‹ La vie artistique (volume 2)Chapitre 32 sur 52 · VUILLARD, BONNARD, ROUSSEL · texte numérisé non relu

VUILLARD, BONNARD, ROUSSEL

29 octobre 1893

La compréhension de M. Edouard Vuillard me ravit. Il accentue la visioti qu'il a des choses, il pénètre la vie, il scrute les aspects qu'il se plaît à évoquer. La poésie de la lumière entre par les fenêtres ouvertes, éclaire des robes de femmes qui passent d'une pièce dans une autre, qui se profilent à une embrasure de porte, qui cousent, qui lisent, penchées vers une table, accotées à une muraille, qui préparent le couvert du soir sur la nappe colorée de reflets tardifs.

Les œuvres qu'il expose chez Le Barc de Boutteville révèlent qu'il a l'amour du décor intime, des meubles, des tapis, des.

que vous avez* devant vous un artiste qui sait, extraire une signification particulière de tous les spectacles, inattendus ou familiers. Nul ne note plus finement l'aspect de la rue, les silhouettes passantes, la tâche colorée vue à travers la fine brume parisienne. Nul ne transcrit plus fidèlement la pantomime enfantine, la grâce grêle de la fillette. Un curieux dessin en mouvement, d'une souplesse simiesque, s'empare de ces gesticulations passagères de la rue, de ces expressions rapides nées et évjanouies avec l'instant. C'est la poésie de la vie qui a été, c'est, le souvenir des choses, des animaux, des êtres humains. L'observation amusée de lîartiste va de la ville à la campagne, et vçîci que s'élabore, délicatement, sûrement, une œuvre viable, iâgénue et réfléchie, en contact avec le réel.

9 juillet 1899

Galerie Bernheim, c'est un artiste, M. Roussel, que l'on devine méditatif, doucement acharné, cherchant à exprimer le

ser et mamère de voir personnelles. 11 y a évidemment une ressemblance entre les deux artistes, dans la façon de prendre une scène, dé composer un tableau, dans le procédé de dessin et dé coloration. Mais biep fin qui dirait lequel vient de l'autre : ils ont le même âge, et ils ont travaillé l'un près de l'autre, voilà le seul renseignement. Pour le reste, je vois de grandes difiérences. .

Ainsi, très singulièrement, Vuillard est un coloriste plus franc, plus vif, plus hardi à faire éclaté]^ les floraisons bleues, rouges, jaunes d'or, et eH même temps, on le sent d'esprit mélancolique, de pensée grave.

Bonûard,au contraire, est un peintre gris, se plâit aux nuanceinents du violacé, du roux, du sombre, et pourtant, dans chacune de ses. notations, la malice d'observation, la gaieté gamine se révèlent, d'une distinction charmante.

Si vous savez vous plaire, ici, à lire dans toutes ces demi^teintes, à suivre toutes ces lignes souples, qui se perdent et se retrouvent, vous acquerrez bien vite la certitude

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