‹ La vie arabe et la société musulmaneChapitre 44 sur 157 · IIS · texte numérisé non relu

IIS

La bastonnade est le plus souvent administrée par un clmouch, espèce d'agent de police, muni à cet effet d’une baguette d’olivier sauvage, et c’est probablement la manière dont il s'acquitte de scs fonctions qui a fait dire en pays arabe :

Le père de l'olivier guérit même les estropiés.

Dou seboudja iberri zhhaf.

l*erte dVrgent ou d'esclave.

Enfin, quand un homme a fait une perle d'argent ou qu’un esclave lui a été enlevé, la politesse commande de lui dire :

Dieu t’en apportera un autre qui le sera plus heureux.

Idjiblek rebdi maberek mennou.

Dieu le couvrira de tes pertes.

El khessara mekheloufa mena aand Rebbi.

Si Dieu allonge ton existence, tes richesses s'augmenteront.

lia Rebbi itouel el aamer, ledir keter menn had-chi.

Quand la tête est sauve, ne t'inquiète pas de la chachiyafessy.

lia aach errass malekhemmem fe 'chachiija .

FÉLICITATIONS

fÉMCITATIOSS

Pour un succès de guerre.

Louanges à Dieu pour la victoire !

El lihamedou lellah aalelnesser !

Que Dieu fasse triompher notre seigneur et maître !

Allah inmorr sid-na ou moula-na !

Que Dieu fasse que tu sois une épine dans l’œil de ton ennemi !

Allah idjaalek chouka fi aa'in aadoukl

Que Dieu fasse triompher notre seigneur et le rende toujours victorieux !

Allah innsorr sid-na, ou daim ikoun glialeb !

Que Dieu fasse triompher les soldats de Mohhammed !

Allah innsorr laasker et Mohhammadi !

Nous remercions Dieu qui ne nous a appris que du bien sur le compte de notre seigneur et maître.

El lihamedou lellah li smaa-na aala sidna ou moula-na ghër le khér.

Pour un mariage.

Dis-moi: as-tu été un homme?

Khobarek: kount radjel y

Qu'elle entre chez toi avec la protection de Dieu !

Tedkhol aalik be ceteurr Allah !

Que Dieu vous accorde un temps heureux, et qu’il prolonge votre existence !

Allah yaatikoum zemane meléhh ou itououel aamerkoum !

Que Dieu fasse durer votre joie !

Allah idoum ferahhkoum !

Dieu fasse qu’elle remplisse ta tente !

Allah idjaal-ha taamer-lek el khéima !

Que Dieu t'accorde uuc postérité vertueuse !

Allah ïaatik derriya salahh!

Que Dieu vous fasse vivre en bonne intelligence!

Allah iouffek bine-koum !

Dieu fasse qu’elle te donne cinq garçons !

Allah idjaal-ha touled khamsa dekoura !

Maintenant, pourquoi ce nombre de cinq plutôt qu’un autre ? Parce que, d'après les idées arabes, c'est un nombre qui porte bonheur, qui rappelle les cinq doigts de la main droite, et qui a le pouvoir de rendre nuis tous les dangers du mauvais œil — aain. — Voilé les raisons pour lesquelles, dans les villes, on voit souvent imprimées sur les portes des mains à doigts ouverts, peints en rouge ou en vert, et que, partout, chez les citadins comme chez les campagnards, les riches se plaisent à attacher sur la calotte qui couvre la tête de leurs enfants — chachiya — une main en or ou en argent. Les pauvres y placent seulement à côté l’une de l’autre, et sur le même rang, cinq pièces de monnaie.

FÉLICITATIONS

Pour la naitsaorc d’un garçon.

Que le nouveau-né soit heureux, et que Dieu allonge son existence !

Mebrouk el mouloud, Rebbi itoiwuel aamrou !

Que Dieu le fasse réussir !

Allah issedjih!

Il vous est né un garçon : que Dieu vous accorde sa bénédiction!

Zadkoum ichir : Allah idjaal fikoum el baraka !

S’il plaît à Dieu, il portera un jour un fusil, il montera à cheval et il frappera la poudre avec toi.

Ennehaallah irfed-lekel mouqhhala, irkeb-lek el aaoud, ou idrob maak el baroud.

Les Arabes procèdent d'une manière toute différente de celle des peuples chrétiens dans l’appellation de leurs enfants. Chez nous, le nom que le père a reçu de ses aïeux, il le transmet h ses descendants, qui se distinguent à leur tour par un nom spécial et variable, celui de leur baptême.

Chez les musulmans, au contraire, le nom de famille n’existe pas, excepté dans quelques familles très-illustres; il est remplacé par un nom de désignation, et notre prénom devient chez eux un surnom — agnomen.

Un enfant vient de naître : sept ou huit jours après, le père, ainsi que je l'ai dit plus haut, réunit dans une fête ses parents et ses amis, prend le nouveau-né, convoque ou fait convoquer à la prière — izzane , — et l’appelle ensuite tout haut par le nom qu’il veut lui donner — nomen.

S'il s’agit (l’un garçon, ce nom — aalam, mot qui signifie désigualion — sera tantôt celui du Prophète ou de l’un des compagnons du Prophète, tantôt il consistera dans le mot Aabd — serviteur — suivi de l’une des épithètes données à Dieu.

Aabd-cl-Kader, serviteur du puissant.

Aabd-er-Rahhmane, serviteur du miséricordieux.

Aabd-el-Kerim, serviteur du généreux.

S’il s’agit d’une fille, l’aalam qui lui sera donné sera de préférence emprunté à l’une des femmes de Mohhammed : Khedidja, Zohra, Aaïcha, à sa fille Fatma, ou à fune des qualités de la femme, comme Aaz-iz-a — chérie — Saa'ida — heureuse — Loulou — perle.

Mais, comme il est facile de le concevoir, le nom des aalam est excessivement restreint.

Une immense quantité d’individus porteront donc le même nom, celui de Mohhammed par exemple; dès lors, comment distinguer le Mohhammed qui appartieut à telle famille du Mohhammed qui appartient à telle autre ?

Les musulmans arrivent à établir celte distinction en ajoutant à I’aalam donné à l'enfant le mot benn, fils, ou bennt, fille, suivi du nom du père.

C'est ainsi que l'on dit:

Aali benn Mohhammed. — Aali, fils de Mohhammed.

Âali benn Moustaja. — Aali, fils deMoustapha.

Aali benn lihamed. — Aali, fils de Hliamed.

Aaïcha bennt Hhassane. — Aaïcha, fille de llhassane.

Fatma bennt Smail. — Fatma, fille d'ismaïl.

Kkéra bennt Kaddour. — Khéra, fille de Kaddour.

On ne pourra donc plus confondre les individus portant le même aalam.

FÉLICITATIONS

Remarquons en passant que la femme mariée ne perd pas l’aalam qu’elle portait étant jeune fille. Avant comme après le mariage, elle continuera à s’appeler du nom qu’elle a reçu de son père, elle sera toujours Aaïclia, fille de Hhassanc.

Nous ne parlerons ici des surnoms kounya — que pour faire remarquer qu’ils varient à l’infini. Ils se rapportent à une qualité, à un défaut, à un fait particulier, ou bien encore à l’origine. En voici quelques exemples :

Moustafa bou mezrag. — Moustapha, le père de la lance.

Mohhammed bou maza. — Mohhammed, le père de la chèvre.

Aabd-el-Kader, bou chelagham. — Aabd-el-Kader, le père aux moustaches.

Zina el messeram. — Zina la gracieuse.

Sept jours après la naissance d'un garçon, il est d’usage de donner une grande fête — oulima ; — les gens pieux, au lieu de régaler leurs amis, fout manger les pauvres.

Pour lu naissance d'une Clic.

Que le tout soit béni, s’il plaît à Dieu !

Koul-clii mebrouk, ennehaallah !

Ce qu’a donné le bon Dieu est bon !

Li aata el melehh, mellehh!

La sécheresse de ce compliment fait compt'cndrc que l’on s’adresse à un père qui vient d’éprouver un mécompte.

LA VIE AKABE

Paraît-il chagrin d'avoir une fille au lieu d’un garçon, on essaye de le consoler ainsi :

« Ne te tourmente pas, Dieu la préservera des tentations du diable. Elle donnera le jour à des musulmans, et ses enfants seront des saints ou des guerriers de la foi — Moudjahadine. »

Un chef arabe de haute naissance, nommé Djilali, ayant un jour à ses côtés deux de ses petits-fils, l’un issu de son fils et l'autre de sa fille, demanda comment ils se nommaient. Le premier répondit : « Je me nomme Aabd-el-Kadcr, fils de Mohhammed, petit-tils de Djilali ; » mais le second ayant indiqué, comme cela devait être, d’autres noms, le grand-père s’écria avec émotion : « Décidément, les enfants de nos fils sont nos véritables enfants, ceux de nos filles ne sont que des étrangers. »

Si les Arabes désirent avoir des enfants mâles, c’est, disent-ils, à cause de l'utilité qu’ils peuvent en retirer. Il est fort rare que ce peuple soit complètement soumis à l’autorité d’un souverain, et placé, par. conséquent, dans la situation qui met sur le même niveau l'homme qui a une famille nombreuse et l’homme qui n’en a pas. Dans cet état d’indépendance où le plus courageux et le plus fort impose presque toujours sa volonté, celui qui a des oncles, des frères, des fils et des cousins pour l’entourer, le soutenir et le défendre, est à l'abri de la tyrannie et de l’oppression, tandis que celui qui vit pour ainsi dire isolé, se voit chaque jour en butte à l'insulte et au mépris. Eh bien, les hommes sont aptes à se servir des armes aussi bien pour secourir leurs parents et leurs alliés que pour conserver leur liberté; mais les femmes ne peuvent ni l’un ni l’autre: joignez à cela que le fils hérite ordinairement du rang de son père, que le père ait été sultan, vizir, guerrier, savant, agriculteur, commerçant ou pasteur, et terminez en pensant que l’honunc qui, à sa mort,

FÉLICITATIONS

est remplacé par un enfant mâle s’en va, dans l'autre monde, avec la satisfaction de voir son nom vivre encore parmi les hommes. Les Arabes disent :

Celui qui ne laisse pas d'enfant mftle Ne laisse pas de souvenir.

Li ma ikhalliche deker Ma ikhalliche deker.

(L'émir \aiid-fï.-K arkh.)

Pour une cin*onci«ion.

Que la circoncision de ton enfant soit bénie !

Mebrouk ettahara!

Tu lui as donné aujourd’hui le signe de l’islamisme!

Elyoum aatituu aalamet el isslam!

Que Dieu te fasse mourir dans le paradis!

Allah imiitek fel Djenna!

La circoncision est de pratique senna, c’est-à-dire obligatoire. Au lieu d’y procéder comme les juifs, dans les premiers jours qui suivent la naissance, les musulmans ne l'opèrent que lorsque l’enfant a déjà accompli sa septième année. Dans certains cas et pour certains motifs, on peut attendre jusqu’à la dixième année ; mais on ne peut jamais la dépasser.

Les opinions sont partagées au sujet de l'infidèle qui a embrassé l'islamisme et qui craint de se faire circoncire. Les uns veulent qu’il le soit, les autres qu’on l'en dispense. Cela peut dépendre, disent les savants, de l’âge, de la santé, du rang ou des services que le nouveau converti peut rendre à la cause de Dieu.

La circoncision, c’est le baptême des musulmans.

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