‹ La vie arabe et la société musulmaneChapitre 76 sur 157 · QUEL AGE AS-TU · texte numérisé non relu

QUEL AGE AS-TU

Et souveot il ajoutera d’un ton dédaigneux :

Mais pourquoi toujours cette question ?

Nous vivons jusqu’à notre mort.

Naaichou hatta nemoutou.

Sans nous inquiéter des affaires qui ne peuvent être que dans la main de Dieu — /t idd Rt’bbi. — Et, en vous tenant ce langage, il ne vous aura pas trompé ; car, dans les tribus, il n’y a pas de registres de l’état civil ; à peine y trouvet-on quelques familles d’élite qui, sur un Koran, ou sur un autre livre religieux, conservent la date précise de la naissance de leurs enfants.

Tenez-vous, cependant, à obtenir un renseignement approximatif, vous pouvez, en vous ingéniant beaucoup, savoir qu’un tel est né dans un moment qui a été signalé à l'attention publique par un événement remarquable, comme par exemple :

L’année de la peste.

L’année de la révolte.

Du temps des Espagnols.

L’année des sauterelles.

L’année de la prise d’Alger.

Aam el hhabouba.

Aam derkaoua.

Zemane Essbagnoul.

Aam el djerad.

Menine teklwdet ed-Dzaïr.

L’année de la faim — disette.

Aam el djooeu.

L’année du bon marché — l’abondance.

Aam rekha.

» . ij

L’année du tremblement de terre.

Aam zennzela.

L'année du bey, qui a été écorché tout vif.

Aam el baye le messeloukh.

LA VIE AKABE

Si vous connaissez l'histoire du pays, vous ferez votre calcul en conséquence, et vous approcherez de la vérité.

Je le répète, cette demande : « Quel âge as-tu ? » est tellement désagréable aux musulmans, que souvent ils se montrent très-ironiques à. l’égard de ceux qui la leur posent.

En 1836, j'ai entendu un Arabe, traduit devant un conseil de guerre, sous la prévention d'avoir assassiné un soldat français, faire au président qui lui demandait son âge, la réponse suivante : « Je n’en sais vraiment rien ; cependant, comme on assure que vous autres chrétiens vous connaissez l’âge à la seule inspection des dents, examinez, si vous le voulez, ma mâchoire. » Et en même temps, il ouvrait la bouche comme un homme décidé & sc soumettre à une pareille investigation. Le gaillard faisait ainsi une allusion moqueuse à la conduite de nos officiers de remonte qui n'achetaient jamais un cheval sans lui ouvrir la bouche pour s'assurer de son âge.

— Et puis, disent encore les Arabes, qui ne comprennent pas les besoins de notre civilisation, à quoi cela peut-il vous être’utile de connaître exactement votre âge ? Tant que vous êtes jeunes, nous concevons, â la rigueur, que cela puisse vous faire un certain plaisir ; mais, lorsque vous devenez vieux, que trouvez-vous donc de si agréable à vous en donner chaque jour la confirmation ? Quant à nous, nous aimons mieux n’y pas penser et nous nous endormons tranquillement sur ce dicton de nos pères :

Celui que Dieu a inscrit pour soixante ans,

Ne meurt pas à quarante ans.

Li keteb-lou, Hebl>i, cettine,

Maimoutclii fi arbaain.

METS CHEZ LES ARABES

METS CM EZ LES ARABES

Les Arabes ignoraient autrefois la diversité des mets. Us faisaient tout bonnement bouillir ou rôtir la viande en l’assaisonnant d’un peu de sel; ils sont plus raffinés aujourd’hui.

Voici les mets dont ils peuvent faire usage eu égard à la contrée qu'ils habitent :

El kebch méchoui. — Mouton rôti.

Les Arabes sont les premiers rôtisseurs du monde.

El kebab.A .

, , , ! Brochettes de viande de mouton rôti.

Elsefafed.)

Terbiya. — Ragoût de mouton aux œufs, et aux tomates.

El hhamiss. — Ragoût de mouton aux tomates et aux légumes.

El mekhetter. — Fricassée de poulet avec des pois chiches.

Dolma. — Viande farcie avec toute sorte de légumes; très-relevée avec du poivre rouge.

El beraniya. — Poitrine de mouton coupée en morceaux, accommodée avec du beurre, des œufs, des artichauts sauvages, du fromage pilé et beaucoup d’épices. Ou fait cuire avec du feu dessus et dessous; c’est très-bon.

El kabama. — Ragoût de mouton cuit tout simplement avec du beurre, de l’eau, du poivre et du sel. Avant de le servir, on le couvre, avec du persil et des oignons crus coupés en petits morceaux.

Zellif. — Tête de mouton bouillie et assaisonnée avec du vinaigre, du sel et de l’ail. On la désosse et on en sert la chair

avec du pain grillé, recouvert par deux ou trois jaunes d’œufs.

El aassebane. — Intestins coupés en petits morceaux, mêlés avec de la viande et accommodés avec du riz, du poivre, du sel et beaucoup d’épices.

El kheléaa. — Viande de mouton préparée pour les expéditions ; on la coupe par morceaux, on la lave, on la sale, on la fait tremper dans l’huile, puis on l’expose aux ardeurs du soleil qui la durcit comme du bois. Elle devient alors très-portative, et se conserve longtemps. Ramollie par l’action du feu, et mêlée à d’autres aliments, tels que le kesskessou et le riz, elle n’est nullement désagréable à manger.

Merka. Chorba. — Bouillon de mouton ou de poule. On n’en boit qu'en cas de maladie.

El meketefa. \

Fedaouch . . f g jccg de vermîccue.

Doutda.. . . I

Tarechela. . 1

Bissar. — Fèves cuites avec du beurre et du lait.

El bride. — Soupe à la semoule.

El boufetata. — Soupe à la mie de pain.

El mahhmessa. — Soupe avec des boulettes de pâte au citron.

El blaou. — Riz accommodé avec du kheléaa. Pilau.

El berghoul. — Blé écrasé, préparé avec du beurre et du kheléaa.

Khob»el koucha. — Pain cuit au four.

El mebessess. — Pain cuit au beurre.

Refus, mebessess coupés en petits morceaux, baignant dans le beurre avec des dattes pilées ; le tout mélangé avec du sucre.

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ri'jw I P®"1 fail dans un plat.

El metloeu.

Khubz tadjine.

Regag. Bride. — Feuilles légères de pâte au beurre.

El mechahad. — Pâte feuilletée, nageant dans le beurre.

El messemmenn. — Pâte feuilletée qui se mange ordinairement avec du miel. Régal des jours de fête. Quand on vous a donné des messemmenn, vous avez été bien traité.

El mekroude. — Gâteaux de semoule où le miel et la cannelle dominent.

El gheribiya. — Gâteaux de semoule au sucre, au beurre et au citrou.

Baklaoua. — Gâteaux faits avec de la semoule, des amandes, du beurre et du miel.

Zclabiya. — Pâtisserie légère cuite dans l’huile et étouffée dans le miel.

Tomina. — Semoule grossière, grillée dans une casserole en terre et plongée dans du beurre et du miel bouil-

lants.

El kaak. — Gâteaux eu forme d’anneau, renfermant soit des dattes, soit de la viande hachée.

Et, enfin, sebaa el aaroussa — le doigt de la fiancée. — Sucrerie, friandise pour laquelle Bagdad est citée. Elle a un renom populaire fort ancien ; mais elle est presque inconnue en Algérie.

Sebaa el aaroussa représente les doigts effilés d’une jeune fille; aussi, dit- on qu’il n’y a pas au monde de main plus séduisante et plus belle que celle dont les doigts ressemblent aux sebaa el aaroussa.

Parmi les mets que je viens de citer, beaucoup viennent de la domination turque ; ils sont totalement étrangers anx pauvres.

Mais la nourriture chérie des Arabes, celle dout je n’ai

SM

point encore parlé , c’est le kesskessou, que l'on appelle aussi, suivant les contrées, laam et messefouf. On le fait avec .de la farine de blé passée au tamis, roulée sous les doigts, cuite à la vapeur, arrosée ensuite, soit avec du bouillon, soit avec du lait; la classe aisée y joint de la viande de mouton, du poulet, des œufs durs, des fèves, des artichauts sauvages, du sucre, des raisins secs et même, depuis quelque temps, mais seulement près du littoral, des pommes de terre qu'ou achète aux chrétiens. La farine de blé s'obtient au moyen de petits moulins à bras, manœuvrés par les femmes.

Le kesskessou est la base de la cuisine arabe. Il est parfaitement approprié au climat, et il peut recevoir, selon les circonstances, les modifications ou les additions dont nous avons parlé. Pauvres et riches, personne ne s’en lasse, depuis le commencement jusqu’à la fin de l’année. Il s’apprête lestement, rassasie promptement, et doit être trèscommode pour des gens qui, passant leur vie en campagne, manquent souvent de pain. C’est le mets national.

Cependant, quand il n’est point assez cuit — kheder, — il est d'une digestion pénible et difficile. On ne le mange jamais froid.

La nourriture des indigents consiste la plupart du temps dans la dchicha, blé grillé, simplement écrasé que l’on fait bouillir avec un peu de beurre, et dans la rouitia, orge grillée aussi, bien moulue, que l’on ne prend pas la peine de faire cuire, et que, se trouve-t-on pressé, on se contente de délayer avec un peu d’eau, quelquefois à défaut de récipient dans un coin de son bernouss. Ea rouina est une détestable nourriture ; cependant, c’est avec elle que les gens du peuple entreprennent leurs voyages et leurs expéditions.

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Ils atteignent le même bot, quand ils peuvent se procurer des fèves que l’on convertit en farine.

Il est encore un mets que les Arabes aiment beaucoup, c’est le mermez. Quand l’orge est près d’arriver à sa maturité, mais avant qu'elle y soit arrivée, on en coupe les épis, ou les égrène, après les avoir fait légèrement griller, puis on les moud avec le petit moulin à bras — rahha — de manière à en obtenir une farine grossière. Cette farine, on l’apprête avec de l’eau ou du lait, un peu de viande salée et du beurre, et l’on en forme ainsi une bouillie fort agréable à manger. Les chefs s’en régalent : dans certaines familles, on prépare le mermez à la vapeur, comme le ke&skessou.

Aaicha, l’une des femmes de Mohhammed, disait souvent :

« Par le nom de Dieu, je jure que, jusqu’à la mort du Prophète, nous n’avons jamais eu de farine de blé tamisée, et que bien rarement nous avons mangé du pain. — Et pourquoi vous étiez-vous condamnés à ne manger que de l’orge ? — Pourquoi ? Mais pour obtenir la rémission de nos péchés. »

En fait de sobriété, les Arabes vont plus loin encore. Quand on doit opérer dans un pays dénué de toutes ressources, ce qui n’est, certes, pas rare en Afrique, on fait bouillir du blé dans de l’eau salée, et avec cet aliment on peut se passer facilement, dit-on, et pendant plusieurs jours, de toute autre nourriture. Le blé, ainsi préparé, prend le nom de cherchent.

J’ai vu encore des Arabes se délecter en mangeant uue poignée de blé gâté par l’humidité dans un silos. Ils l'appellent hhamoum, et, chose étonnante, ils en font grand cas. Une tasse de petit-lait par-dessus les comble de joie.

Les Arabes connaissent, en outre, une foule de plantes et de racines contenant des principes très-nutritifs — j’en donne ailleurs la nomenclature — et avec lesquelles un homme peut

marcher longtemps sans s’épuiser et sans mourir ni de faim ni de soif.

La classe aisée mange de très-beau pain fait avec de la farine de blé dur; le peuple, ainsi que je l'ai dit, mange des galettes cuites à la h&te dans des plats de terre.

Le pain fait avec de l'orge nouvelle est un régal pour tout le monde.

Le poivre noir et le poivre rouge jouent un rdle dans la cuisine arabe. La quantité qu’on en mange est effrayante ; comme tonique, je conçois fort bien qu’ils puissent remplacer le vin et les liqueurs fortes, dont on ne fait jamais usage. Pour les pauvres, c’est une joie et un luxe tels, que, lorsqu'un homme du peuple quitte sa tente pour se rendre à un marché quelconque, sa femme, après lui avoir fait toutes ses recommandations, ne manque jamais de terminer en disant;

Et surtout, n'oublie pas le poivre !

Ou ma tennssach el felfel.

On croit, cependant, que le poivre noir, pour ne pas être malfaisant, doit être cuit avec les aliments.

Le beurre frais n’existe pas en quelque sorte. Il se bat dans des peaux de bouc, il est salé et d’une désagréable saveur. Si l'on ne connaissait pas le goût des indigènes pour le beurre rance — dehane, — on serait tenté de croire que, pour s’en servir, il faut de la résignation. Ils lui attribuent des vertus médicinales très-grandes.

Les Arabes ont une grande passion pour le laitage ; ils sont fous du lait caillé — raïb — ainsi que du petit-lait mélangé d'eau — lebenn. Chenine. — Ils prétendent que cette dernière boisson peut griser. Le fait est, qu'au printemps, moment où l’on peut se la procurer en abondance, les que-

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relies enlre particuliers et entre tribus deviennent plus fréquentes. Quant au lait pur de vache — hhalib el begra, — j'ai cru remarquer qu’on en buvait rarement. Dans certaines familles, on va jusqu’à lui prêter des propriétés malfaisantes, notamment celle de donner des maladies de fuie. Il n’en est pas de même du lait de chamelle — hhalib en-naga,

— il est fort estimé, dans le désert surtout, où l'on prétend qu’il augmente la vigueur des hommes et des chevaux. Pour ces derniers, il remplacerait l'orge d’une manière très-avantageuse. Quant au lait de brebis — hhalib en-nadja, — et au lait de chèvre — hhalib el maza, — on en tire aussi différents partis très-utiles.

La principale fortune des Arabes consiste en troupeaux, et cependant, à l’exception des familles riches et puissantes, ils ne mangent guère de viande que les jours de fête, ou lorsqu’ils sont forcés de donner l’hospitalité. On conserve les taureaux pour la reproduction, les vaches pour avoir du lait, du beurre et du fromage, et les moutons pour s'abriter et se vêtir avec leurs dépouilles. La vente de ces animaux n'a lieu que dans les grandes occasions, lorsqu’il s'agit, par exemple, de marier une fille, d’acheter un bon cheval, de belles armes ou de faire des frais pour arriver aux honneurs et au pouvoir. Les Arabes ont donc raison quand ils disent : « Nos troupeaux sont la tête de notre bien — rass mal-na,

— notre capital. »

On mange aussi avec plaisir la viande du chameau. Dans le Tell, on ne le fait qu’exceptionnellement ; dans le Sahara, c’est plus fréquent. La bosse de cet animal passe pour être un mets délicat.

Quant au sanglier et au cochon — hhallouf, — les Arabes n’en mangent pas ; sa chair est prohibée par la loi. Suivant le peuple, il n’y a cependant dans ces animaux qu’une seule

partie du corps réputée impure ; mais, comme, sans doute, on ne la connaît pas, on s'abstient.

En cas d'impérieuse nécessité, pour sauver sa vie, on peut manger de tout, même du cheval; cependant, si on a le choix entre un cochon et le cadavre d’un animal mort sans avoir été égorgé, selon la formule, il faut commencer par ce dernier.

Tout l’Orient repousse le porc de sa nourriture, c’est le damné de la création.

« Les Libyens nomades, dit Hérodote (Melpomène, ch. 186), depuis l’Égypte jusque bien loin à l’occident de Tunis, ne mangent pas plus de porc que les Égyptiens. »

Chez les musulmans, il est tellement déconsidéré, que les docteurs de la loi recommandent, le croirait-on, aux fidèles de voler plutôt que de manger du porc, se trouvât-on dans la nécessité la plus pressante. Encore aujourd'hui, l’un des plus grands plaisirs des Arabes est de chasser le sanglier le vendredi, qui est leur dimanche, et de le donner en pâture à leurs lévriers — selougui.

L’indoustan : on se rappelle qu’nne des causes de la dernière révolte de l’Inde anglaise fut l’usage des cartouches enduites de saindoux données aux cipayes.

Les juifs : on sait ce qu'ils en pensent. Toute l’antiquité romaine connaissait l’horreur qu’ils éprouvaient pour ce malheureux animal ; aussi, après la dernière révolte de Jérusalem, Adrien, pour anéantir le nom hébreu, ne trouva rien de mieux que de faire sculpter sur les portes de la ville, comme une défense éternelle d’y rentrer, l'image d'un porc.

Sera-t-il ailleurs l'objet de la même répulsion ? Non. On le mangera, mais il ne fera que changer de misère. Voici l’Europe couverte de forêts de chênes, de l’Oural à l’Atlan-

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tique. La première fois que la poésie lo nomme chez nous, elle le fait rôtir en l’honneur d’Ulysse, au fond d’une clairière, au milieu de la nuit. Au commencement de l’histoire de Rome, les premiers chants des paysans le livrent en sacrifice à Mars. C’est toujours lui qui, à l'occasion des fûtes populaires, est la victime immolée à l'autel des dieux rustiques et qui meurt partout sans prestige, tout en protestant avec énergie. D’où vient donc cette persévérance de malheur dans deux mondes si différents? C’est une histoire de climat. Dans l'uu, la chair du porc donne la lèpre, peut-être la trichine ; dans l’autre, elle est une question d’alimentation pour les peuples, sans présenter les mêmes dangers.

Il est permis de manger tous les animaux sauvages dont la chair n’est pas défendue par les livres saints.

Quand on veut tuer les animaux dont on peut manger la ehair, il faut leur tourner la tête du côté de l'Orient, et leur couper la gorge en s’écriant :

Au nom de Dieu ! Dieu est le plus grand !

Bessemellah ! Allahuu akeber

Le sang rend la chair impure : on croit la purifier en le répandant. Pour rien au monde vous ne feriez manger à un Arabe la chair d’un animal mort de maladie ou tué autrement que je viens de le dire. S’il n’a pas été saigné conformément à la loi religieuse, à ses yeux, ce n'est plus qu'une charogne — djifa. — Cette règle s’applique même au gibier. On ne toucherait point à un animal quelconque rentrant dans cette catégorie si, avant de mourir, il n’avait été saigné au nom de Dieu, ou si, avant de le tuer, soit avec un bftton, soit avec un fusil, on n’avait pas, en l’ajustant, prononcé les paroles sacramentelles que je viens de citer.

Les doctrines, suivant les rites, varient à l’égard du poisson.

Les unes permettent de manger tout animal vivant dans l’eau, tandis que les autres ordonnent des. exceptions. La grenouille, surtout, a été l’objet de nombreuses discussions.

La chair des sauterelles est permise, pourvu que ces insectes aient été pris vivants et tués par des musulmans. Dans le désert, on leur enlève les ailes, les pattes, la tète, et on les mange grillés ou bouillis avec du kesskessou. C’est, dit-on, une bonne nourriture, aussi saine pour les hommes que pour les chevaux, qui en sont très-friands.

Les femmes du Prophète, quand on leur envoyait des sauterelles en présent, les considéraient comme un mets délicieux dont elles ne manquaient jamais de faire bénéficier leurs amies. C’est la crevette du désert.

Le kalife Aomar, un jour qu’on lui demandait si l’usage des sauterelles était permis, répondit : « Je voudrais en avoir un plein panier pour les croquer. »

De tous ces témoignages, il résulte, à n’en pas douter, que suivant les musulmans, les sauterelles ont été données à l’homme pour qu’il en fit au besoin sa nourriture.

On ne manque pas de poules dans les tribus du Tell, il s'y mange pourtant très-peu d’œufs ; on préfère les vendre dans les villes. En tout cas, on ne sait que les faire durcir. Dans le Sahara, il n’y a pas de poules, non qu’on ne puisse les y élever, mais parce qu’elles gênent dans les déménagements.

Les Arabes aiment beaucoup les melons, les concombres, les pastèques, les figues et les raisins frais ou secs, les oranges, les citrons, les grenades, les pommes, les poires, les noix, les cerises, les pêches, les abricots, les dattes, etc., etc. On trouve tous ces fruits dans les villes, dans les vil-

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lages, autour des zaouyas, dans les oasis du désert ; niais ils ne valent pas les nôtres. On ne leur donne pas, du reste, le temps de mûrir, tant on redoute de les voir passer aux mains des voleurs.

Le fruit qui est le plus en honneur, c’est le raisin. Dieu aurait dit :

Si je mangeais, je mangerais du raisin avec du pain.

Loukane nakoul, nakoul el aaneb maa el kessera.

Ceci nous donne la mesure de bonheur qu’on doit éprouver sous un ciel en feu, à boire, pour ainsi dire, un pareil fruit.

Quant aux dattes, il faut, autant que possible, les manger avec du kessïessou, de la viande ou du lait, autrement elles peuvent faire mal.

Les dattes avec du lait,

N'en mange que l’ami.

Temerr ou Ihhalib.

Ma iakoul-houm gliér Ihhabib.

Ce luxe est interdit aux pauvres.

Le peuple Arabe possède, on le sait, de nombreux troupeaux, le lait ne lui manque donc pas; cependant, il ne connatt qu'une espèce de fromage. Pour le faire, on caille le lait avec de la fleur d’artichaut sauvage ou avec de l'herbe non digérée que l'on rencontre dans l’estomac des moutons qu’on a égorgés. Il en sort un fromage blanc , compacte, mais qui ne se conserve pas, parce qu’en général, il n’est pas salé.

Les riches seuls prennent du café, sa réputation est méritée, bien qu’on le serve avec le marc, ce que les Européens n’aimeut pas. Son goût est agréable : on y ajoute un peu de

Heur d'oranger ; il est léger et ne trouble pas le sommeil comme le nôtre.

Depuis qu’on peut se le procurer à des prix modérés, ce qui n'existait pas pendant la guerre, on e ncontre, parfois, à proximité de certaines tribus, des tentes ou des gourbis — cabanes — décorées du nom de café. Ces établissements nomades sont tenus avec la permission des chefs. On n’y voit pas d’autre ameublement que des nattes pour s’asseoir. Les cartes y sont prohibées, le tabac y est toléré, le jeu de dames y est en honneur. C’est là que les simples cavaliers, les voyageurs et les commerçants vont, après une journée de fatigues se délasser et écouter, dans le plus grand recueillement, ces conteurs intarissables qui charment leurs loisirs. Vous pourriez, si vous étiez musulmans, y entendre quelqu 's chants populaires ou le récit d’un événement important qui vit toujours dans la mémoire des populations.

Depuis que nous sommes en Algérie, pas une ville n'a été prise, pas un combat sérieux n’a été livré, qui n'ait été chanté par quelque poète arabe.

Le peuple dont nous nous occupons ne vit que de traditions; l’histoire est presque tout entière pour lui dans les récits et dans les chants populaires, où son esprit enthousiaste a consigné, pour l’éducation virile de ses enfants, les faits dans lesquels il a cru voir le doigt de Dieu. L’érudition et la politique y découvriraient une mine inépuisable d'études et de renseignements qu'on a malheureusement trop négligés. C’est, en un mot, la littérature nationale, et c’est là qu'on peut véritablement trouver l’empreinte du caractère d’une nalion qui nous ferme son intérieur, et dont les habitudes, antipathiques aux nôtres, empêchent de bien apprécier les actes.

Quoi qu’il en soit, le conteur arabe porte le nom de klier-

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raf ou de fedaoui. Il joue un grand rôle dans les cafés et dans les tribus. Pénétré de son importance, il affecte les allures aristocratiques, et le bernouss dans lequel il se drape majestueusement, comme s'il était l'égal des plus savants tolbas, est, sinon plus fin, du moins plus propre que celui du commun des mortels. 11 salue les habitués, qui l'attendent impatiemment, d'un air de protection, et s’assied gravement à la plaee qui lui est réservée. Quand il a commencé son histoire , gardez-vous bien de laisser poindre le moindre signe de distraction, il s’arrêterait tout court et ne continuerait que si vous lui prouviez que vous n’avez pas perdu un seul mot de ce qu'il a dit. Il s'arrêterait encore si, après chaque pause, vous ne l’encouragiez pas par ces paroles : Etnaum ya, sidi! C’est bien cela, monseigneur! Souvent le kherraf est très-intéressant à entendre : on est étonné de voir un homme qui, d’ordinaire, ne sait ni lire ni écrire, parler avec une facilité admirable et parler des heures entières sans se reprendre une seule fois. Grâce à sa féconde imagination, il mesurera son conte ou sou histoire au temps que vous pouvez lui accorder ; il vous racontera au besoin plusieurs fois la même chose sans devenir monotone, parce qu’il saura improviser de nouvelles situations et inventer d'autres détails.

Le klierraf, soit pour varier les plaisirs de ses auditeurs, soit pour se reposer, alterne toujours avec le trouvère — meddahh, — ce commis voyageur de la guerre sainte, qui, depuis notre arrivée en Algérie, ne fait qu'e\citer les masses contre nous, en apprenant et en reportant aux populations des chants de haine qui provoquent toujours de frénétiques approbations.

Celui que je vais donner a été fait par les Arabes, en 1845. A cette époque, leur soumission datait déjà de deux ans ; ils

avaient tant bien que mal réparti leurs pertes, et le moment leur paraissait venu de tenter de nouveau le sort des armes. Ils supplient donc l'émir Aabd-el-Kader qui, après la prise de la Zemala, avait été rejeté dans le Maroc, de revenir se mettre à leur tête pour en finir avec les chrétiens. Ce chant a été la Marseillaise de la grande insurrection de

De qui le tiens-je ? d’un officier de la cavalerie rouge de l'émir : mourant de faim, sa fortune détruite, ses femmes dispersées, il était venu demander à servir dans nos spahis, non par amitié pour nous, mais pour y trouver du pain. Je dois k la vérité d’ajouter qu'il se conduisit vaillamment en toute circonstance.

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