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application de ce procédé. Différente au point de vue technique de celle des Grecs, Tarchitecture romaine Test également par son esthétique. Chez les premiers, l'harmonie était la loi suprême; les seconds visent à l'effet. Belles proportions, disaient les uns ; grandes dimensions, pensaient les autres. Que ce soient le Théâtre de Pompée ou le Mausolée d'Hadrien, le Pont du Gard ou le Golisée, chacun de ces monuments frappe par l'ampleur de ses lignes et l'imposante majesté de son style. L'apogée de cet art, du reste, suivit de près cet essor nouveau. Le siècle d'Auguste fut sa plus belle époque comme il fut le plus beau temps de la littérature, de la puissance politique et de la gloire militaire des Romains.
Suétone nous rapporte qu'Auguste se vantait de laisser une ville de marbre là où il n'avait trouvé qu'une ville de briques. Si la prétention paraît ambitieuse, elle n'est cependant pas moins en partie justifiée. L'Empereur donne l'exemple et est suivi. Un nouveau Forum est alors construit qui offre sa vaste superficie aux statues des rois et des hommes illustres de la république réunis, à leur grande surprise, en une fraternelle mais inattendue assemblée. Un Temple sous le vocable d'Apollon s'élève sur le mont Palatin; Marccllus offre un théâtre à la ville; Agrippa couvre le Champ de Mars de constructions diverses et lègue son nom à la postérité, grâce au fameux Panthéon, œuvre de Valerius d'Ostie, qui réalisa dans la construction de sa voûte hémisphérique de hd mètres de diamètre, un chef-d'œuvre de genre nouveau, toujours admiré et jamais
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surpassé. Mais le portique surmonté d'un fronton qui donne accès à l'intérieur de la coupole n'annonce en rien ce qui le suit, tant son style est grec, sans mélange d'éléments nationaux. Ce rapprochement des deux styles forme le caractère dominant de Parchitecture romaine; ce qui fut purement romain est moins artistique. Car s'il
Le Panthéon d'Agrippa.
se trouve des ponts comme celui de Narni, des aqueducs comme ceux d'Agrippa, des routes telles que la voie Appienne, on ne peut dire que la part de l'artiste l'emporte sur celle de l'ingénieur. Enfin l'art des jardins alors atteignait son plus vif éclat.
Ces Romains, considérés comme des barbares par les Grecs, ne méritaient donc point cette réputation. Leur action civilisatrice profita même à la Grèce. Celle-ci perdait force et vitalité, la
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conquête romaine rendit la vie à ses villes appauvries, et Tarfc se réveilla de son engourdissement. Au II® siècle avant Jésus-Christ, une nouvelle école attique, née à Délos, s'ouvrit et prospéra grâce à Tinfluence romaine. Si V Hercule F arnèse, la Vénus de Médicis, le groupe à'Oresie et Electre^ la Diane à la biche et le bas-relief où Archélaos de Priène représente TApothéose d'Homère sont œuvres grecques, peut-être est-ce bien à Rome que nous les devons indirectement. Les Romains, il est vrai, avaient une plus haute et très légitime ambition. Ils voulurent une sculpture nationale. L'effort des sculpteurs se porta sur le portrait. C'était la voie la plus heureuse. Ce peuple, éminemment aristocratique, devait se complaire à cet art. Chaque vieille famille gardait avec orgueil les images de ses ancêtres, chaque grand personnage voulait perpétuer le souvenir de ses traits et la mémoire des honneurs dont il avait été déclaré digne. Les statues et surtout les bustes retinrent les efforts des artistes. Cet art devait être réaliste; l'esprit romain l'y prédisposait, les sujets proposés et le but poursuivi l'y obligeaient. Aussi les beaux bustes que nous possédons sont d'authentiques documents. C'est bien Brutus, César, Pompée, Auguste, Agrippa dont nous voyons les traits. Srtous ont de la valeur, ceux-là se signalent et, entre tous, V Agrippine assise est à remarquer. Mais Rome nous a aussi laissé des statues allégoriques. Nous les devons au goût des Romains à traduire de façon concrète les abstractions qu'ils divinisaient, telles que la Padew\ du Vatican, ou la Fortune, de Naples. Cet art est loin
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de mériter le dédain ; s'il est peu spontané, il est sincère et vivant.
Cette vitalité devait continuer. Les pires successeurs d'Auguste protégèrent Tart. Claude élève de nombreux monuments, surtout il fait promulguer un édit pour sauvegarder les anciens édifices et en défendre la démolition. Néron rebâtit et embellit les quartiers qu'il a brûlés. Sur les décombres de Tun de ces quartiers, Severus et Celer élèvent pour lui « la Maison d'Or », palais éblouissant de richesse et de luxe, dont la superficie avec ses jardins, ses lacs, ses parcs, n'occupait pas moins de 120 hectares; l'ornementation, empruntée à l'Orient, avait l'éclat propre à ce pays : les pierres, les métaux, les bois précieux y étaient prodigués. Enfin, la statue de l'Empereur, confiée à ce Zénodore à qui ses compatriotes d'Auvergne avaient demandé le Mercure colossal dont le renom s'était répandu dans toutes les Gaules, s'élevait à 33 mètres dans le vestibule du palais. Plus tard, Vespasien reconstruit le Capitole et bâtit le Colisée, vaste ellipse de 190 mètres de long où près de 200.000 spectateurs pouvaient tenir. Vers ce temps Pompéi était enseveli et, par cette catastrophe, conservait précieusement les secrets d'art et de vie dont il nous a de nos jours donné la révélation.
Mais Rome s'étendait, son peuple se répandait dans l'univers connu, ses soldats passaient de longues années loin de la mère-patrie, ses commerçants s'établissaient sur des côtes lointaines, le droit de cité s'accordait de plus en plus facilement. C'était la diffusion. Par suite le pou-
voir faiblit, le luxe envahit les vieilles familles, toutes sortes d'abus débilitent la race, entre la métropole et les armées longuement expatriées les liens se relâchent. La décadence commence. L'art pourtant est en faveur, il gagne les pays conquis, mais subit leur influence; il devient cosmopolite. Malgré son éclat persistant, il perd de sa pureté. Les monuments les plus magnifiques de cette époque sont les lieux de rendez-vous mis à la mode par la classe polie et désœuvrée, les Thermes, monuments très caractéristiques par Talliance de la coupole et de " Tarchitecture en plate-bande » et dont les Thermes de Caracalla sont le plus beau modèle. L'art romain va faire entendre son chant du cygne. Ce fut sous Trajan. Arcs de triomphe, ponts, aqueducs se multiplient à Rome et dans TEmpire. Aidé d'Apollodore de Damas, il élève les monuments du nouveau Forum dont il reste encore la colonne Trajane. Après lui, Hadrien met sa gloire à construire et laisse une villa, type de l'éclectisme et de l'érudition qui régnent alors dans l'art. Hérode Atticus rivalise avec son maître et les villes et municipes suivent le mouvement.
L'époque des Antonins et des Flaviens fut très riche en constructions. Les amphithéâtres de Nîmes, d'Arles, de Pola s'élèvent; les théâtres de Nères, d'Arles, d Orange se construisent; le plus grand Temple romain, dédié à Vénus, étend, à Rome même, ses 110 mètres de long sur 53 de large ; le mausolée d'Hadrien, que les papes transformeront en château Saint-Ange, s'érige; enfin le^pont du Gard se termine et Autun s'entoure de
ses remarquables fortifications. Le mouvement continue; l'Égypte, la Tunisie, TAlgérie voient se dresser des monuments romains; l'Asie enfin ne peut se soustraire à ce mouvement : Baalbek en est un intéressant exemple.
Le cosmopolitisme est donc le goût qui règne à Rome dans l'art comme dans les mœurs. La sculpture surtout s'en ressent. L'Egypte et l'Assyrie fournissent à son inspiration, de même qu'elles introduisent le culte de Sérapis dans la religion romaine. La sculpture gréco-romaine se plaît au colossal et nous donne la Pallas de Vellétri et VApollon de Lillebonne. L'art du bas-relief devient de plus en plus florissant et trouve sa suprême application dans les â.500 figures qui s'enroulent autour de la colonne Trajane. Enfin, toujours plus amis de ce qui flatte, les Romains mettent un soin jaloux à faire de leurs tombeaux de vraies œuvres architecturales où la vanité prend l'art à son service.
Cette époque de goût pour l'ari et de vie raffinée est le plus beau moment de la peinture. De celle-ci on ne peut savoir que peu de chose. Elle est l'art le plus fragile, et, de fait, les œuvres nous font grand défaut. Dès le v® siècle avant notre ère, la peinture était connue à Rome. On voyait même un patricien, Fabius Pictor, pratiquer cet art. Mais elle n'était encore qu'une sorte de u topographie militaire Cependant, à la suite de la conquête grecque, de riches particuliers réunissent des collections de tableaux, plus tard les empereurs créent despinacothèquespubliques. Sous Auguste, la fresque fait son apparition et
les peintures murales gagnent en faveur. Tous les sujets, comme on le voit à Pompéi, sont traités
Les trois Grâces (Naples). (Cliché Brogi. Florence.)
par les peintres; sujets mythologiques et historiques, paysages, fleurs, scènes de genre sont
au goût du jour. Certains de ces tableaux nous sont restés; les Noces Aldobrandines^ au Vatican, sont justement connues. Liberté, aisance, caprice sont les qualités de cet art pictural. La palette des artistes se montre bien garnie, la touche est libre et habile, la facture élégante. Cette peinture avait de la vie. Souvent les tableaux forment une partie d'un ensemble décoratif où la mosaïque, qui brilla tant à Rome, joue un rôle très important. L'on a découvert à Pompéi des mosaïques dignes du plus beau temps de l'art. Quoi qu'il en soit, il est difficile de se former une opinion raisonnée sur la peinture romaine. Nous savons que les Romains l'avaient en belle estime, et Cicéron lui reconnaît surtout comme qualité le fini. C esta ces éléments de connaissance que nous devons nous borner.
Tel était cet art romain que nous laissons au moment où Constantin va monter sur le trône. Il eut de l'éclat et de la valeur; il fut surtout grand. Cependant on ne doit pas le dédaigner dans ses menus objets. La céramique, d'origine étrusque, mais vite grécisée, donna des œuvres recherchées. La gravure en pierre fine fut en honneur, de nombreux camées et parmi eux celui de la Sainte- Chapelle le prouvent. L'orfèvrerie, comme le montrent les trésors de Bernay et d'Heldesheim, était florissante; la verrerie ne lui cédait en rien, ainsi que l'indique le vase de Portland. Aussi peut-on dire que, lorsque Constantin vint fermer le cycle de cet art pour ouvrir la voie au double mouvement latin et byzantin, Part romain avait déroulé une vie normale, pleine et^glorieuse.