‹ La vie arabe et la société musulmaneChapitre 66 sur 157 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

LE CHEVAL ARAHE PUR SAN’f!

Lettre de l’émir Aabd-et-Kadcr au général Daumas. — Origine des chevaux arabes. — Chevaux de race pure. — Chevaux dégénérés. — Le climat. — La nourriture. — La boisson.— Le travail. — Croisement de l’étalon anglais avec la jument arabe. — Prix qu’on attache a la pureté du sang. — Ou le trouve dans le vrai désert.— Course fabuleuse. — Réflexions de l'auteur.

L’accueil fait aux études que j’ai publiées sur les chevaux du Sahara m’a engagé à poursuivre lo môme sujet cl à rechercher, pour le faire connattro en France, comment les Arabes conçoivent et jugent encore certaines questions. Je n'ai pas cm pouvoir mieux faire que de m'adrosser de nouveau à l’émir Aabd-cl-Kader. Tout le monde sait quelle autorité ses jugements obtiennent au pays musulman. N'étuit-il pas utile de soumettre ensuite les appréciations de cet homme éminent au contrôle des idées européennes ? La lettre qui suit m’a donc paru do nature à intéresser tous ceux qui, à divers titres, s’occupent do science hippique : voilà pourquoi je la livre à in publicité.

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uniGINC DES CHEVAUX ARABES

Louange à Dieu l'unique.

Son régne seul est éternel.

A noire ami M. le général Doumas, que Dieu le courre de sa protection. Ainsi soit-il (amine).

Ensuite, voici ma réponse aux questions que vous m'avez encore posées au sujet des chevaux arabes. Suivant moi, elle est l'expression de l’exacte vérité.

Sachez donc que Dieu a créé les premiers chevaux dans le pays des Arabes, compris entré la Méditerranée, la mer d’Aden, la mer Persique, la mer Rouge et l’Euphrate. C’est pourquoi ces animaux s’appellent irab, pur sang. Ils étaient alors sauvages et inabordables, tous ils fuyaient l’homme ; mais Ismaël, fils d’Abraharn — Brahim — fut le premier qui, environ deux mille ans après Adam, eut le courage de les monter et le talent de les dompter. Il ressort de ce qui précède, que tous les chevaux qui sont en ce moment répandus sur la terre entière tirent leur origine de l’Arabie.

Les chevaux arabes sont, de tous les animaux, ceux dont le tempérament est le meilleur, et dont le caractère et les belles qualités se rapprochent le plus de la nature de l'homme. Comme ce dernier, ils connaissent l’honneur et la fierté. Un cheval de race pure — hhorr — ne mangera pas les restes d’un antre cheval.

Les chevaux connus chez nous sons le nom de beradine , animaux au corps lourd et aux allures lentes, et de ked-

LE CHEVAL AKABE PCR SANG SOS

chane, bêtes de somme ou de trait, n'existaient pas autrefois. Ils ont été produits par des combinaisons artificielles inventées par les hommes. C’est à la négligence et aux mauvais procédés d’élevage d’un roi persan que l’on doit la première dégénération de la race pure. Elle amena des beradine et des hadjine, espèces caractérisées par une vilaine fête, des extrémités communes et empâtées, ainsi que par des formes peu gracieuses dans leur ensemble. La postérité de ces premiers abâtardis produisit les kedehane, qui ont les naseaux étroits, les reins longs et les crins grossiers. On ne doit pas s’en étonner ; l’or, pour rester or pur, repousse tout alliage.

Alexandre le Grand fut le premier qui accoupla des ânes et des juments. Il en naquit des mulets. Plus tard, du croisement des chevaux avec des ânesses, il obtint un mulet d'une espèce plus petite, au nez aplati, à la tête courte. Et cela se comprend, l'ânesse ayant le ventre et le bassin plus étroits que la jument.

Si certains chevaux, quoique descendant de race pure, ont cependant dégénéré comme qualité et comme physionomie, il faut l’attribuer à des causes ou à des accidents fortuits, remontant à la souche paternelle ou maternelle. Puis, ces mêmes influences venant à se reproduire, la constitution des animaux s’en est ressentie, et, avec les siècles, d’autres espèces plus ou moins avilies se sont constituées.

Ne voyons-nous pas les mêmes effets chez les hommes î Un habitant des climats tempérés, aux mœurs douces et civilisées, au corps sain, au teint blanc, se rend dans le Soudan et s’y marie avec une négresse. De génération en génération, les descendants se transforment; ils perdent progressivement type, couleur, en un mot toutes les qualités physiques et morales do leur premier père. La peau sera

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noire, les cheveux crépus; ils auront le caractère fougueux et sauvage ; leur intelligence sera étroite, leurs mœurs légères ; et enfin, comme les nègres, ils ne larderont pas à se distinguer par une dissipation extrême, et par un amour excessif de la danse.

Il existe donc, on le voit clairement, deux catégories de chevaux bien distinctes:

1° Une catégorie de chevaux arabes pur sang, qui ont conserré intacte toute leur valeur, parce que la nature n'a été modifiée en eux par aucune cause nuisible ;

2° Une catégorie qui'n’cst plus de race puro, pour avoir subi des altérations profondes au moral comme au physique.

Si, pour mieux se faire comprendre, on voulait recourir’ à une comparaison, on pourrait dire que les chevaux de race entièrement noble sont aux beradine et aux kedchanc ec que la gazelle est à la chèvre. Les muscles et les os des beradine et des kedchanc sont en apparence plus gros que ceux des irait pur sang; mais, en réalité, ils sont moins pesants, moins forts, et surtout beaucoup moins résistants. Il est admis chez nous que le cheval noble surpasse tous les animaux, même ceux qui servent do bêtes de somme, en patience et en vigueur. Il est à la fuis le plus souple, le plus léger et le plus fort de la création. Ou peut le considérer, en outre, connue le plus facile à nourrir et à désaltérer aux jours de poudre ou pendant ces courses de longue baleine que nous faisons dans le désert.

Les principales causes qui amènent des altérations dans les races sont les quatre suivantes : le climat, lu nourriture, la boisson, le travail. Nous allons eu parler.

LE CHEVAL AIUBE PUB SANG

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