LA VI R A R A II R
cet ensemble de dispositions libérales, le 1er octobre 18(13, on a fondé nue inspection des établissements d’instruction publique ouverts aux indigènes, et, le 4 mars 1808, l’œuvre a été couronnée par l'organisation d’une école normale d’instituteurs.
On a été plus loin: pour faire connaître aux indigènes les actes tlu gouvernement qui les intéressent, ainsi que pour éveiller chez eux le goût de l’instruction, on a créé un journal officiel arabe-français : il porte le litre de Mobacher — le Nouvelliste, — et il est envoyé à tous les kadis et à tous les chefsde tribus. N'est-ce point encore là une preuve de notre sollicitude pour les Arabes et des tentatives que nous avons faites pour les jeter dans la voie du progrès.
Ce n’est pas tout : à la date du 26 mai 1865, on a institué dans la province d’Alger une ferme-école arabe-française, dans laquelle on reçoit et les enfants envoyés volontairement par leurs familles, et les orphelins indigènes. Ces enfants doivent avoir dix ans au moins et quinze ans au plus.
Qui ne trouvera dans cette mesure un moyen puissant de civilisation ?
Ce n’est pas tout encore : en 1858, pour donner du pain et un état à une foule d’enfants délaissés dans les villes du littoral, lesquels devenaient, pour la plupart, de fort mauvais sujets, ou a fondé à Alger une école de mousses — à bord de l'Ailier, — et cette institution a déjà formé un grand nombre de mousses et de novices qui servent à bord des bâtiments de l’État ou du commerce.
Kxaminons maintenant ce qui a été fait pour la propriété.
Par un sénatus-consulte, en date du 22 avril 1863, inspiré, nous aimons à le croire, par une grande pensée de justice et d’utilité, on a transformé les simples droits de jouissance des
It K L I G ION
tribus pu titres incommutables de propriété ert se donnant la lourde tâche :
1" De procéder sans retard à la délimitation territoriale de huit ii neuf cents tribus (sans compter la Kabylie), qui ont été reconnues ainsi propriétaires des terres dont elles n’avaient qu’une jouissance traditionnelle ;
2° De délimiter encore et de répartir d’une manière collective ces mêmes territoires de tribus entre toutes les fractions de tribus, et Dieu sait si elles sont nombreuses ;
3° De constituer la propriété individuelle dans chaque douar de toute tribu, c’est-à-dire en mettant la Kabylie en dehors, — chez trois cent mille familles à peu prés, — soit sur la demande des indigènes, soit à la volonté du gouvernement quand il le jugera convenable;
■ 4° Enfin d'assurer immédiatement la liberté complète des transactions entre Européens et indigènes, pour les propriétés, aussi bien en territoire militaire qu’en territoire civil. En vue de favoriser eet état de choses, les terres distribuées aux Arabes ont été déclarées insaisissables pour dettes. (13 décembre 1806.)
Nous avons ainsi donné en toute propriété millions d'hectares à i, 300,000 Arabes qui, jusqu’ici, n’avaient jamais pu en cultiver plus de 2 millions au maximum.
Pouvait-on se montrer plus généreux, je le demande?
J'arrive à l’état des personnes.
Aux termes d’un sénatus-consulte en date du 14 juillet 1803, sur l’état des personnes et la naturalisation en Algérie, l'indigène musulman est français et il peut être admis à servir dans les armées de terre et de mer: dans ce cas, il est régi par les lois civiles et politiques de la France.
Les troupes indigènes, tant dans l’armée de terre que dans l’armée de mer, font partie de l’armée française ; l'Arabe
LA VIF. ARABE
reconnu aplc à entrer à l'École militaire (le Saint-Cyr y est admis, et en soil officier au même titre que tout Fiançais.
Quant aux indigènes qui ne veulent pas servir dans l’armée, ils peuvent être revêtus de fonctions et d'emplois civils qui leur donnent droit à une pension de retraite, conformément à la loi qui régit la madère.
Je ne terminerai pas cette longue énumération de mesures toutes empreintes d’une rare bienveillance, sans faire remarquer aussi que le commerce des Arabes a reçu une large extension de la sécurité et des facilités créées par nos routes, nos lignes de fer, les ponts et les ports que nous avons construits ou améliorés, ainsi que par les autres travaux publics dont nous avons doté le pays. La valeur de leurs produits en a certainement décuplé ; et si, malgré nos efforts, ils se sont trouvés dernièrement en proie à la plus affreuse misère, c'est que Dieu leur a envoyé des fléaux que personne ne pouvait conjurer : tremblements de terre, sauterelles, sécheresse prolongée, disette, choléra, typhus, etc., etc.
En résumé, nous n’avons rien négligé pour améliorer la condiüon des Arabes. Nul ne peut le contester. S’en montreront-ils reconnaissants? Peu importe; cette conduite nous honore aux yeux du monde entier. Persévérons donc; mais en même temps, organisons, avant tout, un bon et solide gouvernement des indigènes qui paralyse leur mauvaise volonté à notre égard et les réduise à l’impuissance.
Réprimons sévèrement toutes les tentatives de révolte,
Et, quand, dans l’intérôt de la France, nous aurons quelque chose de raisonnable à exiger du peuple vaincu ;
Quand, enfin, le moment sera venu de placer à côté de lui une nombreuse population européenne dans de bonnes conditions de succès et de complète sécurité, seul moyen de diminuer un jour notre armée et nos dépenses;
RELIf.ION
Parlons haut et ferme, agissons, s’il le faut, avec énergie, et il se résignera parfaitement, en se consolant par cette maxime favorite de ses pères :
C’était écrit chez Dieu! Mektoub rebbi!
Un dernier mot.
Je ne quitterai pas un sujet aussi controversé , je ne crains pas de l’avouer, par des esprits très-éminents, sans ajouter que si, malgré une assez longue expérience, je me suis trompé dans les appréciations qui précèdent, je nie suis certainement trompé de bonne foi, sans aucune pensée de dénigrement et mû par le patriotique, désir de dire à mon pays ce que je crois être d’utiles vérités. Pourquoi ne me servirais-je pas du mot vérités quand, j’en ai des preuves matérielles entre les mains, ma manière de voir, à cet égard, est partagée par les hommes les plus pratiques et les plus éclairés? Je pourrais, au besoin, citer des noms très-autorisés.
Quoi qu'il en soit, l’étude qu’on va lire est le résumé de longues observations, de travaux consciencieux, dont je désirerais faire profiter tous ceux qui, après moi, voudront aborder d’une manière utile la question si importante pour notre pays de la société arabe.
Le peuple arabe a pour traits distinctifs dans son caractère une susceptibilité ombrageuse et fanatique, une dignité exagérée peut-être, parfois même un peu farouche, mais qui certainement n’est pas sans grandeur. Il serait aussi injuste de la méconnaître que de la froisser sans nécessité.
Il existe pour cette nation tout entière des règles de conduite parfaitement tracées, nettement définies, clics reposent sur des principes acceptés par tous : personne ne les discute, les chefs de famille et les vieillards se plaisent à les ensri-
gner, et elles ont certainement leur origine dans îles molifs qu'une philosophie sérieuse doit étudier.
Ce sont ees règles, indispensables pour qui veut pénétrer dans le labyrinthe des mœurs arabes, que nous voulons faire connaître aujourd’hui. 11 en est de ce nouveau travail comme de tous ceux qui l’ont précédé. Il ne s’agit pour nous d’engager aucune controverse, d’établir aucune comparaison, d’amener le triomphe d’aucun système, mais tout simplement d’appeler l'attention des hommes pratiques sur une question où se confondent un intérêt philosophique et un intérêt national.
écriture arabe
Les savants, chez les Arabes, assurent que l’écriture, el kliult , fut inventée par Adam, qui, après avoir déterminé les caractères, les traça sur de l'argile très-épaisse, durcie par le feu, ce qui, d'après eux encore, explique comment ils ont pu être retrouvés après le déluge. Cela ne supporte pas In discussion. Certains auteurs accordent à l’écriture une origine moins ancienne et en font honneur à ldriss.
Ils en comptent douze principales :
1° La khemïariti,
2° L'arabe proprement dite 3° La persane,
4° L’égyptienne,
3" L'éthiopienne,
0° La syriaque.
L'hébraïque
La grecque,
La latine.
L'indienne,
La tarlare,
La chinoise.
ÉCRITURE ARABE r.O
La première (les écritures connues est, disent-ils, la kliemiariti. L'arabe n’y fut substitué que longtemps après, et ils en font remonter l’origine à trois frères de la tribu de Thaï. Le premier, nommé Murar, imagina les lettres ; le second, nommé Aselam, leur assigna des figures différentes suivant qu'elles sont liées ou isolées, et enfin le troisième, Aamer, \ joignit les points diacritiques.
La plus ancienne écriture arabe est celle de la Mecque; vient ensuite celle de Médine, puis celle de Bassora, puis celle de Koufa et, en dernier lieu, celle qui est aujourd'hui généralement usitée en Orient. Elle est due à Benn-Mokla ; on l’appelle el nesskhi.
De cette dernière, que se sont appropriés les Turcs et les Persans, dérivent plusieurs autres qui prennent les noms de laalik, rihhani, tulth, roka, diouani et chikti, suivant qu’elles diffèrent entre elles par la forme plus ou moins arrondie, plus ou moins effilée des lettres, comme aussi par leur enjambement ou leur entrelacement.
La moghrebi est celle qui est usitée dans toute l’Afrique. Les princes et les musulmans lettrés font un très-grand cas d’une belle'écriture; ce talent est indispensable à quiconque aspire à de hautes fonctions ; aussi nonuue-t-on chez, les Arabes la profession d’écrivain une profession d’or.
Benn-Kheldoun a dit :
« L’écriture peint la parole aux yeux comme la pensée peint la parole à l’ouïe. »
On trouve des calligraphcs d’une habileté incroyable. Dans leurs écritures illustrées, les Arabes varient à l’infini et les dessins et les dorures.
Ces écritures illustrées portent le nom de taadime el kliolt. On les emploie ordinairement en tète des manuscrits de luxe ou pour mieux faire ressortir aux yeux des lecteurs
CO
l/A VIE ARABE
les divers chapitres du livre saint que les fidèles tiennent en grande vénération. 11 n’est pas rare en pays arabe devoir des Korans qui , par le grand soin mis à l’écriture, ainsi que par la richesse des dorures, arrivent au prix de cinq à six mille francs.
Le taadime el kliott est aussi en usage pour reproduire des sentences ou maximes élevées dont lésa aoulamas et les tolbas — lettrés — ornent les mosquées, les écoles ou les prétoires des kadis. Nous avons plus d'une fois admiré, dans les établissements religieux ou dans les anciens palais des souverains, l’élégance et le goût apportés soit en sculpture, soit en écriture, aux pensées et aux versets du Koran qu'on avait, à dessein, mis en évidence.
Les Arabes , à l’opposé de nous, écrivent de droite à gauche el lisent forcément de droite à gauche. Chez eux, la première page d'un manuscrit ou d’un livre est toujours la dernière d’un livre français. J’ajouterai qu’ils ne peuvent écrire ni avec des plumes d’oie ni avec des plumes de métal. Il écrivent avec des plumes taillées dans de petits roseaux bien secs, — kelem, kelouma.
CORRESrO X RAXC.E
Toutes les lettres écrites en arabe commencent par la formule sacramentelle :
« Louanges il Dieu l’unique ! »
El hliamedou lellali nuahhêdanu !