RÉPONSES AUX ADIEUX
Que ton voyage soit heureux.
Avec la protection de Dieu !
Que Dieu soit avec toi !
Sofra mebrouka,
F y amme Allah !
Allah ikoun maak !
Va, avec la paix.
Ruhlieu be selama.
Que Dieu te fasse rencontrer le bien ! Allah idjaalek telka el khêr!
Tu pars et tu emportes mon cœur.
Mechile ou galbi edilt.
Rencontre le bien et la tranquillité.
Maared khér nu aafya.
Nous ne sommes pas rassasiés de ta société.
Maranach chebaanitie menu djemaatek.
Que Dieu n’allonge pas ton absence I Allah la itououell aalik, el ghaiba !
Que demain ta matinée soit avec le bien et la tranquillité !
Tessebahh be khér ou aafya !
Que Dieu te fasse arriver avec le bien et te ramène avec le bien !
Allah tjnusselek aala khér ou idjibek aala khér
Que Dieu nous réunisse dans une heure fortunée !
Allah idjemaa-na fi saa mebrouka !
S'il plaît à Dieu nous nous rencontrerons dans une belle heure.
Ennchaallah netlakaou fi saa zina.
Quand un Arabe se met en voyage, eût-il omis des choses importantes, ne le rappelez jamais. Ce serait d’après ses idées, lui porter malheur. Cependant, si vous le faites, au moment où il se retournera, dites-lui :
Que ton chemin soit avec le salut !
Trék selama !
et tout danger sera conjuré.
Lorsqu’un enfant quitte sa famille, dans la pensée que cela lui portera bonheur et le ramènera au pays, avant son départ, on lui fait boire de l’eau puisée à la source la plus voisine. Cet usage n'est-il pas touchant?
Heureux celui qui prend la route un samedi. Pourquoi? Parce que le Prophète préférait ce jour à tous les autres.
Les Arabes croient encore au fal, c’est-ii-dire à l’augure que l'on peut tirer de certains faits qui se produisent inopinément.
Ainsi, voir un chacal en se levant, présage heureux. Mais voir un corbeau voler seul et comme égaré dans le ciel, pré* sage malheureux. Si, au contraire, deux corbeaux, l’heui reux et l'heureuse, messaaoud et messaaoudu, paraissent jouer
ADIEUX
ensemble dans les airs et te faire compagnie, pars avec confiance.
En un mot, chez les Arabes, tout ce qui est beau, jeune, éclatant et riche porte bonheur, tandis que tout ce qui est vieux, infirme, pauvre et déguenillé porte malheur. Ceci admis, si, en sortant de chez toi, tu rencontres une femme laide ou vieille, une jument décharnée, mal équipée, une esclave, un homme estropié, garde-toi bien de quitter ta tente ou ta tribu.
Mais ce qui peut arriver de plus heureux à un voyageur, ainsi qu’à un parti de cavalerie sur le point d’entrer en campagne, c’est de trouver, au départ, une jeune et jolie femme, resplendissante de santé et richement vêtue, qui, dénouant sa ceinture, vous regarde et en agite les deux extrémités en vous souriant avec grâce et bienveillance. Elle appelle sur vous la bénédiction de Dieu.
A propos de voyage, je dirai que l’émir Aabd-el-Kader ne contrevenait jamais à l’usage universel, qui veut que, lorsqu’on va monter à cheval pour une longue excursion, la femme, une négresse ou bien encore un serviteur, jette un peu d’eau sur la croupe ou sur les jambes de la monture. C’est un souhait et à la fois un heureux présage. Souvent c’est le cafetier qui répand du café sur les pieds des chevaux.
A ce même ordre d’idées appartient la superstition qui fait considérer une averse au départ comme de bon augure. L’eau est toujours la bienvenue dans un pays où souveut elle manque. De là aussi ce compliment fréquent que l'on adresse aux hommes du pouvoir, lorsqu’il leur arrive de se mettre eu route par une pluie battante :
O monseigneur, ton éperon est vert !
Ya xidi, chabirek kliedtr !
C’est-à-dire : Tu nous portes bonheur, car tu nous amènes l’eau qui produit la verdure, l'eau qui est toujours si propice à la moisson et à nos troupeaux.
Telles sont, dans leur ens •mble, les règles de la politesse ordonnée par Dieu lui-méme. Ou trouve dans le Koran, chapitre xxtv, verset 61 :
« Quand vous entrez dans une maison, saluez-vous réciproquement (celui qui entre et celui qui reçoit!, en vous souhaitant de par Dieu une bonne cl heureuse santé. C’est ainsi que Dieu vous explique ses signes afin que vous les compreniez. >
Maintenant , pour entrer, pour sortir, pour interroger ou pour répondre, on n’a plus qu’à choisir, parmi celles que j'ai données, les formules qui conviendront à l'esprit ou au rang de l’interlocuteur. Dans la plupart des cas, on fera bien de les mettre au pluriel.