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idiome, on a, en Europe, par défaut d’expérience, consacré sérieusement la distinction étrange d'arabe littéral et d’nrabe vuhjaire. Que dirions-nous d’étrangers qui diviseraient ainsi notre langue, parce que, dans l'usage populaire, ils observent des altérations qu’ils ne comprennent pas. »
C’est encore l’avis du savant orientaliste, M. le baron de Slane, membre de l'Institut, professeur d’arabe à l’École des langues orientales. Voici comment il s’exprime :
« La distinction qu'on a voulu faire en Europe entre l’arabe littéraire et l'arabe vulgaire est tout à fait imaginaire. Il n’existe pas d’arabe vulgaire ; dans tous les pays musulmans, la langue arabe est une et la même. Elle ne diffère, de pays en pays, que par certaines locutions, certains tours usités dans la vie ordinaire, et certaines nuances de prononciation ; mais, au fond, tous les Arabes, tant de l'Orient que de l’Occident, parlent la même langue, celle qui se parlait du temps des anciens kalit'es, et ils s’entendent très-bien entre eux. »
Mais, quand on ne se fait pas comprendre, il est si commode de dire : « Il n’y a là rien d’étonnant ! ces gens-là ne savent pas l’arabe savant, l’arabe littéral. »
Quand, en 1838, j’étais capitaine au chasseurs d'Afrique et consul de France à Mascara, un personnage, qui se croyait très-fort en arabe, vint m’y demander l'hospitalité. Admis quelques jours après en présence d’Aabd-el-Kader, de qui il avait sollicité une audience, et introduit dans la salle du commandement où l’attendait l’émir, entouré d’une douzaine de chefs à barbe blanche, d’un aspect vraiment imposant , il lui débita un discours qu'il avait préparé avec soin, étudié, appris par cœur, et même écrit pour en être plus sûr. L’émir l’écouta patiemment; puis, se tournant vers moi, il m’adressa ces paroles :
PRONONCIATION APPROXIMATIVE
— Damnas, qu’est-ce qu’a dit le chrétien? (Ya Doumas* , ach gai erroumi ?)
Mon hôte parut alors vivement contrarié, et, lorsqu’il se retira, on l'entendit plusieurs fois répéter avec animation:
— Mais, si Aabd-el-Kader ne m'a pas compris, c’est qu’il ne sait pas l'arabe savant!