‹ La vie arabe et la société musulmaneChapitre 42 sur 157 · L A VIE A II A B E · texte numérisé non relu

L A VIE A II A B E

Que Dieu te laisse, comme l’urine du chameau, toujours en arrière !

Allah idjaalek ki boult el djemel, daim memi toura

Que Dieu te conduise à Malle : tu n'auras ni lit pour te coucher, ni habits pour te couvrir, et on y jouera aux cartes sur ton dos!

Allah iddik el Malta : la ferache. la ijheta, ou ilaabou aalik el karta !

Les hommes comme il faut jouent aux dames et aux échecs, mais jamais aux cartes. Ce plaisir n’est guère connu que des simples cavaliers, des mauvais sujets et des routiers. L’habitude en est méprisée.

Que Dieu fasse de toi un juif: tu n’auras ni ce monde ni l'autre!

Allah idjaalek ihoudi : la hadi ou la akhéra !

Dans le cours de cet ouvrage, on trouvera souvent des injures et des imprécations proférées contre les juifs, même contre les chrétiens. Elles sont aussi injustes qu'imméritées; mais j’ai dû les reproduire, ne fût-ce que pour faire connaître, et le fanatisme des Arabes, et les préjugés violents qu’ils conservent encore contre tous ceux qui ne suivent pas les lois de Mahomet.

Avant l’arrivée des Français en Algérie, les israélites y vivaient dans un état d'abjection vraiment déplorable pour l’humanité : moyennant une capitation — djeziya — qu’ils étaient forcés de payer au gouvernement, ils avaient bien leurs synagogues, leurs cimetières, el ils pouvaient suivre librement leur religion ; mais, dans la pratique, on ne leur épargnait aucune espèce de vexation.

Ils étaient contraints d'habiter un quartier isolé; ils ne

IMPRÉCATIONS

pouvaient jamais passer devant une mosquée ou devant une école où l’on récitait le Koran, sans se déchausser, et, venaient-ils à rencontrer un musulman dans la rue, ils devaient lui céder la droite et passer à gauche.

Le cheval leur était impitoyablement interdit : ils ne pouvaient monter que sur des ânes ou sur des mulets, bâtés, mais jamais pourvus d’une selle.

La calotte rouge (chachiya), le bernouss blanc et les draps de couleur éclatante, mais principalement ceux de couleur verte qui est celle des descendants du Prophète, leur étaient absolument défendus.

On ne leur tolérait que le bernouss noir et les vêtements de couleur sombre ; d'un autre côté, leurs femmes ne pouvaient ni se voiler, ni porter aucun bijou approchant de ceux en usage chez les musulmans.

Dans les provinces, quand les chefs israélites allaient payer le tribut, ils devaient, en le faisant, prendre une attitude suppliante et attendre ainsi un léger soufflet, ou, tout au moins, le simulacre d’un léger soufflet de la part du musulman collecteur de l’impôt.

Dans les villes de l’intérieur, quand des criminels devaient subir le supplice de la pendaison, on prenait de force les deux premiers juifs que l’on trouvait, et on les obligeait à remplir le rôle d’exécuteur des hautes œuvres. D'après les idées musulmanes, on reportait ainsi sur leurs tètes l’horrible péché qui s’attache à quiconque donne la mort à son semblable.

Mais le plus grand signe du mépris que les musulmans professaient pour les israélites, c’est celui-ci. Quand l’un des membres de ce peuple entrait dans une maison turque ou mauresque, ou dans une tente arabe, les femmes, contrairement à leurs habitudes, pouvaient paraître devant lui la fi-

gure découverte. Pourquoi? Ce n’était pas un homme, c’était un juif; il partageait ce privilège avec les esclaves.

Sans entrer dans de plus grands détails, telle était à peu près la situation détestable des israélites au moment de la conquête. La France ne pouvait la tolérer ; aussi, malgré les difficultés politiques que cela devait nous susciter, a-t-elle, dès le principe, montré par ses actes combien les préjugés invétérés des Arabes lui paraissaient injustes et barbares.

On a connu des chefs arabes fanatiques qui ne venaient plus dans nos villes qu'avec une extrême répugnance, pour ne pas être exposés, disaient-ils, à y être traités par les juifs sur le pied de l'égalité. C’était quelquefois embarrassant , mais nous nous devions à nous-mêmes de faire taire toutes ces considérations devant un grand acte de justice et de civilisation.

Les juifs, aujourd’hui, sont citoyens français en Algérie comme en France; toujours haïs des Arabes, c’est vrai, mais hors de leur domination.

Que Dieu brûle ton père !

Allah ihharek babak!

Que Dieu noircisse ton bonheur !

Allah issoued saadek!

Que Dieu te rende semblable au coq : il s'eu va content et revient le cou coupé !

Allah uljaalek kif ed-dik : yemchi mecherohheu ou ioulli medeboltheu !

Que Dieu te punisse parla maladie, par la pauvreté et par l'absence de ceux que tu aimes!

Allah ibellik bel mord, ou le fekeir, ou le yherba !

IMPRÉCATIONS

Que Dieu te condamne au chagrin, à la tristesse, au mépris et au peu en tout !

Allah issellot aalik el hhein, ou le ghebina, ou le dell, ou le koll fi koul-chi !

Que Dieu te place dans le paradis d’Abrouk! — des juifs, — Tu auras le feu par-dessous et le bois par-dessus.

Allah idjaalek menu djemiel aabruuk;

Nar nenn thhate, ou llihatob menu fouk.

Que Dieu te rende comme un bœuf de boucherie!

Tu entreras sur quatre et tu sortiras sur sept.

Allah idjaalek ki ferd el djezzarine.

Tedkhol aala arbaa ou tekhrodj aala sebaa.

Que Dieu te rende comme le tambour d'un jour de fête ! Tu auras la voix haute et le ventre creux.

Allah idjaalek ki lebelnhar el aa'id!

Ilhessek aali, ou kerchek khali.

Que Dieu ne fasse rien sortir de toi ni de ta postérité. Allah la idjaal mennek ou la menti derrilek !

Que Dieu te laisse étendu entre deux partis de cavalerie ! Allah ibekkik memdoud bine el goumm ou le goumm !

Que Dieu te rende comme la poignée de la porte : tu coucheras toujours dehors !

Allah idjaalek ki khorset el bab: daim tebate barra !

Que Dieu ne me montre ta figure, figure de chien, ni dans cette maison ni dans l’autre !

Allah la iouri-ni oudjhek, oudjh el kelb, la fi had ed-dar vu la fi dik !

Dieu fasse qu’au jour du gain tu sois toujours absent ! Allah idjaalek youm rebahh, tekoun dima gl.aib!

Que Dieu te rende comme la terre d'une montagne; elle peut descendre, mais elle ne remonte jamais !

Allah idjaalek ki Irabe el djebel: lhabot ou ma lellaa !

La mer et un sac pour loi El bhhar ou chekara aalul

Que Dieu égare ton tombeau au moment de ta mort !

.4 llab itlellef keberek ouakl el moul !

Que Dieu ne fasse sortir de toi ni grains ni semences! Allah la idjaal mennek la zeraa oula zeréaa !

Que Dieu noircisse ton cœur!

Allah ikahhal galbek !

Que Dieu ne fasse pas paraître ton fusil au-dessus des autres fusils !

Allah la ibiyenn mouqhhaltek bine el meqhhal !

Que Dieu fasse que tes yeux ne jouent plus jamais dans ta tête !

Allah idjaal aaînik aamer-houm ma ilaabouche fi rassek!

Que Dieu maudisse le conducteur qui t'a amené !

Allah inaal el hhammar li djabek !

CONSOLATIONS

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Les renseignements que nous venons de donner peuvent servir ii guider l'Européen dans ses rapports avec les Arabes, niais ils ne suffisent pas à ceux qui, habitant le pays et mêlés à l'administration ou aux affaires, sont appelés par cela même à s'initier davantage h la vie des indigènes. Sous peine d’être souvent embarrassé dans la pratique, il faut encore savoir comment on console et comment on félicite.

Lorsqu’on aborde une personne dont le deuil tout récent a été causé par la mort d'un parent, ou d’un ami, les consolations les plus usuelles sont celles-ci :

Mort d'un homme.

Que Dieu fasse descendre sa bénédiction sur ta tête !

Allah idjaal et baraka fi rassek !

Élargis ton intérieur, nous devons tous mourir; Dieu seul reste.

Ouasaa khatrek : gaa nemoutou, via ibka ghér Rebbi!

La mort est une contribution frappée sur nos cous ; nous devons tous la payer !

El moute ferd aala rekab-na : labed nekhallessou-ha !

Vois : notre seigneur Noé a vécu quinze cents ans, et il a fini par mourir !

Chouf : sid-na Nohheu aach khamssetach miate sena, ou nhar cl tali male!

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