‹ La vie arabe et la société musulmaneChapitre 83 sur 157 · I, V VIE ARABE · texte numérisé non relu

I, V VIE ARABE

sence donne à l’hospitalité un caractère de dignité et de grâce qui double le prix de l'invitation. C'est la maison tout entière qui fêtel’élranger; les enfants viennent vers lui, sans crainte, les serviteurs s’empressent sans bruit, l’âme du foyer a l’air de vous reconnaître; entrez, hôte, vous êtes chez vous.

Dans la vie arabe, nous l’avons déjà fait comprendre, la femme est exclue de la table où l’étranger s’assied. C’est la religion qui la remplace, Dieu y est l'invité permanent. Tons les actes du repas sont déterminés comme un sacrifice par des règles ; je dirai presque par un rite immuable. Le pain, les mets, le tapis qui les porte, sont sacrés. On mange sans parler comme si l’on faisait une prière mentale. Une ombre glissant de l’autre côté du rideau qui ferme la chambre des hôtes; un regard furtif qu’il semble avoir senti passer dans l’air, quelquefois un murmure gracieux et railleur qui s’étouffe derrière la draperie; c’est tout ce qu’on voit et entend de la femme. On reprend la cérémonie du repas avec la même gravité religieuse. Pour un Européen, habitué à d’autres mœurs, il ne peut lui rester de tout cela que l’impression fugitive d'un rayon de soleil qui a traversé la tente où il a été reçu.

D’où vient cette différence du rôle de la femme dans les deux civilisations?

Il y aurait là-dessus bien à dire, et peut-être un jour je traiterai cette question. Je montrerai la femme arabe, sans influence apparente au dehors de la tente, sultane dans son intérieur; conseillant, gouvernant, en somme, toutes les actions de son seigneur, et, comme Ève dans le paradis terrestre, sachant qu'elle est faite pour obéir, mais commençant sa vie par commander.

Ainsi, le pouvoir de la femme, ne s'exerçant que dans la

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lente, ne crée pas, comme chez nous, la société, la cité, la civilisation ; et cetlc incarnation souriante de nos foyers que le pauvre en frappant à la porte, que l’étranger présenté, que l’ami revenant de voyage, trouvent d’abord au seuil de la famille, manquera éternellement chez eux.

L’invité introduit dans la tente est donc bien certain qu'il ne verra pas le visage de la maîtresse de la maison, il sait qu’il sera vu, car la curiosité fait des miracles; il devine, à l’ordre du repas, aux soins dont il est l’objet, à la promptitude du service, qu’elle est tout prés et dirige les gens. Quant au reste, la bienveillance de l'accueil qui fait trouver le pain meilleur, la politesse et la dignité, la mesure dans la familiarité, la grâce dans les dons, et la réserve dans les paroles, il est sûr de les rencontrer réunies chez celui qui le reçoit : tous les Arabes sont nés grands seigneurs.

Le moment me paratt venu de réunir en un corps de doctrine les devoirs des invités.

La délicatesse des usages admis entre Arabes fait une véritable obligation & celui qui a reçu une invitation de se déranger pour s’y rendre. L’éloignement, la pauvreté, le rang inférieur, le peu d'influence de l’homme qui vous a prié à dîner, ne sauraient excuser un refus. Le Prophète a dit :

« Faites un mille pour visiter un malade, deux pour assister à un enterrement, trois pour vous réunir à votre frère en Dieu, et quatre pour répondre à une invitation. »

Quand vous êtes assis à une table hospitalière, conservez une tenue correcte. Ne regardez pas vers l’appartement des femmes. Laissez d’abord placer les chefs et les vieillards. Trouvez tout bon, touchez à tout ce qui paraît sur la table.

Êtes-vous triste? ne le montrez pas. Êtes-vous préoccupé ? cachez vos pensées, c'est le devoir commun de l’invité cl de l’hôte de ne rien faire voir qui assombrisse le repas.

A l’appui de cette règle, je crois devoir donuer un exemple récent et personnel.

Chargé dernièrement de l’inspection générale de la cavalerie d’Afrique, je me trouvais à Constanline dans le mois d’octobre 1867, et j’y fus invité, en ma qualité de vieil arabisant, à manger un kesskessou et un mouton rôli qui m'étaient offerts chez le brave général Dargent, commandant la subdivision, par le kalifa Benn ba Hhamcd que j'avais beaucoup connu et autrefois obligé quand je dirigeais les affaires arabes de l'Algérie. Le jour fixé arrive : les iuvités sont réunis, la conversation s’engage, le repas suit sou cours habituel, prolongé par ces pâtisseries de toute forme et de toute ligure qui entretiennent la fin d’un dîner arabe. Calme, digne, tranquille et vraiment à son aise, le kalifa prend part à tout; sou hospitalité est complète. A dix heures, nous en étions au café, quelqu’un entre et manifeste son étonnement de voir Benn ba Hhamed près de nous. Ou l’interroge; il nous apprend que, le matin même, ce chef a perdu sa Allé par le choléra, jeune Qlle de dix-huit ans, citée dans la ville parmi les plus belles.

A nos exclamations, qu’on peut deviner, et aux reproches que nous lui faisons, car cette extrême délicatesse nous devient alors blessante, le kalifa se coutente de répondre avec une résignation virile :

< L'affaire qui vient de Dieu, il faut l’accepter les yeux fermés ;

» Quant à celle qui vient des hommes, on peut essayer de lutter. >

Hhadjet Bebbi, bessïf neiobelou-ha ;

Ou hhadjet el aabd imkenn nedfaaou-ha.

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Si de livre tombe entre les mains du général Dargent, je suis certain qu'il se rappellera cette scène touchante.

Eprouvez-vous de l’ennui, de la répugnance à vous rencontrer à table avec un homme envieux, méchant, de mauvaise compagnie, qui vous déteste et que vous n'aimez pas, vous pouvez vous en débarrasser en mettant adroitement en pratique cette maxime arabe :

Ton ami, fais-lui face.

Et ton ennemi, place-le à ton côté.

Snhhabek gabelou,

Ou andouk djanebou.

Pourquoi?

Parce que, quand l'œil ne vuil pas,

Le cœur ne souffre pas.

Aala khaler aain la taraa,

Galb la youdjaa.

Partant de là, on doit s'étudier à ne jamais convier à sa table des personnes qui sont notoirement antipathiques l’une à l’autre. La réunion ne pourrait qu’en être assombrie.

Soyez digne :

Acceptez tout d’un riche appauvri ;

[tien, d’un pauvre devenu riche.

Khoud-ba menu idd chebaane iladjaa;

Ou la takhod-hache mena idd djyaane ila chebaa.

Soyez discret :

Sage, celui qui étend son bernouss — devant vous — en guise de tapis ;

Fou, celui qui s'assied dessus.

Kiyess, menu ferreeh kesaatou;

Mahboul, li gaad aali-lia.

N'allez pas contrarier votre hôte en lui laissant soupçonner que sa réception laisse à désirer ou que l’on n’a pas trouvé ses mets bons.

Soyez poli :

Ne vous occupez ni de votre cheval, ni de vos domestiques; c'est le devoir, c’est l’affaire du maître du logis. Évitez de donner des ordres à ses serviteurs; c’est à lui seul à veiller sur vous. Ne crachez pas dans les lieux destinés à l’habitation.

Sortir, rentrer, chercher, appeler les aniis de la maison, s’attrister de leur absence, parler à haute voix, s’immiscer en un mot dans les détails de la famille, tout cela est du plus mauvais ton.

Se plaindre de la dureté des temps, du caractère de sa femme, de son orgueil, de sa vanité, ou raconter ses chagrins au public, c’est vouloir se déconsidérer. Vous pourriez encore, en agissant ainsi , provoquer la jalousie de la maîtresse de la tente, qui n'est pas là, mais qui n’est pas loin, qui vous écoute quoique vous ne la voyiez point. Le récit de vos prodigalités domestiques ne l'auiènerait-clle pas à des comparaisons lâcheuses qui pourraient provoquer un divorce ?

Dispensez-vous de faire des observations déplacées et ne donnez à votre hôte aucun conseil, aucun avis, ni sur son intérieur, tii sur son ameublement, ni sur sa manière de faire présenter les plats, les fruits, etc., etc.

N’allez pas médire de ceux qui vous admettent à leur table hospitalière ; les tourner en ridicule, ou même, mit par un sentiment odieux d’envie, de jalousie, leur désirer des malheurs.

Le sac (de blé) d’ou tu tires ta nourriture

Ne souhaite pas qu’il se vide.

Ec-chakara U takoul menn-ha

Ma-ledmilhache bel khela

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Soyez modéré :

Si une parole vous a échappé, dites : « J'ai entendu; »

Et si un plat vous a dépassé, dites : « Je suis rassasié. *

Ida fatet el kelma, goul: Smaat ;

Ou ida fatet el makela, goul : Chebaat.

A la tin du repas, n'allez point bourrer vos poches de sucreries et surtout ne vous permettez pas d'amener avec vous des enfants à qui, d’avance, on ait fait cette leçon : « Vous pleurerez quand on en sera aux gourmandises el alors on vous laissera plus longtemps à table. » (La défense me parait démontrer que le fait doit se présenter.)

Si vous êtes reçu par un homme âgé et que dans la conversation il vienne à se plaindre de ses infirmités, écoutez-le avec patience, et surtout ne lui répondez pas, ainsi que le font souvent des gens mal élevés : « Quant à moi, chaque année qui s’écoule augmente mes forces, et, de jour en jour, je me trouve plus alerte et plus vigoureux. »

Entendez-vous demander l’aumône pendant un repas auquel vous êtes convié? rappelez-vous qu’il faut attendre la permission du maître de la tente pour disposer de ce qui lui appartient.

Assistez-vous à l’une de ces fêtes publiques — ouadaa — où l’usagé permet aux femmes de paraître quoique voilées, soit pour accomplir un devoir de religion, soit pour encourager les cavaliers par leur présence, prenez garde de vous extasier dans la contemplation de leurs vêtements, de vous délecter aux parfums qui s'en exhalent, de remuer la tête en mesure au son des instruments, de vous lever et vous asseoir â chaque instant, comme pour montrer les avantages de votre taille, ou les grâces de votre tournure. Vous passe-

riez pour un fat qui pense avoir séduit tout le inonde et qui s’attend à recevoir des messages d'amour.

Celui à qui l’on donne l’hospitalité ne doit demander que deux choses: La Kebla, où est l’Orient, pour savoir de quel côté il devra se tourner quand il fera ses prières, et certaius détails dont la connaissance lui est indispensable pour que, le cas advenant, il ne soit pas incommodé.

On se lave les mains avant de manger, on se les lave encore après le repas; puis, sous peine de passer pour un homme sans éducation, il faut se rincer la bouche avec soin.

Quand on dîne chez les autres, grands ou petits, voici les défauts qu’il faut éviter ;

On ne doit pas être metcharef, c’est-à-dire insatiable, s’inquiéter, tourner la tête pour voir si l’on apporte d’autres plats.

Aildad , c’est le convive qui compte sur ses doigts le nombre des mets et qui les montre de la main ;

Kerraf est celui qui essuie le plat avec le pain qu’il a porté à sa bouche ;

Rechaf se dit de l'homme qui mâche et avale avec force et avec bruit, de manière à être entendu des voisins ;

Kessam est le convive qui prend un morceau, le coupe avec ses dents et en remet la moitié dans le plat;

Le nekale prend un morceau, le porte à sa bouche et secoue ensuite ses doigts dans le plat ;

Le behhale, l’œil sur ses voisins, les prévient, va prendre le morceau qu’ils avaient choisi et qu’eux-mêmes allaient prendre ;

Le aaouatn envoie sa main à droite et à gauche pour ramasser la sauce;

Le mekhallel se cure les dents avec les doigts;

Le mezid emporte la nourriture chez lui ;

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Le merihh trempe sou pain dans le pial pour en pniser la sauce;

Le inoacheb déchire les poulets rôtis avec une impatience qui trahit son avidité ;

Le mefattech fouille dans le plat et y cberclie, d’une manière peu propre, la viande avec ses doigts ;

Le menacltef suce ses doigts imprégnés de graisse ;

Le melaab s'amuse à faire des houlettes de pain pour les tremper dans le plat et les manger ensuite;

Le sebbaaye tourne et retourne dans la sauce les morceaux qu’il prend ;

Le bekkar souffle sur les mets; *

Le mehhami prend la viande dans ses mains, la tripote et l’accapare pour que ses voisins ne puissent pas y toucher;

Le djemiab est le fâcheux qui, pour manger à son aise, se fait une plus large place en jouant des coudes ;

Le satrandji prend un morceau, le remet, en prend un autre, revient au premier, touche au troisième, comme un jour d’échecs irrésolu;

Le mehitidess usurpe, pour avoir devaut lui les meilleurs morceaux, les fonctions de maître de la maison. Il dit aux serviteurs : « Mettez ce plat ici, cet autre là; »

Le djoufani, c'est le glouton envieux et maussade qui voudrait être seul à table pour tout dévorer ;

Le fedouli est la mouche du coche, un brouillon toujours préoccupé de ce qui ne le regarde pas. Il dispose des reliefs du festin, en disant à son hôte à la fin du repas ; * Faitesen ceci, faites-en cela. »

C’est après le souper seulement que l’on posera des questions aux voyageurs : on le fera toujours avec douceur et ménagement plutôt pour les distraire par quelques paroles dignes et affectueuses, que par une importune curiosité :

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« Qui êtes-vous? De quel pays venez-vous? Où allez-vous?» Si cela leur plaît, ils répondent ; s’ils veulent se taire, on n’insiste pas; on engage alors la conversation sur d’autres sujets. La plus stricte décence est gardée, on évite toute allusion licencieuse; on tourne les mots scabreux; une jeune fille pourrait, sans rougir, entendre un tel dialogue.

L’usage invariable est de ne jamais appeler ni nommer les absents; il ne faut pas avoir l’air de s’en occuper. Cette convention tacite est dictée par la politesse et surtout par la prudence. Celui dont vous allez remarquer l’éloignement, où est-il ? que fait-il ? Vous n'en savez rien. Taisez-vous donc ; paut-être, sans vous en douter, vous feriez naître des soupçons qui allumeraient des querelles interminables et des vengeances sans merci. La femme est encore là; quoique absente, elle est au fond de toutes les pensées. Cette réserve se concilie avec le discernement que les principes religieux, aussi bien que les dictons populaires, assez narquois quelquefois, recommandent à l'attention publique chez les Arabes. Toute maxime a son corollaire pratique.

« Si vous pouviez voir, disent les sages, le registre où sont écrites vos bonnes et vos mauvaises actions, vous déchireriez votre langue. »

On demandait à l’un d’eux combien il comptait de vices dans un fils d’Adam.

« Ils sont si nombreux, répondit-il, qu’on ne saurait en faire le calcul ; mais j’ai remarqué qu'une seule vertu pouvait les racheter tous. — Et quelle est cette vertu ? — La retenue et la convenance dans les discours. »

Évitez donc les personnes mal famées, et n’admettez à votre table, si faire se peut, que des gens craignant Dieu. C'est le moyen de consolider votre foi.

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Recherchez le pauvre : il doit être préféré au riche. Voilà des préceptes dévots : ou est forcé de leur reconnaître une certaine dignité austère.

Il faut inviter tout le monde, excepté un ennemi, parce que vous ne pouvez pas faire du mal à celüi qui s’est assis à votre table. Le Prophète défend de saisir une pareille occasion pour se venger.

Il eu est de même lorsqu’un ennemi, trahi par la fortune, est cependant parvenu, sans accident, jusqu’à votre tente. Tant qu'il est chez vous, sa personne doit vous être sacrée; une fois parti, il rentre dans la loi commune.

N’engagez pas non plus les personnes que vous prévoyez devoir refuser; un acte de ce genre serait du plus mauvais goût.

Ecoutons, maintenant, la goguenardise des proverbes familiers :

A l’Arabe et au rat,

N’ouvre jamais la porte de ta maison ;

Ils auraient toujours une main dans le plat.

Et l’œil sur ta femme.

El Aarbi ou le far

Ma lehhel-chi bab ed-dar ;

Iddou fel metred,

Ou aaitiou fi moulate ed-dar.

Ce dicton prouve que, si l’Arabe exerce largement l’hospitalité, il n’en apporte pas moins une extrême circonspection dans les habitudes de sa vie privée. Avant de se lier avec quelqu’un, il veut savoir à qui il a affaire. On dit encore ;

L’Arabe, quand il s’installe,

Est comme un clou qu’on a rivé.

El Aarbi meriine uljeless,

Kif el messemar me ni ne ilfelless.

Les Arabes, on le voit, se jugent eux-mêmes assez impartialement. En effet, que l’un d’eux soit assis commodément dans une bonne tente, à l’abri des intempéries et buvant un café qui 11e lui coûte rien, où voulez-vous qu'il aille pour être mieux? Vous avez beau lui faire entendre que vous avez des affaires; il allongera la conversation à plaisir, il en variera les sujets, il feindra de 11c pas vous comprendre; il se trouve bien où il est, le temps n’est rien pour lui, il y restera sans paraître même s’apercevoir de vos impatiences si vous en avez.

Il est tout h fait contraire à la bienséance, et Benn-Abbas lui-même affirme que le Prophète l'a défendu, de s'observer entre convives. On serait accusé de vouloir contrôler l’appétit de ses invités.

Aali dit ù un Arabe qui prenait son repas avec lui : « Vas-y plus doucement. — Et toi, reprit son convive, apprends à dompter tes regards. »

« Ote ce cbeveu du morceau que tu tiens, dit un Arabe à son convive. — Puisque tu m’observes, répliqua l’enfant du désert, au point d’apercevoir un cheveu sur mon plat, je te jure, par la tête du Prophète, que de ma vie je ne mangerai chez toi. »

Le peuple arabe vit de légendes ; on juge bien qu’il n’a pas manqué de s’en créer sur un sujet aussi fécond que celui de a table. Son imagination comprend tout, comme nous l’avons montré. La beauté, la puissance, l’invisibilité, le bonheur et parfois la sagesse, sous forme d’histoires plus ou moins

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neuves, plus ou moins intéressantes. Combien n'en ai-je pas entendu dans ma vie d’Afrique! Marabouts, trouvères, cavaliers, bergers, tolbas, gens du Tell et gens du Sahara, pèlerins revenus de la Mecque ou commerçants qui fréquentaient nos marchés, quand je les interrogeais sur l'hospitalilé, ils étaient inépuisables, et la frugalité qui leur est naturelle donnait une couleur curieuse à quelques-uns de leurs pontes.

Un homme fut reçu par un derviche qui lui offrit d’abord deux pains et se rendit à la cuisine préparer un plat de lentilles. Il apporte le plat, plus de pains : il le pose sur la table et va en chercher d'autres: Il revient, les lentilles ont disparu. « Marche, bon derviche, tu n’as pas fini. Tiens, mon ami, voici encore des lentilles. — Mais je n’ai plus de pain, ô mon hôte ! — C’est bien, je vais t’en donner. »

Dix fois de suite le derviche recommença, l’invité aussi : les pains et les lentilles ne purent jamais se rencontrer.

« Où vas-tu en sortant d’ici? — A Irdanc. — Et qu'y faire? — Il existe, m’a-t-on dit, dans cette ville, un très-grand médecin; je suis malade. Je vais le consulter sur mon manque d'appétit. — S’il en est ainsi et qu’il te guérisse, je t’en conjure, par la tête du Prophète, ne passe pas chez moi à ton retour. »

C’est ici le cas de répéter cette maxime populaire des Arabes :

A l’hôte d’une nuit nous pétrirous des gâteaux,

Mais à l’hôte de toujours que lui donuerons-uous?

Dif el lila nerfe&sou-lou.

Ou dif ed-dima, ki nedirou-lou ?

Elle me semble dire très-clairement : « Recevez l'hospitalité, mais n’en abusez pas. »

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