I. émir Aqlid-el-Kader ne sc servait de son grand cachet
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que pour les affaires gouvernementales. H avait un cachet plus petit pour les affaires confidentielles. Quand il écrivait à sa famille, à ses parents, à scs amis, il le faisait sans cachet, son écriture leur étant connue.
lie supérieur à inférieur, le cachet se place en tête de la lettre, après la formule qui la commence.
D’inférieur à supérieur, le tabaa doit, au contraire, être apposé immédiatement après le dernier mot. Agir autrement serait plus qu’une impolitesse, ce serait une insolence.
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Nous dirons bientôt ce qu’il convient de faire et ce qu’il convient d’éviter quand on se trouve en rapport avec les Arabes ; mais, auparavant, une première question est à résoudre.
A qui et par qui les visites sont-elles dues dans la société musulmane ?
La principale règle à laquelle les Arabes ne manquent jamais de se conformer est commune à tous les peuples. L’inférieur doit le premier rendre visite à son supérieur. Cette obligation ne soulève aucune difficulté lorsqu'elle s'applique à des fonctions dont les titulaires sont subordonnés les uns aux autres ; il n’en est pas de même quand il s’agit de hiérarchies différentes, ou de cette noblesse religieuse que nous avons comprise sous le nom de chérifs et de marabouts.
Lu principe, le marabout ne duil de visite ni au chef de la tribu, ni à aucun des dépositaires du poutou*. Houa mes-
serrahh — il est libre. C'est, ail contraire, à l'autorité, aux hommes du makhzen — du gouvernement — à aller le visiter, ne serait-ce que par politique, et pour prouver à leurs administrés combien ils honorent le caractère de sainteté dont il est revêtu. En agissant autrement, on s'expose aux critiques de tous.
Une considération analogue, cependant déjà moins grande, s’attache aux personnages qui appartiennent au culte, à la justice ou à la science. Ce n’est plus à eux à attendre la visite des chefs de la tribu ou de la ville, c'est à eux à la leur faire les premiers ; mais cette visite doit leur être promptement rendue , car tout représentant de l’autorité doit un hommage à la religion, à la justice et à la science, trois choses qui se louchent de bien près chez les Arabes.
A côté de cet ordre de préséance, il est des règles accessoires qui sont également observées. Par exemple, lorsqu’une personne reçoit la visite d'une autre personne moins élevée en dignité, mais qu’elle veut cependant honorer d'une manière particulière, il convient qu'elle quitte sa place pour la céder au visiteur, auprès duquel elle ira s'asseoir dans une position inférieure.
Dans le cas où le supérieur juge convenable d'accorder un honneur moins significatif, il se borne à taire placer son hôte à côté de lui.
Enfin, s'il s'agit d’un visiteur auquel il est dû une certaine considération, sans qu’il soit nécessaire de lui montrer une déférence aussi grande que dans les deux premiers cas, le visité se bornera à se lever pour le recevoir et, après les compliments d’usage, lui fera signe de s’asseoir à l’une des places disponibles.
Le marabout seul n'est tenu à se lever devant qui que ce soit ; mais le marabout est homme, et il sait toujours, et
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surtout quand son intérêt le lui commande, allier le respect de sa dignité avec celui qu’il doit aux puissants de la terre.
On voit donc que chez les Arabes, comme chez nous, la question des devoirs du visité et du visiteur est une question de tact et d’appréciation des positions respectives. Maintenant, quelles sont les formules de politesse employées dans les visites, les voici :
Sois le bienvenu.
Tu nous as honoré.
Tu as honoré notre place.
Marhhaba bik.
Chereft-na.
Cheieft medrob-na.
Une bénédiction est venue nous visiter.
Zarel-na el baraka.
En fait de visite, cependant, il est toujours convenable de se conformer aux préceptes contenus dans le dicton suivant:
Que Dieu accorde sa bénédiction à celui qui a fait visite et u'a pas été long.
Allah irhham menu zar ou khoff.
Quand un Arabe entre dans un appartement ou dans une lente, il ne manque jamais d’éter ses souliers — sebbale — ou ses pantoufles — belyha. — Cet usage lui est commandé par la propreté et par la religion.
Par la propreté, parce qu’il n’y a pas une maison, une tente, où l’on ne trouve un tapis ou une natte.
Par la religion, parce qu’il est toujours ainsi prêt à faire, sans gêne aucune, les ablutions qui doivent précéder les prières ordonnées par la loi.
S’il descend de cheval, l’Arabe ôte ses bottes en maroquin * • 3
— temague, — et chausse tout de suite les stebbate ou belgha qu’il a placés dans sa djebira, espèce de sabretache trèscommode, plus ou moins riche, plus ou moins ornée, suivant sa fortune, et qui l’accompagne dans tous ses voyages.
SALUTATIONS
Il est inutile de déduire ici tout au long le prologue du code de la politesse, ces litanies interminables de formules toujours les mentes que les Arabes se renvoient mutuellement et imperturbablement lorsqu’ils se rencontrent. Cependant, comme l'étiquette officielle est rigoureuse et que chaque signe en est noté scrupuleusement, j'en parlerai avec quelques détails.
L'inférieur salue son supérieur en lui baisant la main, s’il le rencontre à pied, le genou s’il le trouve à cheval.
Les marabouts et les tolbas, les hommes de la religion, à quelque litre qu’ils lui appartiennent, savent concilier la fierté qu'au fond du cœur ils ont pour la sainteté de leur caractère, l’orgueil de leur caste, avec leur pieuse humilité.
Ils retirent vivement la main, mais ne la dérobent au baiser qu’après que le simple fidèle s’est mis en posture de le donner.
Ils se prêtent à une respectueuse accolade, ou se laissent seulement effleurer soit la tête, soit l’épaule. Cette déférence n’a plus rien de commun avec l'orgueil des salutations exigées par les puissants de ce monde.
Quand un inférieur à cheval aperçoit sur sa route un
SALUTATIONS
homme tout à fait considérable, il inet pied à terre de loin pour lui embrasser le genou.
Deux égaux s’embrassent sur la figure, ou, s'ils ne sont • pas liés par l’amitié, se touchent légèrement la main droite, et chacun se baise ensuite l’index.
Un Arabe ne se découvre jamais la tête pour saluer. Les musulmans n’y sont point tenus, même devant les suitans,et ils ne l’exigent pas des étrangers. Le chapeau de paille — medoll — fait cependant exception, on ne le garde pas en parlant à un supérieur ; mais remarquez que, quand on l’a ôté, la tête reste encore couverte par la chachiya, le hlm'ik et la corde de chameau. Le medoll ne se porte que pendant les grandes chaleurs de l’été ; il est très-haut, ses bords sont très-larges ; il préserve admirablement du soleil. On en voit, dans le désert principalement , qui sont entièrement rouverts de plumes d’autruche ; à cheval, c’est joli, malheureusement c'est fort lourd. De loin, vous jureriez un énorme bonnet à poil de sapeur auquel on aurait ajouté des bords démesurés.
Dans les grandes occasions, pour saluer une entrée triomphale, le retour d’une heureuse et longue expédition, ce que nous appellerions enfin une cérémonie publique, les femmes et les jeunes filles poussent avec ensemble des cris de joie sur un ton aigu qui ne manque pas d’un certain charme : Tezegherite.
Le mot salamalec, que nous avons pris aux Arabes et qui vient sans aucun doute de la formule salam-aalik, que le salut soit sur toi, suffit à montrer combien les musulmans tiennent aux formules d’urbanité, de quel prix ils estiment cette monnaie courante de la politesse, qui, suivant le mot d’un gentilhomme français, est celle qui coûte le moins et qui rapporte le plus.
Personne, en effet, mieux qu’un Arabe, ne sait entourer son abord de ces caresses de langage qui facilitent l'accès et préparent un accueil favorable ; personne ne sait mieux encore se conformer aux exigences respectueuses des positions sociales, en traitant chacun suivant son rang.
Ou vous donne ce qu’on vous doit, rien de plus, mais rien de moins.
Tout est gradué, tout aussi est, en quelque sorte, réglementé et fait l'objet d’une théorie traditionnelle dont les préceptes sont répétés avec soin par les pères et pratiqués par les enfants avec l’attention qu’ils accordent respectueusement à toutes les leçons de la sagesse des ancêtres.
L’ignorance dans laquelle on se trouve généralement , même en Afrique, des principes de civilité admis par la société musulmane, expose trop souvent les Européens à manquer aux règles tracées par l’usage, ou à se placer, vis-à-vis des indigènes, dans un état d’infériorité dont ceux-ci ne manquent pas de se prévaloir.
C'est ainsi que nohs avons entendu maintes fois prodiguer par des Français revêtus du pouvoir les qualifications de sidi — monseigneur — au moindre kaid , nous dirons plus, à de simples mekhaz-nis — cavaliers.
Sans doute nous devons aux Arabes l’exemple de l'urbanité; nous le devons, et comme peuple dont la civilisation est plus parfaite et comme peuple dominateur ; cependant, ne leur accordons que ce qu’il est convenable de leur accorder.
Pour nous guider en cette matière difficile, voyons à qui l’Arabe donne la qualité de sidi :
Il la donne :
1° Aux fonctionnaires du gouvernement: kalifas, agitas, kàids.
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2® Aux chefs de la justice et du culte : muphtis, kadis, imam, aadel.
3° A la noblesse religieuse : marabouts, cherfaa.
•i® Aux personnages considérables , soit à raison de leur fortune, soit à raison de leur origine. Djouad — noblesse d’épée.
Ils donnent seulement le litre de si — monsieur, — contraction de sidi, aux individus lettrés — tolbas, — ainsi qu’à tout musulman qui a fait le voyage de la Mecque. Dans ce cas, si c’est un homme, on fait précéder son nom de la qualification de sid-el-hhadj, monsieur le pèlerin, et, si c’est une femme, de lalla hhadja, madame la pèlerine. C'est là encore une preuv e de la considération qui s'attache à tout ce qui touche à la religion.
Quant à ceux qui ne sont ni nobles, ni fonctionnaires, ni lettrés, on les appelle simplement par leur nom, Aabd-Allah, Mohhammed , Bachir, etc.
Un jour, j’offris un cigare à un chef arabe et je lui dis: « Veux-tu fumer, prends ce cigaro (c'est le nom estropié qu’ils donnent au cigare). » Il me répondit : « J’accepte ton garo, mais je ne vois pas pourquoi tu lui appliques le titre de si — de monsieur; — garo tout court, c’est bien assez pour lui.
Ces renseignements préliminaires donnés, j’arrive aux salutations proprement dites :
jusqu’à midi :
Que ton jour soit heureux ! I Youmek saaid !
Que ton jour soit béni ! I Nharek mebrouk !
Que ta matinée soit avec le bien !
Sebahh le khér !
Que Dieu rende heureux ton matin !
Allah issaad sebahhak !
Que ton jour soit pur comme le lait!
Nharek ki Ihhalib!
APRÈS midi :
Que ta soirée soit avec le bien !
blessa le khér !
Que Dieu vous fasse passer la soirée avec le bien ! Allah immessi-koum bel khér!
Que Dieu rende fortunée ta soirée!
Allah issaad messak !