ART ROMAIN
Les origines : 1) Étrurie ; 2) Grèce. — Le Romain. — L'architecture est le grand art. — Le siècle d'Auguste. — Les Antonins : diffusion. — Décadence.
Nous avons assisté à la naissance de Tart dans les pays orientaux. Il continue sa marche vers l'Occident ; les beaux jours de la Grèce sont passés, elle va devenir province romaine, déjà la décadence est accomplie. Le génie de Tart qui a passé chez elle et, pendant un siècle, a fait de sa terre un séjour de prédilection, s'achemine vers le peuple naissant qui, déjà maître de Tltalie, regarde par delà ses frontières les pays qu'il se soumettra. A l'art grec succède l'art romain, mais le fils est dégénéré. Pratiques et ambitieux, les Romains aiment l'utile et le recherchent; le beau est du superflu. Leur idéal sera tracé par leur grand poète national :
Excadent alii spirantia mollias sera...
Ta regere imperio popaloSy Romane, mémento.
Qu3 les autres s'occupent de l'art; toi, Romain, domine les peuples.
Commerçants, soldats, laboureurs, hommes d'affaires, les descendants de Romulus ne pourront goûter pleinement la grâce, l'harmonie, la
LA VIE ARTISTIQUE DE L'HUxMANITÉ 37
délicatesse, la pureté de l'art grec. La tâche, du •reste, ne leur est pas facilitée. Avant que celui-ci leur soit connu, il existe chez eux des monuments artistiques étrusques. Là est la double origine de Tart romain : PÉtrurie, puis la Grèce.
L'art étrusque est indigène. C'est celui que Romulus trouva lorsqu'il traçait le fossé qui jeta lers premières limites de Rome naissante. On y reconnaît une influence orientale dans l'usage fréquent des scarabées, des sphinx, des lions. L'influence grecque ensuite s'y fit sentir, mais resta superficielle. Insouciance de l'art, minutie du travail, goût du baroque, sens pratique, sont les caractères essentiels de cet art. Par plusieurs d'entre eux, il était digne de servir de modèle aux Romains : le hasard avait bien fait les choses. De sa sculpture et de sa peinture, rien d'intéressant ici ne saurait être dit; mais l'architecture a droit à plus d'égards; elle possède plus d'originalité. Cette originalité se manifeste dans l'usage constant de la voûte et de l'arcade et dans la construction de l'atrium, éléments architecturaux ignorés à Athènes et que les Romains adopteront. Cet art a donné son nom à un ordre, secondaire il est vrai, le toscan, qui est un dorique dégénéré. De cette époque primitive datent la Chimère et la Minerve d'Arezzo^ la Louve du Capitole, le Sarcophage de Caere. Enfin, c'est pendant ces premiers siècles que Rome voit s'élever ses premiers grands monuments : le Cloaque Maxime, le Cirque, le Temple du Capitole, les Latomies, le Temple de Diane.
Mais les conquérants s'avancent, les légion-
naires pénètrent en vainqueurs dans les villes grecques, le ii° siècle avant notre ère voit les consuls romains imposer leurs lois aux peuples hellènes : Marcellus entre à Syracuse, Fabius Maximus à Tarente ; chacun prélève de riches butins. FulviusNobilior rapporte d'Étolie 785 bronzes et 250 marbres. Paul-Émile est accompagné dans son triomphe par 350 chariots remplis de statues. Rome a pris contact avec l'art grec. On résista pourtant beaucoup et longuement. Les arts ne furent guère au début qu'occupation de Grecs méprisés, tout comme l'étaient les lettres. Caton l'ancien, parlant au nom des vieux Romains, traditionnels et conservateurs, s'attaquait aux artistes nouveaux venus, aux mœurs récemment policées, à la civilisation peu à peu affinée. Il fut vaincu. La marche en avant continua et, comme le disait Horace, la Grèce captive vainquit son farouche vainqueur. Néanmoins Rome, en un point, conserva son originalité. La sculpture et la peinture, en qui l'agrément paraît dominer, ne pouvaient être les arts nationaux, et elles furent vite grécisées, mais l'architecture garda plus pure sa physionomie romaine. Routes, aqueducs, canaux, arcs de triomphe, déjà en honneur à cette époque, sont essentiellement romains; et les Romains s'en servent comme instruments de leur pouvoir. C'était un acheminement vers la vraie architecture dont les types caractéristiques sont la basilique, le cirque et l'amphithéâtre. Celle-ci était si bien constituée, lors de l'invasion des arts grecs, que seule elle leur résista.
C'est vers la fin de la république que l'art prend
son essor, à Rome. On bâtit beaucoup à cette éjDoque et d'alors datent le Temple de Mars, le deuxième Temple de a l'Honneur et la A ertu aî>, construit par C. Mutins et où le type grec est sensiblement modifié dans le sens national, le
Vase étrusque.
Théâtre de Pompée, qui fut le premier construit en pierre par les Romains, le monument de Cecilia Metella qui n'est pas encore détruit, la basilique de Paul-Émile. Les lignes horizontales de l'art grec sont laissées au second plan; l'élément architectonique essentiel est l'arc de cercle en plein cintre. Le Panthéon d'Agrippa est une illustre