LUCE ET SIGNAC
10 décembre 1894
J'inscris cette fois les noms de Maximilien Luce et de Paul Signac, qui exposent ensemble, galerie Laffitte. Leurs œuvres et leurs personnes donnent également l'idée de la conviction, de la ténacité, de la croyance à Tart. Tous deux ont fait partie, dès le début, du groupe néoimpressionniste, qui eut surtout pour inspirateur et démonstrateur le regretté Georges Seurat, mort à peine âgé de trente ans, laissant de beaux dessins noirs, des paysages pâles si délicats, et les grandes pages d'une future peinture décorative.
Luce et Signac furent parmi les adeptes
AUGUSTE POINTELIN
L'exposition d'Auguste Pointelin, ouverte pour quelques jours rue Caumartin, est une des meilleures preuves que je sache de la nécessité de présenter un ensemble d'œuvres en dehors des Salons annuels.
J'avais parfois pris plaisir et repos devant les sobres et calmes paysages de l'artiste. Parfois aussi, devant des études sommaires, j'avais formulé les reproches de monotomie et d'insuffisance. Or, par cette exposition très bien composée, avec des œuvres anciennes et des œuvres récentes, voici que le peintre s'explique plus complètement, et que l'explication est à son avantage. J'avoue franchement la joie que j'en éprouve.
Fénéon et Georges Lecomte, panni les premiers explicateurs du néo-impressionnisme, demandait, en l'un de ses articles de pénétrante critique de la Société nouvelle ^xxne histoire du groupe de ces artistes et un pronostic. Cette histoire ne pourrait être complète en ce moment. Elle sera faite par la volonté, par le travail, par les œuvres de ceux qui persisteront. Ils sont jeunes, toujours ardents, et la nature, immense et harmonieuse, est là qui les convie au festin de lumière. De plus en plus ils iront vers ce foyer, fixeront ses reflets, lui arracheront quelques-uns des secrets de sa flamme et de sa chaleur. Ils portent leur sort en eux-mêmes, et il n'y a qu'à souhaiter leur courage pour cette conquête de la vérité où nous allons tous, malgré nos désaccords, nos différences.
Surtout après avoir vu cette exposition, je crois que l'on peut attendre le grand effort de ces deux-ci, Luce et Signac.
Il y a en eux une énergie, la preuve de la vocation qui résiste à tout : une concentration de k personnalité, tm repliemeiit.
et eti même temps une volonté de posséder, lès choses. C'est l'individu qui prend à la fois conscience de lui-même et delà force universelle.
Paul Signac expose des aquarelles, qu'il intitule a notations j> au catalogue, mais qui constituent une vraie œuvre, étendue et complexe, tout un poème de lumière limpide, toute une histoire brillante et fine de Saint-Tropez apparu au soleil, ses maisons, ses quais, ses eaux, ses gens. 11 y a, çà et là, une application de la règle, une dure manière de souligner la forme, des terrains criblés de tirets inutiles. Lorsque l'artiste, et c'est le plus souvent le cas, garde son savoir en oubliant d'être systématique, lorsqu'il se laisse envahir par la seule joie de voir et de créer, il nous fait les plus fortes et les plus délicates confidences sur son enivrement devant la nature, sur son amour de la féerie déployée au ciel et sur la terre.
De même, Maximilien Luce masque parfois son talent appliqué, sa patiente étude,
son goût des belles formes massives enveloppées d'atmosphère. Il dissimule mal à propos tout cela sous Je pointillé par lequel il veut indiquer la division des tons. Il y a heureusement en lui la protestation de l'individu contre l'école, et on le voit, peu à peu, s'affranchir, s'affirmer. Sur les vingt-deux tableaux qu'il expose, combien de solides, profondes, belles pages ! C'est Camaret la nuit, les barques endormies dans l'atmosphère de velours violet, sur la mer mystérieuse, phosphorescente. C'est l'étendue de l'Océan avec ses courants, ses moires, ses barques oscillantes dans les sentiers des vagues. C'est Londres ouaté de brumes colorées, clignotant de lumière, sa Tamise houleuse, ses ponts tumultueux.
C'est un verger où se dressent des formes gracieuses de femmes. C'est tel pauvre intérieur, où une vieille malade vit son existence solitaire, auprès de l'âtre où meurt le feu, entre les tristes murs où expirent les humbles souvenirs.
Luce a le sens de cette pauvreté des chambres ouvrières, en même temps que
et eti même temps une volonté de posséder lés choses. C'est l'individu qui prend à la fois conscience de lui-même et delà force universelle.
Paul Signac expose des aquarelles, qu'il intitule (( notations i> au catalogue, mais qui constituent une vraie œuvre, étendue et complexe, tout un poème de lumière limpide, toute une histoire brillante et fine de Saint-Tropez apparu au soleil, ses maisons, ses quais, ses eaux, ses gens. 11 y a, çà et là, une application de la règle, une dure manière de souligner la forme, des terrains criblés de tirets inutiles. Lorsque l'artiste, et c'est le plus souvent le cas, garde son savoir en oubliant d'être systématique, lorsqu'il se laisse envahir par la seule joie de voir et de créer, il nous fait les plus fortes et les plus délicates confidences sur son enivrement devant la nature, sur son amour de la féerie déployée au ciel et sur la terre.
De même, Maximilien Luce masque parfois son talent appliqué, sa patiente étude.