‹ La vie arabe et la société musulmaneChapitre 61 sur 157 · LA VIE A U A B E · texte numérisé non relu

LA VIE A U A B E

quelquefois il la rend à ses parents. On donne le nom de hherchn à la femme qui passe pour porter malheur.

Les Arabes croient reconnaître la femme qui porte malheur à ce signe que le tendon de sa jambe, en arrière de la cheville du pied, est toujours sec, tranchant cl bien détaché. Ils disent :

Celle qui, avec son tendon, peut couper le cou à un oiseau,

I‘’uis-la; elle ne renferme aucun bien.

Li le aargoub-ha tedebuhh et-taiv,

Horob menn-ha ; mafi-ha khér.

J'ai parlé à l’émir Aabd-el-Kadcr de ce sot préjugé ; voici ce qu’il m'a répondu :

«C’est là une superstition qui existait du temps de l’idolâtrie ; la loi musulmane en a fait justice. Les Arabes croyaient autrefois que le profit et la perle étaient attachés à la chevelure des femmes, à celle des enfants ou à* la crinière des chevaux ; aujourd'hui, nous repoussons ces influences occultes et nous disons tout simplement :

» La femme malheureuse est celle (pii est stérile ou affligée d'un mauvais caractère.

» Le cheval malheureux est celui qui est lent à la course ou dont on ne se sert que pour entreprendre des expéditions injustes et déloyales.

» On trouve bien encore chez quelques Arabes grossiers et ignorants, cette croyance profane que la femme, suivant qu’elle est née heureuse ou malheureuse, apporte en dot à son mari le bonheur ou le malheur ; mais les hommes sages et qui connaissent bien leur religion la repoussent avec dédain et pensent que Dieu seul fait ce qu’il veut de scs créatures. C’est lui qui est le souverain appréciateur et maître : il leur envoie la prospérité ou l’adversité, comme

bon lui semble, et il ne dépend ni de la femme, ni de l’enfant, ni du cheval pas plus que d'aucune autre chose créée, d’empiéter sur les attributions du Créateur. Celui, donc, qui possède une croyance sincère jointe à une foi profonde ne peut, je le répète, attacher aucune importance à des superstitions aussi vulgaires que ridicules. »

Khéra — le bien — est belle: son visage resplendit comme la pleine lune.

Khéra chabba : outljh-lia iguedi ki le bederr.

Aarbiya — l’Arabe — vous ensorcelle par sa beauté et par sa parole.

Aarbiya tessliherr be djemal-ha, ou lessann-lui.

Djenna — le paradis — a fait le pèlerinage de la Mecque : elle ne. sort que voilée, ne s'occupe que des pauvres de Dieu, et ne pense qu'à l’autre monde.

Hhedjete : tekhroddj ghér mennke'oa, teched aalel guellaline ou tekhemmem fel akhéra.

Les femmes arabes ne peuvent aller au marché, tenir boutique, vendre ou acheter dans les rues ; les hommes seuls sont chargés de ces soins. Lorsqu’elles sortent pour visiter des parentes, des amies, des lieux sanctifiés, pour assister aux fêtes des marabous vénérés, — el ouadaa, — pour se rendre au bain, elles se revêtent d’un hhaïk dont la finesse est en rapport avec leur fortune, ou tout simplement d’une pièce de calicot — melhhafa — dont elles s’enveloppent tout entières, à l’exception d’un œil indispensable pour se conduire, ce qui leur donne un aspect si mystérieux. C'est là une des prescriptions de la pudeur, recommandée à la femme arabe par la religion et consacrée par la pratique.

En résumé, la femme ne doit pas regarder l’homme, ni

is

LA VIF. AR ARE

être vue de lui, de manière à exposer son cœur aux dangers de la tentation. Les regards énervent l’ânie et affaiblissent les facultés. Cependant, dans les tribus, les femmes de noble origine font seules, à la jalousie des hommes, ces rigoureux sacrifices ; les femmes du peuple, obligées de vaquer aux mille travaux de la tente, sortent d’habitude le visage découvert.

La loi islamique n’empêche pas la femme d’aller prier dans les mosquées ; toutefois, les jurisconsultes et les docteurs sont d’avis qu'il est plus convenable qu’elle reste dans son intérieur pour y accomplir ses devoirs religieux. H faut, disent-ils, qu'elle aime et respecte son mari, qu’elle s’efforce de lui être agréable et qu’elle ne le trahisse jamais ni dans ses biens ni dans son honneur. Si, en outre, elle ne sort jamais de chez elle qu’avec son consentement et le visage voilé afin de dérober ses traits aux regards étrangers; si, dans la rue ou dans tout autre lieu public, elle évite la foule et se tient rigoureusement à l’écart ; si, au dehors, elle ne rit point aux éclats et ne fait jamais entendre le son de sa voix, de manière à être remarquée ; si elle apporte tous ses soins au bien-être de son ménage, et place toujours l'intérêt de son époux avant le sien ; si elle s’attache à être très-propre sur son corps et sur ses vêlements ; cl si, enfin, elle chérit, soigne et élève bien ses enfants, il importe fort peu qu’elle fasse ses dévotions à la mosquée ou dans sa maison, pourvu qu’elle les fasse régulièrement.

L'émir Aabd-ol-Kader.

Saadiya — l’heureuse. — Elle remplit d'enfants mêles la tente de son mari. Que Dieu lui accorde sa bénédiction 1

Taamer el khéima be dekoura. Allah ibarek fi-ha !

Auprès de Dieu, le maître du monde, une fille vaut un

garçon. Ainsi s’exprime, dans un proverbe, la sagesse musulmane; mais, comme il arrive d’ordinaire, iei-bas, la théorie et la pratique sont loin de s’accorder en celle matière. Les hommes, en pays arabe, se chargent de faire la différence que, suivant eux, Dieu ne fait pas. Tandis que le garçon reste avec sa famille, ajoutant à la force de la tribu, dont il soutient la fortune et l'honneur, la jeune fille, aussitôt qu’elle est parvenue à l’âge nubile, suit la destinée d'un mari, elle quitte ses parents et va devenir quelquefois, sous une tente lointaine, une femme étrangère à sa tribu.

Zina — la jolie. — M’a pas de sœurs dans les quatre coins du monde : elle chante les malheurs ou la gloire de sa tribu. Que Dieu la préserve du mauvais œil !

Maand-ha khouatate [ed-denya : fel khér ou fe chorr teghenni aala aarch-ha. Allah ihhadjeb-ha menu el nain !

Ce sont les femmes qui, dans les tribus et concurremment avec les trouvères, augmentent la popularité des chants qui sont faits par les lolbas — lettrés — pour perpétuer sous la tente le souvenir des combats glorieux ou des revers affligeants. M’ous autres, chrétiens, nous y sommes la plupart du temps très-maltraités ; cela entretient la haine qu'on nous porte.

De nos jours, on voit encore des femmes arabes, montées sur des chamelles ou sur des mules richement caparaçonnées, assister aux combats livrés par les tribus. Leur présence relève le courage des faibles et surexcite l’énergie des forts. Si un homme vient à fuir, elles l’accablent d’injures, et, quand elles le peuvent, dans le but de le signaler h tous comme un lâche, elles répandent du hhenna liquide sur ses habits.

LA VIF. ARABE

Merytm — Marie. — Dès qu’elle a pu porter une cruche à sa bouche.

Elle a porté ce qu'a porté sa mère.

Menine refedett el lilialab el foum-ha,

Refedett ma refedett imma-ha.

Cette assertion ne paraîtra pas trop empreinte d'exagération quand on saura qu’il n'est pas rare de voir, en Afrique, une jeune fille arriver à la nubilité vers l'âge de dix ans.

J’ai entendu citer l'exemple d’une mère qui avait onze ans à peine de plus que sa fille. Elle était grand’mère à vingtdeux ans.

Chez les Arabes, on ne veut pas qu’une jeune et jolie fille soit soustraite longtemps aux liens conjugaux. Tandis que sa beauté s'accroît, ou craint que sa réputation ne diminue.

0 Richa ! — la Plume, — par ta douce beauté, donne-inoi seulement un coup d'œil, cela rafraîchira mon cœur.

Ya Richa ! be zinek el hhalou , chuuf fiya yhér choufane ; ibert ed galbi.

Prends une femme de noble origine,

Et dors sur une natte.

Khodel mra el asüla,

Ou naam aalel hhassira.

Quel dommage que les chrétiennes ne connaissent pas Dieu !

Khessara er-roumiyat maiaarfouch Rebbi !

Leurs yeux sont les yeux de la gazelle.

Aàini-houm ki aainine le ghezal.

Et leurs flancs sont serrés comme ceux des chevaux du Sahara.

Ou djenab-houm ki khéil es-Suhhara.

Celui qui aime la beauté, qu’il prenne une géorgienne;

Celui qui aime la ruse, qu’il prenne une juive;

Celui qui aime la tranquillité, qu’il prenne une chrétienne ;

Celui qui aime l’orgueil, et la fanlaziya, qu’il prenne une turque ;

Et celui qui aime la noblesse et la générosité, qu'il prenne une femme arabe.

Li sahhab ez-zine, ïakhod gourdjiya;

Li sahhab el hliéila, ïakhob îhoudiya ;

Li sahhab el aafya, ïakhod roumiya;

Li sahhab en-nefkha ou le fanlaziya ïakhod terkiya ;

Ou li ihheb el djoud ou el kerem, ïakhod mra aarbiya.

La femme, pour être belle aux yeux des Arabes, doit avoir quatre parties de son corps noires, quatre blanches, quatre rouges, quatre larges et quatre petites.

Les noires sont les cheveux, les sourcils, les paupières et la pupille des yeux.

Les blanches sont le teint, les dents, les ongles et la cornée opaque de l'œil.

Les rouges sont les joues, les lèvres, la langue et les gencives.

Les larges sont le front, les yeux, la poitrine et les hanches.

Les quatre petites sont les oreilles, la bouche, les mains et les pieds.

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