LA V1K A H A B E
rappcllc-toi que, si, un seul jour, on te trouve faible, tu es perdu. Pour des étrangers tels que vous, l’Arabe est comme l'amande: quand on veut eu manger le fruit, il faut en briser l’écorce. »
Je puis donner ce qui précède comme certain, en ma qualité de directeur des affaires arabes de l'Algérie, j’étais présent à l’entretien.
Cette opinion était, «lu reste, tellement enracinée dans l’esprit du général Mouslapha-beii-Ismaël, que, dans une autre occasion et à propos du môme sujet, il a dit encore ce qui suit à un officier général qui a servi pendant longtemps en Afrique, qui parle très-bien l’arabe et qui mérita la plus entière confiance :
— Tu n'ignores pas que le lévrier (setouyui) porte la queue en trompette?
— Non.
— Eli bien, cette queue, pour la redresser, cnferaie-ln dans un fourreau solide, laisse-l’y pendant un au si tu veux, puis sors-ht de son étui, et lu seras tout étonné de la voir reprendre sa forme première. L’Arabe, c’est la queue du lévrier. Jamais tu ne pourras rendre droit ce que la nature a fait tortu.
Voilà l'avis du vieux Moustapha-bcu-lsuiaël ; ses paroles sont aussi vraies aujourd’hui qu’il y a trente ans; ne méritent-elles pas d’ôtre méditées par les théoriciens de la civilisation des Arabes ?
Mais, inc dira-t-on, votes nous donnez là l’opinion d’un chef arabe très-expérimenté, sans doute, mais qui, à cause de son âge avancé, de son éducation première, du milieu dans lequel il a vécu et des préjugés de sa race auxquels il obéit sans s’eu douter, n’est véritablement pas en état de décider la question. Une sait-il d s prodiges opérés par notre
RELIGION
civilisation 1 C’est bien, je comprends : la jeune branche se redresse sans grand travail , tandis que le gros bois ne se redresse jamais.
Vous voulez un autre exemple,' que penserez-vous de celui-ci :
En 18311, les officiers du 2' chasseurs d'Afrique, auquel j’avais l’honneur d'appartenir, se lièrent avec un jeune Arabe d’une grande naissance : trouvé spirituel, brave et beau, on voulut essayer de le gagner à notre cause. Sous notre patronage, il pénétra dans les salons de nos généraux, dans nos réunions, dans la société française. On le conduisit partout, partout il se montra très-intelligent et fit, sans répugnance, ee qu’on voulut. Il apprit même le français, nos usages, et ou le croyait parfaitement acquis à notre civilisation, quand, le rencontrant , dix ans après , dans les rues d’Alger , et désirant juger par moi-même des résultats obtenus, je lui offris ma maison, ma table, mes chevaux, l'hospitalité la plus complète , enfin. Sa réponse détruisit toutes mes illusions.
— Je te remercie, me dit-il avec politesse : tout cela me faisait plaisir quand j’étais jeune et inexpérimenté; mais le Tout-Puissant vi nt de m’envoyer un avertissement (il me montrait en même temps sa barbe déjà parsemée de quelques poils blancs), et, plein de confusion et de repentir, je rentre dans le chemin de ma sainte religion pour n’en plus sortir, s'il plaît à Dieu.
On le sait maintenant, vieux ou jeunes, barbes blanches, barbes poiv re-et-sel et barbes noires, tout le monde chez les Arabes est du même avis sur la question qui nous occupe. Après cela, devra-t-on dire pendant longtemps encore : Au reshabent et non audient, oculos habentet non videbunï! et que faudrait-il de plus pour prouver jusqu'à l'évidence