‹ La vie arabe et la société musulmaneChapitre 50 sur 157 · MORT RE LA FEMME ARABE · texte numérisé non relu

MORT RE LA FEMME ARABE

Le mari qui vient (le perdre une épouse bien-aimée, ne néglige jamais de lui faire placer sur la télé un écrit qu'il s'est fait délivrer par un marabout réputé pour sa sainteté. Cet écrit porte le nom de berale el soual, la réponse à l'interrogation ; il est destiné à l’ange qui doit régler le compte de la vie passée, il a pour but de conquérir sa bienveillance.

Voici ce que demande invariablement l’ange du dernier jour:

« O toi, qui fus si présomptueuse pendant la vie !

Quel est ton Dieu?

Quelle est ta religion ?

Quelle est ta kebla ?

Quel est Ion guide ?

En qui as-tu placé ton espoir ? »

Et la défunte doit répondre :

« Mon Dieu est le Dieu unique,

La religion musulmane est la mienne,

La Mecque est ma kebla,

Lo Koran est mon guide,

Et j'ai mis mon seul espoir dans la miséricorde de Dieu.»

Pendant qu’on s'occupe de laver le corps, on entend les plaintes des parentes et amies de la famille qui expriment leur douleur en jetant des cris et en se déchirant la figure avec leurs ongles. Suivant le temps et la saison, elles sont placées en plein air ou dans une lente voisine.

Ces lamentations sont dominées par les chants funèbres des pleureuses — neddabate — qui, s’accompagnant du toubilu — tambourin, — vantent les qualités et les vertus de celle qui vient de mourir.

« Qu'est devenu l'appui de notre lente?

Qu'est devenu l'orgueil de nos enfants ?

» C’était une terre féconde,

C’était la providence du voyageur,

C’était la mère du pauvre,

C'était l’anneau d'une chaîne d'or.

Kilo savait enflammer les guerriers,

Et faire briller, par scs chants, la gloire de la tribu.

» Kl maintenant, qui soignera les invités de Dieu — hèles, Qui tissera nos beaux bernouss,

Qui s'occupera île nos chamelles,

Qui nourrira nos juments nobles?

Le tison ardent peut briller comme le rubis.

Mais le tison s’éteint, et le rubis reste toujours rubis.

» Qu’est devenu l'appui de notre tente ?

Qu'est devenu l'orgueil de nos enfants? »

Le corps une fois purifié, on allume des cierges et l’on fait entrer dans la chambre mortuaire les tolbas qui ont été convoqués pour y réciter des invocations et pour y débiter de mémoire des fragments du Koran, quelquefois le Koran tout entier. Ce devoir accompli, ils prononcent le fatahli, le lekbir et enlin le dan — les vœux; — car sidi Khclil a dit que la prière ne peut profiter aux morts, qu’elle est utile seulement à ceux qui la font, et que la véritable prière pour les trépassés ne doit consister qu’eu vœux adressés en leur faveur à Celui qui ne meurt pas.

Les lolbas sortent après avoir terminé leur mission ; ils sont remplacés par une gonaJa — improvisatrice — mandée, quelquefois de très-loin, par la famille. Seule elle est étran-

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