MORT DF. LA FEMME ARARF
gère, Ips femmes qui l’entourent sont des parentes ou des amies. Chacune s’applique à retracer à son esprit ou des chagrins antérieurs, ou la perte récente qu'elle déplore, et bientôt on n'entend plus qu’un concert de plaintes cl de gémissements, entrecoupé par les stances de la i/ouala. Celleci marque une mesure régulière sur son tambourin et donne cours à des paroles qu'elle prononce avec exaltation, d’un air inspiré et qui rappelle les anciennes pythonisses.
La gouala est toujours une femme renommée pour son talent ; elle improvise une série de louanges en l’honneur de la morte. Ces sortes d'hymnes se psalmodient à peu prés comme nos litanies ; en voici un spécimen :
« Cric, û fils de la gazelle.
Le maître de l’heure est arrivé — nwul sâa,
Crie du haut de ces montagnes.
Noire colombe s’est envolée.
» Elle était belle, elle était bonne.
Jamais sa main n’était fermée:
Les malheureux priaient pour elle,
Et cependant elle a dû nous quitter.
» C'est qu’il n’y a dans ce monde D’éternel que le vrai Dieu ;
C’est que les richesses de la terre Ne valent pas l’aile d’un moucheron.
» Voyez cette femme d’origine;
On la pleure dans nos tribus ;
Si notre amour poux ait la racheter.
Elle ne serait point dans ce linceul.
» Allons, architectes du mensonge,
Agitez-vous, bâtissez des palais ;
Mêlez-v l’or au marbre et au porphyre ;
Vous partirez et vous les laisserez.
» Pour moi, je ne désire que la voûte des cieux, .Nos troupeaux, nos pays sauvages.
Quand j’ai soif, je bois du lait,
Cela suffit ii ceux qui savent.
» Il n’y a pas d’autre Dieu que Dieu,
Cl Mohhammed, prophète de Dieu ;
Il n'y a qu'un seul Dieu,
Et Mohhammed le généreux. »
La gouala, secondée par les assistants, continue ainsi pendant une heure ou deux, jusqu’au moment des funérailles qui ne larde pas à arriver, parce que, chez les Arabes, l'enterrement se fait d’ordinaire le jour même du décès, ou le lendemain matin, de très-bonne heure, si le décès a eu lieu au commencement de la nuit.
Dieu a dit :
« Hâtez-vous d’inhumer vos morts, afin qu'ils jouissent promptement de la félicité éternelle s’ils sont morts vertueux, et afin d'éloigner de vous des créatures condamnées au feu si leur vie a fini dans le mal et dans le péché. »
En conformité de ce précepte religieux, tous les parents, amis et voisins ont été prévenus à temps.
On s'est dit, dans les environs, à dix lieues à la ronde : « Un tel ensevelit sa femme, aujourd'hui à telle heure ; «hommes, femmes et enfants, riches ou pauvres, arrivent de tous les côtés à pied, à cheval, sur des mules ou des chameaux. L’as-