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ventage sur celle-ci, qui, en définitive, est la base des deux autres.
Le principe de l’hospitalité, ainsi que nous l’avons déjà montré, préside aux eireonstanees les plus ordinaires de la vie arabe; en station, en marche, à la guerre, à la chasse, dans les fêles, partout, la noblesse religieuse et la noblesse d’épée, le marabout et le djiycd, le riche et le pauvre, le pasteur connue l’agriculteur, tout le inonde s’efforce de le mettre en pratique. Il règne dans le Tell et dans le Sahara, c'est un des pivots de la société arabe.
Cela est vrai ; mais ce principe absolu est-il sans incontinent? Il en existe, sans doute, qu’on peut signaler tout en reconnaissant la grandeur et la beauté de l’hospitalité arabe.
M Adrien Berhrugger, le savant conservateur de la Bibliothèque d’Alger, qui connaît si bien la langue et les mœurs arabes, dans un article très-bien pensé, lui trouve le tort d’entretenir une niasse de mendiants et de vagabonds. Je suis de son avis. Voici, du reste, comment il s’exprime :
« Les gens qui n’aiment pas le travail, et ils sont nombreux en pays arabe, peuvent se livrer tout à leur aise au culte de la paresse, moyennant le système d'hospitalité exagéré qui règne parmi les indigènes. Depuis l’océan Atlantique jusqu’en Syrie, et même au delà, un fainéant est sûr de rencontrer partout sur sa roule, et .chaque jour, l’abri et la nourriture gratuitement. Comment résist *r à une pareille séduction quand on appartient à une race dont les besoins sont si peu nombreux ?
* Les indigènes à qui nous avons parlé des dangereux abus de l’hospitalité arabe, en convenaient eux-mêmes; mais ils objectaient que, leurs pères l’avant ainsi exercée de temps immémorial, ils ne pouvaient faire autrement qu’eux. »
Vous le voyez, toujours l'immobilité;
HOSPITALITÉ
Bien que dans certaines villes et même en pays sauvage — belad el khela — on ronconlre îles caravansérails — fenmlek, — où les voyageurs, moyennant une légère rétribution, peuvent trouver un abri pour eux, leurs montures et leurs bêles de somme, l'hospitalité publique n'a pas encore tué l'hospitalité privée. Cependant, dans les villes, les relations quotidiennes n’entralncnt pas l'admission dans la maison. On se voit dans un café, dans une boutique, et, si l’on veut recevoir, c'est dans une chambre préparée à cet effet, loin des femmes et des enfants. Les fonctionnaires, les hommes d'affaires sortent le matin de chez eux et n'y rentrent que le soir.
Dans les tribus on, en dehors de la politique, la noblesse n'a pas d’autre occupation que celle de surveiller sa fortune, protéger ses clients, chasser, prier Dieu, et traiter ses amis proches ou éloignés, les chefs font toujours dresser pour ce dernier objet une tente de campagne — bile ed-diyaf — la chambre des hôtes, — à quelques pas en dehors de leur douar. Les étrangers ne pourront ainsi se mêler à leurs familles, ni voir le visage de la maîtresse de la tente, ce qui les contrarierait au suprême degré ; mais, soyez tranquilles, s’ils ne voient pas, ils seront vus.
II va bien loin d’ici à Abraham, mais cette race arabe a tout conservé: idées, sentiments, habitudes, tour de l’esprit, prescriptions légales; même le costume, même la forme des instruments de culture; même, ce qui est plus étonnant pour des Européens, ce que j’appellerai la mode pour les parures et les bijoux des femmes. Quand arrivent des étrangers, cela se passe aussi de la même manière que du temps de ce patriarche.
« Comme il levait les yeux, il vit trois hommes, il courut à eux se prosternant, et leur dit: « Seigneurs, si vous
m’en trouvez (ligne, ne passez pas sans vous arrêter. Je vous apporterai de l'eau, je vous laverai les pieds, et vous vous reposerez sous cet arbre pendant que je vous donnerai à manger. »
» Puis rentrant dans la tente, il dit à Sarah : « Préparez » des pains cuits sous la cendre, et je vais tuer un chevreau » de notre troupeau. »
» El, pendant qu’ils mangeaient, il les servait et se tenait debout devant eux. »
« Où est Sarah, demandent-ils? — Seigneurs, elle est Ih- » bas, dans ma tente. « Mais Sarah les voyait et les entendait. »
Ce n'est donc pas chez lui, dans son intérieur, qu’il est possible d’étudier les mœurs intimes de l’Arabe. Si longtemps que vous soyez son hôte, vous ne le connaîtrez pas, grâce à l'étiquette d'une hospitalité dont toutes les conditions sont arrêtées, prévues, immobilisées dans des règles religieuses, et qui sait concilier la réserve avec la cordialité; grâce surtout â la disposition intelligente de son habitation. Sa tente — khétma — est vaste, formée d'un tissu de palmier nain, de laine, de poil de chèvre et souvent de chameau ; elle est impénétrable au soleil et à la pluie. Vous ne pourriez y entrer qu’en rampant, tant elle est bas tendue, et puis qu’y verriez vous? Bien. L’intérieur est partagé par un rideau, en deux parties: l'une dans le fond pour les femmes, l’autre sur le devant pour les hommes, qui doivent être toujours prêts à défendre leurs biens et leur honneur parce qu’ils sont toujours en danger. Les vêtements, sacs, provisions, occupent le milieu, les harnachements reposent dan un coin ; les armes sont attachées aux supports de cette maison singulière. C’est la tente, c'est la maison de poil — bile echaar. — Des lits? à quoi serviraient-ils? il n’y a que
HOSPITALITÉ
isn
«les nattes chez les pauvres, et, chez les riches, des tapis plus ou moius moelleux. Quant au mobilier, pas l'ombre. Déménager, chez nous, avec tant de moyens de transport, et la passion que nous portons à nos meubles, équivaut presque à un incendie. C'est Franklin qui l'a dit, et nos ménagères le savent. Chez les Arabes, toujours en alerte, toujours prêts à lever le camp , quel genre de meubles, je le demande, pourraient résister à la vie nomade ?
Le seul meuble qu’il y ait dans chaque tente, c’est un semidoujt, grand coffre solide, plus ou moins incrusté de cuivre, qui, chez les riches, sert à enfermer les étoffes précieuses, les titres, les papiers importants ou les bijoux que les femmes ne peuvent emporter sur elles. Ce coffre, arche de famille, est fait de manière à pouvoir être jeté rapidement sur les bêtes de somme en cas de départ précipité. Voilà des mœurs bien étranges. Il n’y a pas si longtemps qu'en France le paysan n’avait guère d'autre meuble à lui. Le colon, le fermier , non possesseur de terre , quoique attaché au sol par contrat, n’avait pas d’autre fortune que son arche ou bahut, grand coffre — et souvent peu rempli — qui contenait tout son avoir. Les manuscrits de quelques coutumes du quinzième siècle présentent une série de miniatures qui accompagnent les différents textes de la loi : toutes les fois qu’à l'occasion de bail, de colonage, de cheptel, de saisie, de saisie surtout, il y a des paysans à représenter, le peintre a mis à côté d’eux le coffre rustique ; c'est le seul meuble légal du vilain. Entrez encore aujourd’hui chez certains métayers, en Vendée et en Bretagne ; au pied du lit drapé de serge verte, entre le foyer où pend un fusil et le poteau où le berceau s'appuie, vous verrez l’arche, c'est le mot consacré ; il sert de marchepied au lit ; le maître seul s’assied dessus ; il se transmet par héritage.