CHAPITRE CINQUIÈME
Phrases applicables aux hommes. — Phrases applicables aux femmes. — Phrases applicables aux chevaux. — Phrases applicables aux armes.
La guerre, les femmes, la chasse, les armes etles chevaux, ont de tout temps joué un grand rôle dans la vie des Arabes. Partant de là, à force d’en parler sous la lente, en " campagne, dans les réunions intimes où, sans y penser, on contracte une grande habitude de la parole, il s’est, à la longue établi une foule de phrases plus ou moins pratiques, plus ou moins pittoresques, toutes empruntées à la nature ; mais qui ont l’avantage de résumer l’opinion générale sur ces sujets intéressants. Elles sont à peu pris les mêmes partout, et il ne peut y avoir que profit à les connaître pour s’en servir au besoin, ne fùt-ce que pour bien comprendre par la forme qu’il donne à ses idées, et l'esprit et les mœurs du peuple que nous voulons dominer. Elles nous apprendront en outre que, la mythologie dont nous avons fait souvent abus lui étant tout à fait étrangère, c’est dans les objets qui l'environnent qu’il va chercher scs comparaisons. A ce point de vue, ce sera encore du nouveau. a
ISO
Chacun en prendra suivant ses besoins ou suivant son goût.
PHRASES APPLICABLES AÜX HOMMES En bien.
C'est un noble parmi les nobles.
Djiyed bine le djouad.
Djiyed, pluriel djouad, membre de la noblesse d’épée. Les djouad constituent la noblesse militaire en Algérie ; ce sont eux qui mènent les Arabes au combat. Plus ils sont braves, généreux, hospitaliers, plus le nombre de leurs clients augmente.
C’est un homme généreux, sa tente est celle du pauvre. liadjel kerim, khéimtou khéimt el guellil.
C’est un homme pauvre, mais sou cœur est riche.
Radjel fakir, ou galbou yhani.
C’est un homme généreux : il nourrit celui qui a faim.
Et il habille celui qui est nu.
Kerim : ilaam el aaryane.
Ou ikssi el uryaane.
Il sait ce qu'a dit Dieu, et le Prophète. laarf ach gai Allah ou errassoul.
Jamais il n’a questionné l’étrangor.
Aamrou ma souel el berrani.
Sa tente est la tente de la sûreté.
Khéimtou khéimt el amant.
Jamais il n'a mangé seul.
Aamrou ma bêla ouahhêdou.
S’il ne mange pas, il fait manger.
Ann lemm yaakoul, youkkel.
Dans sa tente, on appelle le pauvre : un invité de Dieu. Fi khéimtou, el guellil itssemma : dif Rebbi.
11 nourrit de ses troupeaux et protège de ses armes. Youkkel be malou, ou ihharem be selahhou.
Le malheureux, chez lui, peut rassasier son ventre.
El guellil fi khéimtou, ma kane la ichebaa kerchou.
Au jour du malheur, il dissipe les chagrins.
Nhar eddiyek, iguelaa le ghebaine.
Il est comme la pluie ; il convient à tout le monde.
Ki cheta : innfaa gaa lel nass.
C’est un homme adroit.
Radjel chater.
C’est un démon, fils de démon, pour les chevaux.
Djenn benn el djenn fel khéil.
C’est un berger de chevaux, — excellent cavalier.
Raa'i le khéil.
Ces éloges me fournissent l’occasion de dire que, si vous voyez sur les jambes nues d’un Arabe, un peu au-dessus du cou-de-pied, des exostoses avec épaississement de la peau, vous pouvez être certain que vous avez affaire à un cavalier
de naissance. Ces grosseurs se nomment maaziyate ; elles proviennent du contact permanent de l’œil de l’étrier avec la partie inférieure du tibia, et on en souffre jusqu’à ce que, par une longue habitude, la partie du corps que je viens d'indiquer, soit devenue tout à fait insensible. Ceux qui ne sont pas porteurs de cet indice, dont on tire généralement vanité, regardez-les comme des gens de religion, ou des gens pauvres qui n’ont pas pratiqué le cheval.
Après une insurrection, un bey de la province d’Oran fit mettre à mort tous les révoltés qui lui tombèrent entre les mains, chez qui l’on reconnut les maaziyates dont je viens de parler.
Les regardant comme des ennemis peu dangereux, il fil mettre en liberté ceux qui en étaient dépourvus. C’étaient des fantassins.
Quand il galope ventre â terre, on dit :
« Il est cloué sur la selle. »
Ment ne iedji talok, tegoul : ra messemmer.
U pense à son cheval avant de penser à lui.
Ikhemmem fi aadou kebel ma ikhemmem fi nefssou.
S’il te dit: « Va-t’en, » tu peux être tranquille, pars sans crainte.
Menine igoullek: rohheu, rak mahnni, ghér rohheu.
Il raye son cheval depuis le nombril jusqu'à la colonne vertébrale.
Idjebed el aaoud menn serra hhatta el sennssoul.
Lee éperons arabes ne comportent qu’une seule et longue tige pointue, sans molettes. Il est très-difficile de s’en servir : un maladroit peut piquer son cheval à la rotule et l’cstro-
pier. Suivant les Arabes, les éperons, quand oh sait les employer avec talent, ajoutent un quart à l’équitation du cavalier et un tiers aux moyens du cheval.
Dès son enfance, il a chassé avec son père.
Menu seghorou, kane isstad maa babah.
Quand il tue un sanglier, il est heureux.
Menine iktel el hhallouf, ifralih.
Un grand plaisir des chefs arabes, c’est de se réunir le vendredi — nhar el djemmaa — qui est le dimanche des musulmans, et d’aller chasser le sanglier avec une douzaine de beaux lévriers dressés à cet effet. Ils en font des hécatombes et les donnent à leurs chiens. La chair du cochon étant défendue par la religion, ils se garderaient bien d’y loucher. Depuis quelque temps, cependant , les pauvres quand ils ont tué un sanglier, viennent le vendre aux chrétiens dans les villes; mais ce commerce est tenu pour méprisable.
Il est toujours prêt à mourir pour celles qui se teignent les doigts avec du henna, et mettent du noir à leurs paupières.
Li isseboghou sebaaï-houm; ou ikahhalou aaïni-houm ma kane la imoute aali-houm.
C’est un fils de grande tente.
Ould khéima kebira.
C’est un enfant de bonne famille.
Benn ennass.
C’est un maître de la respiration.
Moula nefss.
Pour la maîtresse des bagues, il sacrifierait sa vie.
Aala moulale el klwuatem, issebbel aamrou.
Les Arabes disent :
Toujours la colombe a fait soupirer la colombe,
Et de tout temps la lionne a fait rugir le lion.
Quand les jeunes filles poussent leurs cris de joie, il ne sait plus où est son âme.
Menine elichirate izeghrtuu, itellef rohhou.
On appelle tezegherite les cris de joie : You ! you ! poussés sur un ton très-aigu et très-élevé par les femmes et les jeunes filles dans les réjouissances publiques ou privées. Lorsqu’ils les entendent, les cavaliers s’animent, les chevaux dansent ; on serait tenté de croire que c’est là pour eux une musique sans pareille.
C'est un homme sage et courageux.
Radjel aakel ou rakeba.
C’est un maître du fusil, un maître de la poudre.
Moula mouqhhala, moula baroud.
Il vit de son fusil.
Iaaïch aala mouqhhaltou.
C'est un maître du bras ; un fils de son bras.
Moula deraa ; benn deraaou.
C’est un maître du nez.
Radjel moula nif.
Ici, le nez représente l’amour-propre.
C’est un homme malin.
Radjel khéili.
C’est un bon tireur, il ne quitte jamais la mouche.
Radjel derrab, ma iferokchi nichane eiUdebana.
Il ne lâche que celui qui a la vie longue.
Ma itlog ghér li aarnrou touil.
Ne s’arrête devant lui que celui dont Dieu a raccourci la vie.
Ma iougue/f kouballou ghér li Rebbi guetser aamrou.
Il ne frappe que dans l'œil, sa balle ne tombe jamais àterre.
Idrub ghér fel aaïn, ressasstou aamer-ha ma tetéhh fi larde.
Quand la poudre tousse, il conserve toujours son sangfroid.
Menine el baroud ikohheu, ma ikhhrodj menu aakelou.
C'est lui qui porte le drapeau dans les jours de danger.
Irfed elterada, nhar el kaina.
U ne tire jamais de loin, sa batterie ne s'allume que lorsqu’il chatouille les capuchons avec le canon de son fusil.
Ma idrub menu el baad, ghér ila dughdogh bine el guelamine, ou senad ichaal.
Quand il vise un homme, et que le chien de son fusil aboie, il le jette à terre comme s’il était mort depuis l'année dernière.
Menine iched fi benn adem , ou le kelb innbahh, idjibou fi larde miyete mena aam luuel.
Tu ne t’en tireras avec lui que si la batterie de son fusil te fait grâce.
Ma tesselek metinou, ghér ila djemmel aalik zen ad.
C'est un philosophe.
Radjel felafssi.
C’est un brave : dans les jours néfastes, il ne frappe qu’avec le sabre.
Rakeba : nhar echoum ma idrob ghér be sekkine.
On le voit toujours soutenant la retraite du goum : il allonge les rênes, lire par-dessus la croupe de son cheval, et, quand son fusil vient à mentir — rater, — il met le pistolet à la main.
Ichedd aala aagab el goum ; rakhef seraa, idrob aalel kefel, ou ida kedebete mouqhhaltou idjebed redif.
Quand il entre en campagne, les vautours le suivent tout joyeux.
Kif isemmel, ennemura itebaaou fih bel ferahh.
C’est un homme de bonne compagnie.
Radjel moula miyaad.
C’est un homme expérimenté.
Radjel khebir bel oomour.
C’est un homme de bonne foi.
Radjel moula tiiya.
C'est un homme de bon conseil.
Radjel moula mechououra.
Jamais il ne déchire sa bouche — il ne médit pas.
Ma ichcrreg-chi foummou.
Il a la langue douce.
Lessanou hhalou.
C'est un homme de bonne réputation.
Hadjel moula rhîaa.
Il dit du bien ou se lait.
Itekellem bel khêr oulla iskout.
C’est un homme de tête. — Il est sûr comme un compas. Hadjel koumbass.
C'est un homme intelligent.
Radjel kenabsi-fahim.
Il fait manger le kouskoussou.
Oukal taam.
C’est un homme d’action.
Hadjel khessal.
Il possède la patience de notre seigneur Job.
Saber ki sid-na loubb.
Sa parole, c’est la tête de son bien.
Kelemtou, rass malou.
Sa parole passe — a du poids.
Kelemtou djaiza.
Quand sa parole est partie, elle ne revient plus. lia enntok kelemtou, matoullich.
11 déteste le mensonge à l’égal de la peste.
Ikerah le kedeb ki Ihhabouba.
Sa culotte est propre : il suit le chemin de Dieu.
Seroualou neki : itebaa trék Hebbi.