LA VIE A II A U E
que c'est errer complètement que de eouipler sur des progrès sérieux, avec des popululions qui, nous regardant comme des étrangers et des oppresseurs, nous sont de plus en plus antipathiques par les mœurs, ainsi que forcément hostiles par la religion '!
Cependant, on aurait tort de trop en vouloir h ceux qui, ne partageant pas les idées que jo viens d’émettre, se font des illusions sur ce que nous pouvons attendre des Arabes. Je les crois de bonne foi; mais, n'ayant eu, la plupart du temps, affaire à eux que dans ces moments de transition où ce peuple, passé maître dans l’art de dissimuler, jugeait utile h ses intérêts de ne pas nous contrarier, de nous plaire, au contraire, par scs prévenances et sa facilité, tout en nous séduisant par une apparente bonhomie, ils en ont été cruellement trompés.
En pouvait-il être autrement '! Vous allez en juger.
Nos voyageurs, en pays arabe, soit avec une mission, soit pour leur plaisir, chaudement recommandés par l’autorité militaire, ont été l’objet des plus délicates attentions. Ou leur a fourni des chevaux, des mulets pour porter leurs bagages, ou leur a donné dos guides, une escorte, on leur a tenu compagnie, on a répondu à toutes leurs questions. Pour les distraire et tout en cheminant , on leur a fait tuer un lièvre, une outarde et quelques perdreaux qui, le soir, pourront encore améliorer leur souper. Arrivés au gîte, ils ont été installés dans une bonne tente de campagne — (juitouu — bien orientée, dressée sur un terrain sec, à l’abri du vent et pourvue de ces chauds et épais tapis que l’on nomme ferach ; puis, le moment venu, on leur a servi un excellent kesskessou , une fricassée de poulet très-appétissante — mekheter, — un agneau rôti — kherouf , — accompagné «le lYtjag ou de i/n'sxrmmcmf , pâle-, feuilletées délicieuses, le
RELIGION
Or.it arrosé par un lait aussi frais qu'nbomlant, quand un pauvre officier des bureaux arabes placé sur la lisière du désert, entre le ciel et le sable, bien loin de sa famille, bien loin de ses autis, ne leur aura pus, ee qui arrive souvent, offert la dernière bouteille de Bordeaux ou de Champagne qu'il conservait précieusement pour fêter , au besoin , l’arrivée d'un compatriote. Et enfin, à la tombée de la nuit, on aura poussé l’attention jusqu’à établir autour d’eux une garde de dix ou douze hommes que personne ne rétribuera, mais qui auront la mission de les protégor contre les entreprises possibles des fanatiques, des voleurs ou même des ennemis de la tribu (ecs derniers seraient bien heureux s’ils pouvaient la compromettre). On ne saurait être plus aimable, vous en conviendrez.
Pendant ce temps, la conversation a été mise sur toute sorte de sujets, sur les récoltes, sur les chevaux, sur le commerce, sur la chasse, et l’on a cru devoir terminer en parlant aussi de la paix et de la guerre, du civil et du militaire. Alors, les Arabes, profitant avec habileté de l’occasion et sachant que cela irait haut et loin, auront chaleureusement protesté de leur dévouement à la France, ils se seront félicités du bonheur que nous leur apportions, et, le lendemain, nos touristes auront continué leur route parfaitement convaincus que ces gens-là nous adorent, que leurs cœurs s’ouvrent au progrès, qu’ils sont mûrs pour la civilisation, et que le seul obstacle à une colonisation puissante et séricus , c’est l’insatiable ambition de l’armée. « Diminuez l’armée ! » publieront-ils en rentrant en France, cette armée dont la protection et le prestige leur a permis d’arriver sans accident -jusqu'au désert, et la question sera résolue.
Voilà pourtant comme ou écrit l’histoire.
Non, l'obstacle à l'installation, sur le sol, d’une nombreuse
LA VIL ARABE
population européenne ne vient pas, connue un sc plaît à le répéter, de l’insatiable ambition de l’armée ; il vient du cli- • mal, des mœurs, du pays, et surtout d’un sultan très-puissant à qui tous les Arabes obéissent les yeux fermés, et qui, vous l’avez vu plus haut, leur ordonne de faire aux chrétiens une guerre permanente et implacable. Ce sultan, vous le connaissez tous, il se nomme « le Koran » , et, d’après eux, le Koran est la parole même de Dieu.
Sans doute, quelques-uns prétendront que nous sommes le peuple dominateur, et que c'est au peuple vaincu à apprendre notre langue, à adopter notre religion, à se plier à nos mœurs, à nos idées, à nos usages. Montesquieu sc chargera encore de leur répondre, et voici sa réponse :
« C’est la folie de tous les conquérants de vouloir donner à tous les peuples leurs lois et leurs coutumes, et cela ne sert à rien, car dans tous les gouvernements ou est capable d’obéir. »
Suivant Montesquieu, il ne s’agit donc que de savoir bien commander.
Maintenant, je fais mes réserves : si, après avoir lu ce qui précède, on en inférait qu'eu égard à la religion dans laquelle a été trempé le caractère des Arabes, je regarde la question de l’Algérie connue insoluble , on serait dans une erreur complète. Je pense toutefois que l’une des premières conditions pour la résoudre sera, sans aucun doute, de ne nous bercer d’aucune illusion, de connaître à fond les difficultés qu’elle nous oppose.
Partant de là, puisque ce peuple immobile ne croit qu’à la orce, renonçons à faire les Arabes à notre image ; laissonslcs à leur religion, à leurs mœurs, à leurs coutumes ; mais * soyons toujours grandement en mesure de réprimer le moindre de leurs écarts, et sachons en tout temps nous faire
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craindre et respecter par une fermeté inébranlable. Cette fermeté, je la veux, bien entendu, fondée sur la justice, la bienveillance et l’humanité.
Déjà, je ne crains pas de le dire, nous nous sommes montrés, pour le peuple vaincu, plus grands, plus généreux que tous les gouvernements musulmans qui nous ont précédés. Vous allez en juger.
Nous avons respecté ses croyances ; il peut suivre sa religion en toute sécurité. On a réparé ses mosquées, ses zaouyas, ses chapelles — youbba ; — on a encouragé, soutenu scs écoles; on a môme facilité ses voyages, à la Mecque, d’où, malheureusement, il revient plus fanatique et plus intolérant que jamais.
Voilà pour la religion ; qu’avons-nous fait pour la justice ? Eh bien, la loi musulmane régit encore aujourd’hui toutes les conventions et toutes les contestations civiles et commerciales entre indigènes, et, quand il s'agit d’un crime ou d’un délit intéressant la société française, et, pour ce motif, déféré aux tribunaux français, le tribunal appelé à prononcer s’adjoint deux assesseurs musulmans choisis parmi les plus instruits < t les plus recommandables. Ces assesseurs ont voix délibérative sur les questions de culpabilité. (Décret du 31 décembre 1839.)
Passons à l’instruction publique.
On a créé des collèges arabes impériaux à Alger, à Oran et à Conslantine.
On a ouvert, pour les enfants arabes des deux sexes, des écoles primaires gratuites et des écoles d’adultes. On en compte maintenant plus de deux cent cinquante en Algérie, abstraction faite des écoles libres, des salles d’asile et des ouvroirs d’apprentissage, où l'on enseigne aux jeunes filles pauvres les travaux à l’aiguille. — Comme complément de