possédait mille chameaux, il s'emparait du plus vieux et lui crevait un œil. Si le troupeau s’augmentait, il lui crevait l’autre. Cette opération, nommée taamiyu, devait porter bonheur, c’était un sûr préservatif contre le mauvais œil.

On disait que, pour faire taire une chamelle qui fatiguait par ses beuglements, il n’y avait qu’à nommer sa mère.

Un troupeau se refusait-il à boire, les Arabes frappaient les taureaux, et les vaches obéissaient.

Toutes ces superstitions populaires n’avaient pas de bien graves conséquences : aussi le Prophète ne s’y arrêta-t-il pas. Mais il se garda bien de donner la sanction de son autorité à tous les désordres de l’imagination, tels que l’ivr sse, les jeux du hasard, l’adoration des objets inanimés et l’interrogation du sort avec des formules religieuses. Ils ne pouvaient avoir été engendrés que par le démon : Mohhammed mit un soin d’autant plus grand à interdire ces sacrilèges aux Arabes de son temps, qu’ils y étaient plus attachés.

Les anathèmes les plus formels ont donc été prononcés par l’envoyé de Dieu contre:

LES ANCIENS ARABES *1

El khamer,

El misser,

El annsab,

Et enfin W azlam,

El kliamer, c'est toute liqueur fermentée qui peut troubler la raison et rendre l'homme semblable à la hétc.

Je demandais un jour à un Arabe pourquoi il ne buvait pas de vin ?

— Tu vas le savoir, me répondit-il.

Et il me raconta l'histoire suivante :

Le Chytane — le démon — se présenta un jour à un homme sous la forme la jdus effrayante, et lui dit :

» — Tu vas mourir ; cependant, je puis te faire grâce à l’une des trois conditions suivantes : Tue ton père, couche avec ta sœur, ou bois du vin.

« — Une faire? pensa cet homme. Donner la mort à qui m'a donné le jour, c’est impossible. Violer ma sœur, c’est monstrueux. Je boirai du vin.

» Il but du vin; mais, s’étant enivré, il tua son père et outragea sa sœur. »

El laisser, ce sont les jeux de hasard qui peinent déshonorer les familles ou les réduire h la misère.

El utilisai >, on appelait ainsi les pierres ou les statues qu’on adorait alors.

El azlam, c’était une espèce de sabre sur la lame duquel étaient écrits ces mots, d’un côté : « Dieu l’a ordonné ; » et de l’autre : « Dieu l’a défendu. »

Lorsqu’un Arabe avait un projet eu tête, ou méditait un voyage, avant de prendre une décision, il consultait le sort au moyen de ce sabre. Il le jetait en l'air, et, si la lame laissait lire en tombant à terre : « Dieu l’a ordonné, » il l'entreprenait plein de confiance; mais si, au contraire, elle laissait appa-

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