MORT DE LA FEMME ARABE
» Pas même les talismans de nos marabouts les plus vénérés !
» Rien, je le répété, n'a pu chasser le froid qui la tue.
» Le Seigneur m’est témoin que, pour nos zaouyas et les pauvres de Dieu, je n’ai ménagé ni mes agneaux, ni mon blé;
» J’ai sacrifié des poules noires, des poules rouges et des poules blanches ;
» J’ai même immolé des chamelles ;
» Tout a été inutile :
» Sa couleur n'est pas bonne, et je vois bien que le moment fatal approche
» Rendcz-moi le service de convoquer nos parents, nos alliés, nos amis. *
» Au reste, je suis prêt pour ce cruel événement :
» J'ai rapporté de la ville des linceuls ;
» J’ai du muse, du camphre, de l’encens, de l’aloès, du bois de sandal, du benjoin et même de l'eau du Injv Zetn-Zem dont mon oncle m’a fait présent à son retour du saint pèlerinage.
» Mes provisions sont abondantes:
» J'ai des moutons, du beurre et du keskessmi — kouskoussoa; — le lait ne me manque pas ; j’ai des ligues, des raisins secs, des dattes et, Dieu merci, beaucoup de sel et beaucou de poivre (t).
» Dites à tous que je ne veux rien épargner; car, si le Toi Puissant m'a largement pourvu des ordures de.ee monde — zoubiyet ed-deuya— de richesses, — j'entends en user pour le plus grand honneur de la famille.
(1) Le poivre — felfrl. — c'est le vin des Arabes; il joue un grand rôle dans leur cuisine et dans leur hygiène.
» Vous m’aimez, je le sais, d'une sincère affection ; veuillez m’en donner une nouvelle preuve en vous chargeant aujourd'hui de tous ces pénibles détails,..
La famille entière ne tarde pas à se réunir autour du lit de douleur. Quand la malade se. voit ainsi entourée de tous les siens, elle comprend (pie sa dernière heure est arrivée. Sans plainte, sans murmure, elle se résigne courageusement.
On lui amène ses enfants les uns après les autres; les plus grands lui demandent sa bénédiction, elle donne aux plus jeunes le dernier baiser maternel.
Si elle ne les reconnaît pas, on les lui nomme.
Elle les recommande il ses proches, aux personnes les plus considérées :
— Veillez sur eux, ce sont des orphelins ; je les laisse devant votre figure, souvenez-vous que le bien fait dans ce monde nous est toujours rendu dans l'autre. — Et vous, mes chers enfants, adieu, restez sur le bien — ebakou aala khér ; — ■ je vais quitter celte maison — la demeure terrestre ; — ne soyez pas affligés : votre père ou, îi son défaut, un tel veillera sur vous.
Si l'accord n’a pas toujours régné entre la femme et le mari, ce dernier, d’ordinaire, au moment suprême, vient lui dire!
— Au nom de Dieu, devant qui vous allez paraître, pardonnez-moi le passé.
L'Arabe (fui se refuserait à cette démarche encourrait la réprobation générale, on s’écrierait :
— lia vu sa femme mourir et ne lui a pas même demandé pardon.
La mourante, elle, ne demande pardon à personne, elle n’a de grâce à implorer que de Dieu, aussi bien pour elle