‹ La vie arabe et la société musulmaneChapitre 58 sur 157 · I.A VIE ARABE · texte numérisé non relu

I.A VIE ARABE

violentes. Dieu n’accordera sa miséricorde qu’aux miséricordieux.

Le pèlerinage — el hhedj : j’en ai déjà parlé. C’est là, je ne dirai pas l’unique, mais le plus important voyage des musulmans, & qui il est formellement interdit de parcourir le pays des infidèles, surtout avec leurs femmes. Il est trèsdangereux, très-fatigant, et, pour nos Arabes, quand il s’accomplit par terre, ne dure pas moins d’un an.

C’est un savant ; il lit le Koran sans s’asseoir.

Hadjel aalem : ikra le Korane be louakfiya.

On passe pour un homme savant, et même très-savant chez les musulmans, quand on sait :

1° Lire couramment, ce qui est déjà si difficile que l’on voit rarement un taleb déchiffrer du premier coup une lettre ou un manuscrit rédigé en arabe élevé.

Écrire, ce qui demande aussi beaucoup de temps, non pour la calligraphie, qui, d’ordinaire, laisse peu à désirer; mais pour arriver à un style correct, ainsi qu’à uu bon choix d’expressions. L’Arabe est un puits sans fond : byr bêla kaa.

2° Le texte du Koran, jusqu’à le réciter intégralement sans une faute, et avec la psalmodie et l’intonation convenables qui servent à maintenir la pureté du langage.

3° La grammaire arabe — djaroumiya.

4° Les diverses branches de la théologie — touhhid el tassouef.

5° Le droit , c’est-à-dire le commentaire du Koran au point de vue légal, par sidi Khelil, qui fait foi dans tout le rite maleki, par conséquent chez les Arabes.

6° Les conversations du Prophète : — Ilhadite sid-na Mohhammed.

PHRASES SLR LES HOMMES lui

7° Les commentaires sur le Kornn, tefessir el Korane, c’est-à-dire l'interprétation du livre saint: on compte sept à huit commentaires faisant autorité; celui de El Khazine est le plus estimé.

8° L'arithmétique — hliassab el ghobari ; la géométrie — hhassab el mennberr, et l’astronomie — œulmel falek.

9° La versification — œulm elaaroud; — presque tous les tolbas se croient poètes.

lü« Et enfin l’histoire, non-seulement de son pays, mais de sa nation.

Voilà, à peu près, toute la science chez les Arabes, ce bagage peut nous paraître léger; il n’en est pas de même à leurs yeux. Ils prétendent qu’il faut toute la vie d’un homme pour l'acquérir, et l'on a vu chez eux des princes faire grâce de la vie à de grands criminels par cette seule raison qu’ils les regardaient comme des flambeaux Ihéologiqucs tellement rares qu'on ne pouvait les remplacer. Si j’ai bonne mémoire, cela est arrivé à l’émir Aabd-el-Kader.

Il a toujours la main allongée,

Le sabre tiré,

El une parole qu’on ne renvoie pas.

Iddou memdoud,

Sifou medjeboud,

Ou kelemtou bêla meredotul.

Son plus grand désir est de mourir dans la guerre sainte.

Moradou imoule fel djahad.

Il a toujours le chapelet à la main.

Tessbéhh dima fi iddou.

Le chapelet arabe compte quatre-vingt-dix-neuf grains,

LA VIE AKABE

sans doute pour rappeler constamment au fidèle les quatrevingt-dix-neuf noms qu’on a donnés à Dieu.

Par ma tête, c’est un cliérif, on doit le compter au nombre des amis du Prophète.

De rassi, houa vherif, mena sahhab rassoul Allah.

Clierif — pluriel, cherfa — noble d’origine. Ce titre ne peut être donné qu’aux descendants du Prophète par sa fille Fatma. Le peuple professe un grand respect pour les cherfa, qui, seuls, ont le droit de porter la couleur verte dans leurs vêtements.

Dans les jours noirs, le cliérif se découvre la tête et crie à son monde

A la nage — au galop, — les jeunes gens, à la nage !

Les balles ne tuent pas ;

Il n’y a que la destinée qui tue.

Fi nharate el kohliel, iaari rassoit ou iztjui Ici nassou :

Aaouam ya le chachera, aaouam!

Ed-ioun ma iljtelche ;

Ma iklekyhér ladjel.

Les Arabes ont toujours un triple besoin de gloire, île vengeance et de butin. Pour le satisfaire, ils ont trouvé un procédé très-expéditif et très-efficace; c’est la razia, envahissement par la force ou la ruse du lieu occupé par l’ennemi, ou du dépôt de tout ce qui lui est cher, famille et fortune. Chez eux, la gloire n’est pas de la fumée.

Quand tous les renseignements sont recueillis et qu'on est tout près de la trihu envahir, il faut tomber sur elle dès la pointe du jour, à l’heure où l’on trouve :

La femme sans ceinture El mra bêla lilwzam

Kt la jument sans bride. Ou laaouda bêla ledjam.

Un de leurs poêles a dit :

A la pointe du jour, les combats ;

A la tombée de la nuit, les festins;

Le malin, l’ennemi;

Le soir, les hôtes, les pauvres et les amis.

C’est un maître dans l’art de la blaga.

Radjel maallem fel blaga.

Chez les Arabes, la blaga est l'art du se servir habilement de mots qui, non compris par ceux qui ont peu d’intelligence, comportent un autre sens pour ceux qui sont doués d'une vive compréhension. Il en existe de nombreux traités.

U me parait certain que notre expression blague vient du mot arabe blaga. Comment ? Est-ce par l’Espagne, l’Algérie, ou est-ce encore un souvenir des croisades ? Je laisse aux savants le soin de décider la question. Le mot blague est généralement pris en mauvaise part ; c’est le contraire chez les Arabes. Si j’ai écrit blaga avec un gaf, c’est que c'est bien là le son reproduit à mon oreille. On devrait peut-être l’écrire avec un ghine, parce que, dans le désert et dans le Maroc, de tous les gliine on fait des gaf.

Il n’a pas son pareil dans le siècle.

Ma kane-chi metelou fel korn.

En mal.

C’est un homme difficile.

C'est un homme grossier.

C’est un gourmand.

C'est un père du ventre.

C’est un coureur de femmes.

lladjel omar.

Radjel kheehine. lladjel melhouf.

Hou kerch.

Radjel merioul.

Kii

Les Arabes font très-peu de cas de l'homme qui boit et mange beaucoup. S’il devient obèse, ils le considèrent comme hors d’état de faire la guerre, et ils disent de lui :

« Voilà un malheureux qui porte un vêtement tissu par ses dents. »

Suivant l’émir Aabd-el-Kader, l'homme a été fait avec de la soie et du fer. S’il s’habitue au luxe, à la mollesse, à la bonne nourriture, la soie domine, et bientôt il n’est plus bon à rien ; si, au contraire, il tient son âme en bride, et s’il repousse impitoyablement toutes les jouissances de la vie, le fer l’emporte, et il reste apte à supporter les plus grandes fatigues, à exécuter les plus grands travaux.

Personne ne pouvait tenir ce langage avec plus d’autorité que ce chef illustre des Arabes. En effet, pendant la guerre de la conquête, et dans un pays dénué de ressources, il lui est souvent arrivé d’accomplir à cheval des courses fabuleuses, sans manger autre chose, dans le cours d’une journée, que deux ou trois poignées de blé bouilli dans de l’eau salée — cherchem. — Cette incroyable sobriété, partagée du reste par beaucoup d’autres Arabes, lui avait permis d’arriver à une mobilité telle, qu'il paraissait quelquefois dans une province, quand, peu de temps auparavant, on l'avait vu dans une autre.

C’est un ignorant. *

Ce n’est qu’un moineau. Il procure sa femme.

C’est un fou.

C’est un avare.

C’est un peureux.

Ratljel (tjahel.

La zaouch.

Ichekemm marlou.

Iladjel mahboul. Meseyooeu.

Radjel bekhil. Yabess.

Iladjel khouaf.

C'est un homme possédé du démon.

Radjel medjennoun.

Il ne vaut rien, il n’est bon à rien.

Ma issoua, ma isselahh .

Toute la journée, il joue aux cartes.

N fuir kamel ilaab el Karta.

Sa tente est la tente du mensonge.

Khéimtou, khiimt, le kedeb.

C’est un homme haineux ; le poison lui coule par le nez. lladjel mebghoud; essemm issil men nifou.

Sa tente est la tente de la viande salée.

Kliéimtou, khéïmt le kheléaa.

Ceci veut dire que les hôtes de cet homme ne mangent jamais de viande fraîche. Le kheléaa, nous l'avons déjà dit, est une viande cuite dans l’huile, salée et séchée au soleil. On ne s’en sert pas ordinairement pour donner l'hospitalité, mais seulement comme ressource dans un cas pressé ou quand on est en expédition.

Il passe sa vie à dire du mal des femmes.

Daim idjedeb fe nessa.

C’est un carotticr. lladjel temmaa.

C’est un homme sauvage. lladjel khelaoui.

C’est comme un chien : il n’a ni parole ni considération. Ki le kelb : la kelma, la hherma.

Ce n’est qu’un marchand de sucre — épicier.

La sekakri.

Il n’a pas d'autre métier qnc celui de se chauffer au soleil. La xemmache.

C'est un gros serpent.

C'est un gros ogre.

C'est un grand diable.

Taabane kebir.

G bout kebir.

Aafrite kebir.

Il est courageux connue sa femme.

Rakeba Ai martou.

Pour la poudre, sa femme vaut mieux que lui. Marlou fel baroud kliér mennou.

Le jour du combat, il reste sur les mamelons.

A7mr el baroud ioogouf fe Ihhamamir.

C’est comme une femme, '

II passe sa vie à se regarder dans un miroir.

Kifuu kif le mra.

Daim icliouf oudjhou fel meraya.

Jamais l’Arabe ne se regarde dans un miroir; d’après lui, c’est une faiblesse indigne de l'homme, il le laisse aux femmes avec l’usage des parfums.

Mais, s’il ne s’en sert pas, en revanche il emploie souvent le peigne pour soigner sa barbe à laquelle il lient beaucoup et qu’il doit porter jusqu’à sa mort sans qu’elle ait été rasée une seule fois.

Il rend son fusil chargé el armé.

Imedd mouqhhaltou maamera ou métal laa.

Aux jours de la poudre, son cheval est toujours boiteux.

Fi nharale el baroud, daahn aaoudou dalaa.

C'est comme une jeune fille, il n’est bon à rien pour la poudre.

kifou ki lichira, ma melahlicb fel baroud.

Quand un homme tourne le dos, il commence à en dire du mal.

Menine radjel iderreg aalili, ibda idjebed fili.

Dans les réunions, il déchire sa bouche et pour l’action ce n'cst plus qu’un juif.

Fel djemaa icherreg foummou, ou fel khessela la ki lihoudi.

Il n’a jamais ramené un cheval de prise.

Aamrou madjab gueldaa.

Il ne suit pas sa religion, il boit des liqueurs fermentées.

Ma ilehbaach dinou, ichrob fl kliemer.

Toute liqueur fermentée pouvant troubler la raison et rendre l'homme semblable à la bétc, est sévèrement prohibée par la religion musulmane. Maintenant, sur le littoral et dans les villes que nous occupons en Algérie, il v a beaucoup d’Arabes qui boivent du vin, de la bière, des liqueurs, etc.; nous les regardons comme étant eu progrès, mais, pour ce fait, ils sont souverainement méprisés par leurs coreligionnaires.

C’est un grand voleur : attache le cheval avec dix entraves en fer et il l'enlèvera tout de même.

Kha'inc kebiv : ou loukane el aaoud be aachem hhadaul, makane la irfedou.

L’adresse des voleurs de chevaux est telle, que très-souvent, malgré nos grand'gardcs, nos petits postes et nos sentinelles avancées, on est venu nous en enlever au milieu de nos camps. Ils profitaient des nuits sans lune et sans étoiles, et ceux que nous avons tués, nous les avons toujours trouvés tout nus, munis seulement d’une ceinture de course à la-

quelle étaient suspendus un pistolet et un petit couteau — mouss.

Ce n’est qu’un criard et un bavard.

La zegtjaye ou fedouli.

Les Arabes ont les bavards en horreur.

Ils disent :

Tout bavard est ennuyeux ;

Il appelle le mal sur sa tôle.

Et il mérite un coup de rasoir

Qui lui mette les molaires à découvert.

Koul douaye messouss,

Idjib cl helika fi rassou ;

Ou istahel derba be mouss,

Hhatta ibanou derassou.

Ce n'est qu’un buveur de tabac — fumeur.

La chareb edokhane.

N’allez pas croire que tous les Arabes fument. La pipe fait partie du bagage des gens de guerre ; mais les hommes de science et de religion, c’est-à-dire les tolbas et les marabouts ne fument pas. Le pauvre aussi ne fait point usage du tabac, il est trop cher pour sa bourse.

Les chefs et les riches qui fument ont un esclave préposé aux soins que réclame cette habitude ; c'est lui qui est chargé de nettoyer la pipe, de la bourrer, de la présenter et de l’alluincr avec un eharbon ardent, ce qui, d’après les raffinés, est la meilleure manière de le faire. En campagne, on garde le culot de la pipe qui finit, pour le placer sur la surface de la pipe qui va commencer. 11 faut que celle ma—

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