‹ La vie arabe et la société musulmaneChapitre 75 sur 157 · DISTANCES · texte numérisé non relu

DISTANCES

de kilomètres d’an point à un autre ; mais employez seulement avec lui des termes de comparaison s’exerçant sur des contrées qui vous sont mutuellement connues, et alors, malgré la difficulté, avec de l’intelligence, et surtout beaucoup de patience, vous approcherez, peut-être, de la vérité. Ainsi, le cas échéant, dites-lui par exemple : « Y a-t-il aussi loin de tel endroit à tel endroit, que de tel point à tel autre point? » Il fermera alors les yeux pour mieux voir, prétendra-t-il ; il se recueillera pendant quelques instants; puis il vous apprendra que c’est exactement la même chose, ou bien que c’est un peu plus près ou un peu plus loin. Inutile d’ajouter que, suivant l'importance du renseignement à obtenir, quelques douros et la crainte du châtiment stimuleront sa bonne volonté, ou, pour être plus exact, paralyseront son mauvais vouloir.

Je ne terminerai pas cette affaire des distances sans conseiller, en outre, de se méfier beaucoup, quand on est en voyage ou en expédition, des indications qui peuvent être données par des Arabes inconnus. Suivant eux, vous touchez toujours au but.

C’est tout près. | La guerib.

Dépasse ce mamelon, et tu es arrivé.

Foute el koudiya ou toussel.

Ce n’est pas plus loin que du nez à l’oreille.

Ki menn nif lel oudenn.

Vous avez compté sur leur bonne foi, et vous êtes ensuite tout étonné de la longueur du chemin que vous avez encore à parcourir. Ceci n’arrive pas seulement entre musulmans et chrétiens, — on conçoit le plaisir qu’un Arabe éprouve h

us

tromper un roumi, — mais encore entre gens de la même religion. En voulez-vous la preuve, lisez le proverbe suivant :

Quand un Arabe te montre avec soh bec, — c'est-à-dire en levant le nez —

Dis : « J’en ai encore pour un jour de marche. »

Menine cl Aarbi ïourik bel kamkoum ,

Goul meciiret youm.

Maintenant, si je me suis autant étendu sur les distances, sur ce sujet si sérieux, bien qu’en apparence insignifiant, c’est que je sais, pour l’avoir souvent éprouvé, combien il peut être utile d'apprendre à se tirer d'embarras dans un pays d’une topographie difficile, sans routes dès que vous quittez les roules stratégiques, sans cartes qui puissent vous guider dans l'intérieur, et où, soit une méprise, soit un faux calcul, peut avoir, en temps de guerre, les conséquences les plus graves.

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