‹ La vie arabe et la société musulmaneChapitre 68 sur 157 · I. A NOURRITURE · texte numérisé non relu

I. A NOURRITURE

Nos ancêtres ont remarqué que, dans les pays arides où la paille, l’herbe et les grains sont rares, le cheval est bien supérieur à celui qui vit dans les pays bien cultivés, où l'on trouve à satiété des fourrages. Le premier est mieux conformé ; il a les membres plus secs, les tissus plus fermes, la peau plus fine, la couleur plus vive, le poil plus soyeux et la santé meilleure, avec un fonds inépuisable. Pourquoi ? Parce qu'une nourriture trop abondante, engendrant toujours dans le cheval des humeurs nuisibles et développant certaines parties du corps seulement, au détriment de toutes les autres, fait naître ces disproportions dans l'ensemble et

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ce teint terne qui rend l'extérieur de l’animal si laid. Elle produit, en outre, la graisse, la pesanteur, la déformation, et surtout ces vices de respiration qui sont les signes certains de la non-aplitudc au travail et à la fatigue.

Les chevaux arabes du Sahara me fournissent encore la preuve de ce que je viens d'avancer. Ils sont plus intelligents, plus légers, plus accessibles à l’éducation, et ils supportent les fatigues, les misères, les longues courses, la faim et la soif beaucoup mieux que leurs frères également arabes, mais qui ont été élevés moins sobrement ailleurs. Pour maintenir leur supériorité, il leur suffit de boire, quand on peut leur en donner, du lait de chamelle, de dépouiller quelques arbustes parfumés, incapables de corrompre le sang, ou de brouter quelques végétaux qui contiennent, il est vrai, des principes toniques et très-nutritifs, mais sous un petit volume. Les grains leur sont à peu près inconnus, bien qu'ils soient soumis à un entrainement perpétuel.

Au surplus, le cheval du désert ne forme pas une exception à la règle générale. Voyez la gazelle, le bœuf et le mouton sauvages, la girafe, l’onagre, etc., etc. Ils vivent sur des pays secs et stériles, et cependant, ils sont très-supérieurs ii leurs congénères domestiques, nourris copieusement sur des terres fertiles.

L’homme ignorant croit que l’espèce modifiée est d’une autre famille que celle qui a conservé sa nature primitive. C’est une erreur, la chèvre est sœur de la gazelle, le bœuf et le mouton sauvages sont frères du bœuf et du mouton domestiques, le chameau est frère de la girafe, et l’onagre est aussi frère de l’âne que nous connaissons. Seulement, les uns sont restés conformes au type primordial, tandis que les autres ont changé de physionomie, soit par défaut d'exercice, soit, ce qui est encore plus certain, par suite d’intem-

pérancc dans le boire et le manger. Ils se sont épaissis, ont contracté des humeurs viciées, le corps s’est habitué à des sécrétions malsaines, et ces conséquences de la servitude ont à la longue réagi sur le physique et le moral.

Manger peu , de manière à n’ôtre jamais complètement rassasié, et toujours consommer des aliments qui ne soient pas de nature à altérer le sang, telles sont les conditions qui ont une si heureuse influence sur les chevaux du désert. Ils leur doivent la pureté, la force, la vitesse, la beauté et leur admirable caractère.

Si le cheval fait un abus constant de nourriture, la moindre privation lui pèse, il dépérit rapidement. Cela se conçoit, on a élargi outre mesure S'>s intestins ; la diminution des aliments amène leur rétrécissement; l’humidité leur manque; ils se dessèchent, l'inflammation arrive, et l’animal est perdu.

Le contraire se produit chez, les chevaux qui, pour apaiser leur faim, se contentent des arbrisseaux dont j’ai déjà parlé, du ketoff (atriplcx halimus ), de ces graminées que nous appelons el alfa (li/geum spartium ), du diss. ( arundo feslucoides de Desfontaincs), du doumm, palmier nain ; en un mot, de tout ce qui leur tombe sous la dent. Ceux-là ne mangent jamais avec excès, conservent l’cstoiuac libre et les intestins dans un état normal. Ces organes délicats ne s’élargissent pas, s’accommodent de tout aliment naturel et ne sont pas sujets à s’altérer, non plus qu’à se dessécher ou à s’enflammer.

Tous les grains ne sont pas salutaires aux chevaux: l’orge seule exerce sur leur hygiène une action salutaire. Elle a surtout une propriété spéciale, celle de nourrir l’animal sans l’échauffer. Esl-il bien conformé , il eu tire une vitesse

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extrême. Dans le pays arabe, l'orge est donc un excellent aliment.

Donner aux chevaux des fèves, comme on le fait en ftgyptc et ailleurs, cela ne vaut absolument rien. En agissant ainsi, on les gâte entièrement.

On nourrit les chevaux du Hcdjaz avec de l’orge, du rail

— derra, — des dattes et des noyaux de dalles. Le lait est leur boisson habituelle.

Dans le Nedjed, il n’est pas rare de voir donner aux chevaux de la viande salée et séchée au soleil — kadid (i)

— et, à l’occasion, des sauterelles cuites à l’étuvée (2). On les abreuve aussi avec du lait, on leur fait brouter les feuilles de certains arbustes, entre autres celles du tamarin, du chibhé ( artemisia judaicn), du gandoul ( spartium spitiosum), et ils paissent le mouron et le drinc, dont les graines, nommées el loule, sont très-nourrissantes (stipa barbata de Desfontaines).

Pour en finir avec la nourriture, je dirai encore que, par-

(1) Chikh Athmane, chef influent de la tribu des Touareg, ces pirates du grand désert, assure que les chevaux sont très-friands de la viande de chameau. Voient-ils découper et préparer devant eux la chair de cet animal, ils hennissent de joie et grattent la terre du pied avec force, témoignant ainsi du leur impatience avec la même énergie que lo cheval de nos contrées, quand il entend mesurer ou vanner une orge bien gagnée et attendue depuis longtemps.

(2) Quand il y a une invasion de sauterelles dans le N'edjed, ce qui arrive tous les sept A huit ans, les Arabes font la chasse à ces petits animaux dévastateurs, sc hâtent ti en remplir des sacs et les conservent comme provisions alimentaires. Ils les font cuire dans des trous pratiqués en terre, et, quand la cuisson en est complète, ils les laissent refroidir et les donnent ensuite à leurs chevaux, qui s’en montrent très-friands. Dans le pays, on prétend même, et des gens dignes de foi me l'ont assuré, qu'il n'est pas d'état de maigreur qui puisse résider à une pareille nourriture administrée pendant quinze jours. (Voyage liant la haute Aile, par Al. l’étiniaud, inspecteur général des haras.)

tout chez les Arabes, lorsqu’on veut exiger ou lorsqu’on a exigé des efforts considérables d’un cheval, on ne le fait jamais manger immédiatement avant le départ, ni aussitôt après le retour. Des accidents sérieux pourraient être la conséquence de la non-observation de ce principe.

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