SS
La légende concède à sidi Senoussi le pouvoir d’accorder des garçons aux pères qui regrettent de n’avoir que des
Oran, la prostituée,
Nous t'avons xendue aux infidèles,
Jusqu'au jour du jugement dernier!
Ouharane el fasseda, liaana — koum el kafara,
Hhatta youm el kiyama !
On attribue cette malédiction à un marabout vénéré, sid cl Haouari, dont le tombeau et la gouhha sont à Qren. Voici dans quelles circonstances elle se serait produite :
Les fils du bey de cette époque étaient jeunes, violents et orgueilleux ; se trouvant un jour en chasse, et sur un prétexte des plus futiles, ils firent impitoyablement manger par leurs chiens un pauvre enfant de quatre à cinq ans qui appartenait à sid el Haouari. La consternation, comme on doit le penser, fut grande dans la famille ; mais, sur le moment, le marabout contint sa douleur et n'exhala aucune plainte. Quelques jours après, dans sa maison et en sa présence, une poule couveuse se précipita avec fureur sur un chat qui rôdait autour de ses petits poussins pour les manger. « Vois, lui dit sa femme, ce qui se passe sous tes yeux : une simple poule protège vaillamment sa progéniture, et toi, tu n’as su ni défendre ni venger la tienne, c'est une honte! — Silence, s’écria alors sid el Haouari, Dieu s’en chargera ; » et il proféra alors la malédiction que j'ai citée plus haut. Telle est, d'après les Arabes, la cause de la longue occupation d’Oran par les chrétiens.
filles.
Or#n. — Eu arabe, Ouharane.
Oran, pour la vente et pour l’achat,
Aucune ville ne peut lui être comparée.
Celui qui y pénètre pauvre,
Kst sûr de devenir riche.
Ouharane fel béaa ou chera,
La tekiss-ha belad.
Menti dekhol-ha fekir And yhani.
Oran est le chef-lieu de la province : elle est située sur le bord de la mer, au pied d’une haute montagne, et elle est partagée en deux parties par un ravin très-profond. C’est une ville de commerce; son port principal est à Mers-cl- Kebir. Les Espagnols ont habité cette ville pendant plusieurs siècles.
Mascara. — En arabe, il aeukerr.
Voici les paroles qu'on attribue à sidi Hhamed benn Youssef :
Les gens de Mascara vous aiment le matin Et vous haïssent le soir.
Ils vous aiment sans cœur Et vous détestent sans motif.
Us médisent même du pain Et se réjouissent toujours du mal.
Maaskriya, issahhabouk sebahh, thi iboyheduuk el aachiyu.
Ihhebouk bêla yulb.
Ou ikerohhouk bêla s'nja,
Hassadine el naama Ou farahliine lel nokema.
DICTONS SUR LES VILLES ET TRIBUS
De l'est à l’ouest, j’ai rassemblé tous les enfants du péché : je les ai conduits auprès de sidi Mohammed Bou-Djellal. Là, ils m’ont échappé : une partie est entrée dans Mascara, et l’autre partie est descendue dans la plaine de Gheriss.
Menti ec-cherg lel gharb, lemmite ouladel hharame djebthoum hatta sidi Mohhammed Ilou Djellal, harebou li tem matik ; chi dekhol lel Maaskerr, ebi habolt lel Gheriss.
Maaaker est l’abrégé de Oum el aasker, qui veut dire la mère des soldats. C’est une ville de la province d’Oran, située à 70 ou 75 kilomètres du littoral. Son marché est très-*fréquenté par les Arabes. On y vend des laines, des huiles, des farines, des chevaux, et aujourd'hui on y fabrique des vins, pour les chrétiens, bien entendu. C'est là qu’on fait ces beaux bernouss noirs — iouglidani — que les cavaliers portent dans l’Ouest.
Mascara était autrefois la capitale de l’émir Aabd-el- Kader.
Les U hachera
Laboureurs, ils achètent le blé.
Tisserands, ils vont tous nus.
El hhaehem, hharratine, kiyaline,
Nessadjitie , aaryanine.
Un taleb de la plaine de Gheriss
Ne vaut pas un centime en cuivre.
Derhemm nahhissi ,
Khér tnerm thaleb gherissi.
La tribu des Hbachem habite la belle et vaste plaine de Gheriss, qui s'étend aux pieds de Mascara. L’émir Aabdei-Kader est né dans son sein. Autrefois, elle pouvait mettre sur pied un grand nombre de cavaliers.
Demi Aamrr.
Béni A amer, je vous liens pour des juifs :
Vous ôtes toujours prêts à donner votre argent — au vainqueur.
Béni damer dairt-kouni ïhoud:
Ou draham-koum dimn moudjoud.
Grande tribu dont le territoire est pour ainsi dire compris entre Mascara et Tlemcen : était très-populeuse, très-riche ; mais a beaucoup souffert pendant la guerre de la conquête.
OulaJ Yaagoub. — Les Entants de Jacob.
Plutdt un furoncle à mon jarret*
Que de fréquenter un yaagoubi.
Ne fia H aargoubi,
Oula khelate yaagoubi.
Haïra. — Rivière.
En été, elle n’a pas étanché ma soif ;
En hiver, je n’y ai pas trouvé assez d'eau pour faire mes ablutions.
Djit-ha fes-sif, ma rouate-ni.
Ou fel mecheta ma ouddate-ili.
Mosiagnnem. — En arabe, Mt'HrgàûUlM.
Les gens de Mostagancm chaussent les quartiers de leurs pantoufles,
Riert qu’au bruit des mâchoires.
Mestegha, metaUaaine el belglia,
Aala hhess el medegha.
DICTONS SCR LES T I LL ES ET TRIBUS «SI
Les Arabes portent habituellement pour chaussures des savates jaunes, — behjlia. ; — elles sont en cuir de Maroc,
— fil ali. — Le plus souvent, ils ne les chaussent pas, parce que c'est plus commode pour eux, soit pour entrer dans les mosquées, soit pour faire leurs ablutions.
Suivant ce dicton, il paraîtrait que les habitants de Mostaganem sont très-gourmands, car ils relèveraient les quartiers de leurs pantoufles pour mieux marcher ou pour mieux courir, quand il s'agit d'aller prendre, au loin, leur part d’un festin quelconque.
Mostaganem,
C'est le musc du butin maritime.
Celui qui y pénètre est sauvé,
Et celui qui lui fait des injustibes ne meurt pas cbmme il veut.
Mesteghatiim,
Messl: el yhenaim.
Li dakhol-ha chahiil
Ou dalem-ha ma imoute kif irid.
Mostaganem, ville de la province d’Orani située sur le bord de la mer. Elle est divisée en deux parties par le ravin de Aaïn-Sefra ; les environs sont cités pour la beauté et la fécondité de leurs jardins.
Mazouna.
Le Mazouni vend son bernouss
Pour acheter un pistolet,
Et il sort de sa maison
Pour le décharger sur son voisin.
El Mazouni ibeaa le bernouss,
Ou icheri le kabouss,
Ou ikhrodj menn ed-dar ,
Ou ikob fel djar.
Maxouna est une petite ville arabe du Dahara, remarquable par l’abondance de ses eaux, qui vont se jeter dans le Chélif. On y trouve un petit fortin en ruine et une source magnifique nommée Tamda.
Tenèg. — En arabe, T mets.
Tenès
Est bâtie sur du cuivre ;
Son eau est du sang;
Son air est du poison.
Et sidi Hhammed Benu Youssef a juré qu’il n’y passerait pas la nuit.
Disparais, ô le chat !
Teness
Mebeniya aala deness ;
Ma-ha demm
Ou haoua-ha semm
H haie f sidi Hhamed lienn Youssef, la ibaat temm.
Sodd ya le gott !
Les habitants de Tenés avaient offert au marabout, pour difa, un chat au lieu d’un lièvre. Comprenant qu’on se moquait de lui, il punit les mauvais plaisants en les tournant en ridicule et en ordonnant au chat rôti de ressusciter, ce qui eut lieu.
Tenès est une ville de la province d’Alger bâtie sur le littoral ; en face de la ville arabe, s’élève une ville française qui prend de l’importance. On y fait un grand commerce de grains.
DICTONS SUR LES VILLES ET TRIBUS
Cherchai. — En ont tic, Cherchait.
Cherchêl, c’est une ruine,
On y trouve l’avarice et la lâcheté ;
Sois-y marin ou forgeron.
Ou bien sors de cette ville.
Cherchait, cherchait a,
El bekhol ou reddala.
Dahhari oulla hliadad,
Oui la khrodj menti el belad.
Cherchêl est une ville située sur le littoral, à 90 kilomètres d’Alger, c’est l’ancienne Julia Cœsarea. Elle fait un assez grand commerce de cahotage; son port est petit, mais sûr pour les navires d’un faible tonnage.
Médéah. — En arabo, J iediya.
Celui que tu vois vêtu d’un petit haïk, Tenant à la main un petit bâton,
Placé sur un petit mamelon Et disant fièrement à la dispute :
« Viens me trouver ! »
lleconnais-le pour un enfant de Médéah.
Li labels ke&siya ,
Ou fi iddou aussi y a,
Ouaguef aala koudiya Ou igoul lel bêla :
Adji liya!
Aarfou menu oulad Mediya.
Médéah, c’est un cadeau de la Providence. La faim y entre le matin
ÏÎ4
LA TIE ARAIlt
Et elle en sort le soir.
Si c'était une femme Je n’épouserais jamais qu'elle.
Mediya mliadiya Idkhol-ha chorr sebbalih Ou ikhrodj-ha laachiya.
Loukanete hiya mra Manakhod la hiya.
Médéah est une ville bâtie dans le îëll, fi 88 kilomètres d’Alger. Elle est placée sur un mamelon, & 9 10 lilètres audessus du niveau de la mer, ce qui fait que son climat ressemble beaucoup à celui de la France. La vigne y réussit admirablement : on y fait un grand commerce de grains, de laine et de bestiaux.
Aafn-Mhadi.
Aaïn-Mhadi, sa ligure est la figure de la brebis,
Et sa morsure est la morsure du cbacal.
Aain ilhadi, oudjh, oudjh en-nadja,
Ou aadd-ha aaddett ed-dib.
Aaïn-Mhadi, petite ville située dans le désert, à 6 J0 kilomètres sud-ouest d'Alger. Son chef Ould Tedjini, marabout très-influent, a soutenu, en 1838, un siégé meurtrier contre l’émir Aabd-el-Kader, qui, ne pouvant venir à bout de scs desseins, lui offrit une capitulation honorable.
Cirate.
Si le paradis est au ciel, regarde Cirate, — tu en auras une idée.
Et, s’il est sur la terre, Cirate, c’est lai.
DICTONS SUR LUS VILLES ET TRIBUS 23S
Ida kanele Mjenna fe sema, reyueb aala Cirate;
Ou ida liiya fi larde, hiya Cirate.
Cirate est line jilaine de la provifice d’Oraii, coriiprise entre Mostuganem et Mascara.
Milinnnh. — En arnbi*, Mrlynnah.
Si lu trouves le Miliaui vendant.
N'achète rien de lui ;
Et, si tu le trouves achetant,
Ne manque pas d'acheter avec lui.
Ida sobt le Metyani ibéaa,
La techeri mennou;
Ou ida sobt le Melyani icheri Chéri maaou.
A Miiianah, les femmes sont des vizirs,
Et les hommes sont des esclaves.
Fi Melyanah, en nessa, ouzera.
Ou Er-reddjal youssera.
Celui que tu vois petit et barbu,
Dis : « C'est un enfant de Miiianah. »
Li teclwufou kessir ou lahhyani,
Goul : Melyani.
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Miiianah, ville de la province d’Alger, bâtie sur un plateau au sud du Zakkar. Les eaux y sont très-abondantes et donnent une grande valeur aux beaux jardins qui descendent vers la plaine du Chélif. On y trouve le tombeau de sidi Hhamed benn Youssef, ce marabout célèbre par ses dictons sur l’Algérie.
L» Tbemiü.
Les Tharaiss ont toujours la poitrine pleine de chagrins, Et les ongles couverts de sang :
Quand ils poursuivent, ils tuent,
Et, quand ils sont poursuivis, ils tuent encore.
Hhamist, cedirate el hemm Ou defirate ed demm ;
Nadirine iktelou,
Où menououdme iktelou.
Btidab.
Le monde t’a nommée petite ville,
Et moi, je t’appelle petite rose.
Ennass, semmaouk Blidah,
Ou ana semmitek ourida.
Celui que tu vois avec un pain et un morceau de viande à la main,
Reeonnais-le pour un enfant de Blidah.
Li fi iddou klwbza ou kedida
Aarfouh menti oulad el Blidah.
Blidah est située à 48 kilomètres d’Alger. Elle est entourée de nombreux jardins et d’orangeries magnifiques, parfaitement entretenus par des eaux abondantes. Malheureusement, les tremblements de terre y sont fréquents.
La Mitidjo. — En «r»bc Metidja.
Les gens de la Mitidja sont noyés pendant l'hiver. Et, pendant l’été, ils sont grillés.
DICTONS SUR LES VILLES ET TRIBUS *37
El Metatidj, fe cheta meghroukine,
Ou fes-sif mhharoukine.
La Mitidja est une plaine située pour ainsi dire aux portes d’Alger et qui s’étend sur un arc de cercle de trente lieues, de la rivière du Corso, & l'est, jusqu’à la montagne du Chenoua, à l’ouest. Elle sépare le Sabel de l'Atlas ; sa fertilité est proverbiale ; les Arabes l’ont appelée : la Mère du pauvre.
Alger. — En arabe Diair ou Ujciair.
Grand et fainéant,
Reconuais-le pour un enfant d’Alger.
Touil ou hhaïr,
Aarfou menn oulad Eddzir.
Partout le bien n’est qu’un prêté :
Chez l’Algérien, il est perdu.
Koul khér messlouf.
Ghér fel Dziri metlouf.
Il existe dans la banlieue d’Alger, une koubba — chapelle — très-bonorée, à laquelle on attribue des vertus merveilleuses, et que les ftdèles viennent visiter de fort loin. C’est celle de sidi Mohhammed benn Aabd-er-rhhaman , bou Keberine, le Père aux deux tombeaux. Ce surnom est fondé sur une légende étrange quoique assez récente. Sidi Mohhammed venait de mourir el de recevoir la sépulture dans le Ujerdjera, — grande Kabylie, — lorsque des habitants d’Alger, où l'on appréciait aussi beaucoup sa sainteté, allèrent prier sur sa tombe. On négligea de les surveiller, et ceux-ci, par une fraude pieuse, s’approprièrent le corps du marabout, qu’ils vinrent déposer près de la route du Hham-
ma, un peu avant d'arriver au café des Platanes, au lieu où l'on trouve aujourd’hui le tombeau de ce saint musulman. Mais bientôt la rumeur publique apprit ect événement aux Kabyles; ils en conçurent une violente indignation, et de longues vengeances se seraient sans doute exercées, quand, tout en niant le fait, on leur suggéra la pensée d’ouvrir la tombe qu’ils possédaient chez eux. Ils le firent, et, chose miraculeuse, les restes de sidi Mohhammcd s'y trouvèrent encore. De là redoublement de respect et de confiance des deux côtés.
Alger est bâtie en amphithéâtre sur un contre-fort qui domine la mer. Elle se divise en ville haute et en ville basse. La ville haute est encore arabe, la ville basse est européenne. Son port est d'une étendue de à 1Q1) hectares.
Bou Saada, — !<• Prrc du bonheur.
Leurs chefs savent donner des conseils,
Et leurs jeunes gens savent garder le secret.
Kebar-houm idebberou
Ou seyhar-houm ma-ikkebberou.
Bou-Saada : ville arabe de la province de Constanline, remarquable par ses jardins de palmiers, par ses eaux, par sps mosquées et par un commerce important avec les gens du désert. Pour maintenir les pays environnants, les Français y ont bâti 411 fort.
Le Kabyle.
Le Kabyle, dans la montagne, c'est un lion ;
Mais, dans la plaine, ce n'est qu’une vache.
fil 4 elm'ili {cl djebel sebaa,
Ou fel outa, begra.
DICTONS Sllt LES VILLES ET TRIBUS *19
Et, en effet, les Kabyles, qui défendent leur pays avec une grande énergie, ne valent pas grand’cliosc quand iis en sortent. Ils ont, surtout, une frayeur horrible de la cavalerie. L’Arabe est né cavalier : il n’aime pas la montagne. Le Kabyle est né fantassin, il se défie de la plaine.
Les Kabyles appartiennent à la race berbère. Ils dérivent d’un seul et même peuple, autrefois compacte, dominateur du pays entier, mais, plus Lard, refoulé dans les montagnes par des conquérants qui s’approprièrent les plaines. C'est ainsi qu’il a été morcelé en grandes fractions devenues à la longue presque étrangères les unes aux autres.
Leur langue s’appelle, suivant les contrées, el berbriya ou el kebaïliya. Elle adonné naissance aux dialectes suivants :
Le taryuiya ;
Le zenatiya ;
Le chellahhiya;
Le chaouya;
Le zouaouya.
L’alphabet berbère est perdu ({). Dans tout le pays kabyle, il n'existe pas aujourd'hui un seul livre écrit eu berbère. Aussi, de nos jours, le berbère ne s’écrit plus qu'avec des caractères arabes.
Un Arabe n'apprend point l’idipuie berbère ; il en retient quelques mots pour son usage, s'il a des relations fréquentes avec les Kabyles.
Tout Kabyle, au contraire, s’initie plus ou moins à l’arabe, ne fût-ce que pour suivre sa religion, qui est la religion mufti Dans ces derniers temps, le savant colonel do génie liauoteau, commandant du fort Napoléon, est parvenu à reconstruire la grammaire berbère. C'est là un travail de patience et d'intelligence qui suffit à illustrer la carrière d'un homme.
sulmane. Celui qui commerce ou voyage ('prouve, en outre, la nécessité de savoir l’arabe; bientêt il l’entend et le parle avec facilité. Aucun chef important ne l’ignore.
Constantine. — En arabe, Kitstmlina.
Constantine invente,
Alger améliore
Et Oran gâte.
Kessemtina Itbdaa,
Dzaïr tesseiiaaa,
Ouluirane tefessed.
Ce dicton a principalement cours pour la poésie et pour la manière de s’habiller.
Constantine, l’ancienne Cirta des Numides, est une ville bâtie sur un rocher très-élevé, d’où s’élancent des cascades magnifiques, et au pied de laquelle coule, avec fracas, le Roummel, rivière torrentueuse. Avant l’invention de la poudre elle devait être une place très-difficile à prendre, bien que dominée par plusieurs plateaux qu’on nomme Sidi-Messid, et Mansoura.
A dix kilomètres environ, â l’ouest de Constantine, on trouve le tombeau de sidi Zouaoui. Il est situé sur la montagne qui porte son nom. Au nombre des miracles accomplis par ce marabout, tenu en très-grande estime par les Arabes et par les habitants de la ville, ou cite le suivant, qui aurait eu lieu en 1779, au moment de l’expédition espagnole contre Alger :
Sidi Zouaoui possédait une jument de race nommée Itekta; elle disparut un soir de son écurie. Les serviteurs, au désespoir, coururent toute la nuit pour découvrir ses traces et ils
DICTONS SUR LES VILLES ET TRIBUS ÎU
rentraient le lendemain honteux de l'insuceès de leurs recherches, quand, en regagnant l’habitation de leur maître, ils retrouvèrent à sa place la noble Rekta, qu'ils croyaient perdue. Seulement, elle était restée sellée , ruisselante de sueur, et ses flancs ensanglantés étaient labourés de coups d’éperon. A ce moment, le chikh sidi Zouaoui, entouré comme à l’ordinaire et suivi de ses nombreux disciples, s’approcha de la jument, qui, en le voyant, se mit à hennir de joie, puis à uriner d’une façon extraordinaire. Tous les arrivants s’écartèrent alors pour ne pas être salis ; mais le saint homme leur dit : « Ne craignez rien, restez. Par Dieu, et par son prophète, je vous jure que vous ne serez pas souillés par cette urine, car Hekta s'est rendue digne de votre respect et de votre amour. Je l’ai montée cette nuit pour me rendre à Alger, auprès des troupes victorieuses de Salahh Baye, et j’y ai assisté à la destruction de l'armée espagnole sur les bords de l'Hharach. » Ces paroles furent immédiatement rapportées aux populations, très-impatientes, alors, de connaître le sort de leurs frères qui étaient allés combattre les infidèles, mais on doutait encore de cette victoire quand, peu de jours après, la nouvelle de la défaite des chrétiens parvint officiellement à Constantine. Les contingents de la province qui avaient pris part à la lutte affirmèrent, k leur retour, qu'ils Rivaient tous vu sidi Zouaoui, monté sur Rekta, combattre à leurs côtés pendant la nuit du désastre des Espagnols, et qu’ils l'avaient même entendu pousser des cris pour exciter le courage des guerriers musulmans.
Je vous laisse à penser combien cette preuve de la béné diction divine sur la tête du marabout augmenta sa réputation de sainteté dans le pays. Depuis celte époque, ce fut à qui se déclarerait son serviteur et lui demanderait son deker.
La légende ajoute enfin : A la mort de Rekta, sidi Zouaoui
pleura sur elle, et, ce qui est plus extraordinaire, if l’ensevelit lui-inéiue dans un linceul.
DIVISION' Dl' TEMPS
En pays arabe, si vous demandez : « Quelle heure est-il ? » — Keddach Saa ? — on vous comprendra d’autant moins que, en dehors des chefs haut placés, des savants — aaoulamas, tolbas et marabouts, des gens qui servent dans les troupes indigènes, ou des commerçants qui nous ont fréquentés, on n’y sait pas même ce que c’est qu’une montre, à plus forte raison une pendule et une horloge. Comment fait-on alors pour s'en tirer dans la pratique de la vie ?
Les Arabes divisent le temps & leur manière, et cette division, toute incomplète qu’elle est, leur permet cependant d’atteindre, lorsque le besoin s’en fait sentir, une exactitude relative. Us ont :
Le point du jour. — El fedjer.
C’est le moment d’une prière que l’on appelle :
Sala te el fedjer ou salale es-sebahh.
La prière de l’aurore ou la prière du matin.
Les Arabes reconnaissent deux aurores : l'aurore du mensonge — el fedjer el kadeb, — et l’aurore vraie — el fedjer es-sadok.
La première se manifeste, du côté de l’orient, par une