‹ La vie artistique (volume 2)Chapitre 31 sur 52 · H. DE TOULOUSE-LAUTREC · texte numérisé non relu

H. DE TOULOUSE-LAUTREC

14 janvier 1896

Une exposition des lithographies et d'tin certain nombre dç peintures de :H. de Toulouse-Lautrec a été ouverte rue Forest.

Ceux qui entreprendront Iç voyiige au boulevard de Clichy ne regretteront pas leur course s'ils aiment l'observation directe, l'ampleur du dessin, l'harmonie de la lur mière établie sur des colorations sourdes et riches. Tous ces dons, Lautrec les possède sciemment, les exerce avec une sûreté qui relègue à leur plan tant d'incertitudes et d'insuffisances de l'art d'aujourd'hui. Chez lui, l'œil a vu la construction, les rapports, et la main, d'une sécurité de grand virtuose, a tracé les lignes enveloppantes, distribué les clartés et les ombres, établi l'ensemble avec un sentiment profond de

Tamour des espaces fleuris de lumière. Son art ne l'abandonne jamais. C'est le fidèle compagnon de la vie résignée, des beaux vagabondages, et aussi des jours de Mazas, où est né ce nouvel album si bien présenté par l'éditeur André Marty, ces dessins de cellules, de couloirs, de préaux, unis à un texte retrouvé de Vallès.

Mais, malgré ce document, j'aime mieux Luce dehors, tirant à l'Ouest, pendant que Signac va au Sud, tous deux de plus en plus libres d'esprit, servants obstinés . de l'art, prêts à la poésie et à l'émotion.

H. DE TOULOUSE-LAUTi

14 ja

Une exposition des lîthograpl

certain nombre de peintures Toulouse-Lautrec a été ouverte ij Ceux qui entreprendront le ^ boulevard de Clichy ne regret^ leur courses'îls aiment robservati Tampleur du dessin, l'harmoniq miére établie sur des coloratiol et riches* Tous ces dons, Lautrec \ sciemment, les exerce avec une!

relègue à leur plan tant d'incd d'insuffisances de l'art d'aujourci lui, l'œil a vu la construction, le^ et la main, d'une sécurité de | tuose, a tracé les lignes envd distribué les clartés et les oml Fcnsemble avec un sentiment j

— «93 — Téquilibre. La moindre indication de couleur sur un morceau de carton, le plus rapide dessin sur là pierre portent cette marque d'artiste. Il y a dès silhouettes d'acteurs> deiB visages entrevus, dans la coUectioii dés lithographies, qui resteront dans le souvenir pour, la hardiesse du caractère, la force de la vérité résumée.

Une première objection peut être faite contre la complaisance à rechercher et à aggraver la laideur. Elle est motivée sans aucun doute, mais il ne faudrait nullement la généraliser. Il y a chez Lautrec un sens caricatural inné qu'il y aurait grand dommage à réfréner, car il est fécond en justes révélations de prétentions sociales et de tares morales. Et l'injustice serait grande à ne pas voir, d'autre part, tant d'effigies exactes, tant de portraits d'une tenue de vie si irréprochable.

Pour une seconde objection parfois formulée, je m'efforcerai de la combattre davantage. Elle tendrait à présenter comme cyniques, sinon obscènes, nombre de types et d'aspects de la vie dite de plaisir qui est

lits bien drapés, des menus objets de la table, des étoffes d'humbles robes, sombres, colorées, rayées, ou tachées comme des plumages de pintades.

Sa peinture, qui fait songer à l'envers laineux d'une tapisserie, qui exprime de façon nouvelle la densité des corps, l'or et l'argent de la lumière et le velours de l'ombre, parvient aussi à l'expression des attitudes, des bras repliés, des mains pâles. Vuillard saura traduire, en un art délicieux et nouveau, la poésie des doux intérieurs, la beauté de la vie active et pensive.

8 janvier 1896

Dans une salle de la galerie Durand- Ruel, Pierre Bonnard expose un grand panneau, une quarantaine de petits cadres, quelques affiches et lithographies, l'ornementation d'un petit solfège et deux paravents.

Ces diverses manifestations le montrent, comme son ami, son compagnon, son frère d'existence, Vuillard, en possession du don, instinct et science, habitude de pen-

Page 1