II. — FANTIN-LATOUR. — HENNER. — LE NU. — QUBJLQUES DIRIGEANTS
M. Fantin-Latour, le maître moderne de V Hommage à Delacroix^ de V Atelier d^Edouard Manety du Portrait d'Edwin Edwards y de la Lecture , du Coin de table ^ et de tant d'autres belles œuvres qui font partie déjàdeThistoire de Tart de ce siècle, expose deux toiles : le Lever et Andromède, La première est l'apparition d'une coquette chair de femme, d'une douceur lumineuse, au centre d'harmonies sourdes, d'étoffes couleur de rouille et de mousse.
U Andromède est Tune des plus jolies nudités que M. Fantin-Latour ait jamais fait naître parmi les souffles de l'air et l'écume de Tonde de ses toiles musicales ou mythologiques. UEve avait la plénitude de la force, celle-ci a le fuselé de l'élégance et la délicatesse touchante. Son corps, assombri par un jour d'orage, tout enveloppé des souffles de la tempête et des assauts de la
vague, est véritablement une perfection, mais non une perfection froide, il est animé, il respire, il émeut.
M. Henner, imperturl^able, expose un cadavre étendu, celui de la Femme du lévite d'Ephratm^ et une jeuhe fille en noir. Combien d'effigies semblables sont déjà répandues par le monde ! Mais, toute nîanière mise à part, il faut admirer cette peinture fondante, cette science savoureuse.
De la peinture de M. Henner, si Ton passe à celle de nombre de ses collègues de l'Institut, on a évidemment une déception. D'ailleurs, il n'y a pas de raison, cette année, pour s'occuper des oeuvres deM. Gérôme ou de M. Bouguereau, de M. Jules Lefebvre,deM. Jules Breton ou de M. Donnât. Ces gloires nées du Salon, développées par le Salon, régnent paisiblement sur une population de médaillés, de mentionnés, de hors concours, etc. Il y a là une béatitude et un sommeil que l'on peut bien volontiers respecter.
i m. — PORTRAITS
Quelques portraits sont beaux, et d'autres assez bons. Je désigne tout de suite des nouveaux venus : M. William Cot, qui expose, je crois, pour la première fois, est l'auteur d'un portrait de femme tout à fait remarquable, fin et ferme, témoignage d'une volonté et d'une observation.
M. Marcel Beronneau se met aussi à part avec une Su:(^cinne^ jeune femme en apir, en toilette de sortie, expressive d'attitude et de visage, et par la Femme au chat noir, très rare et distinguée également. L'observation, déjà faite, que les peintres apportent un talent particulier à la représentation d'êtres chers qui vivent auprès d'eux, se vérifie encore cette année avec MM. Victor Marec, Duvocelle, Léon Félix. 11 y a chez tous trois une attention et une émotion qui n'ont rien de banal, et le troisième, M. Léon Félix, qui annonce par le portrait de sa mère un peintre dis-
tingué et de sentiment juste, m'a donné le plaisir de constater la variété de son talent par l'effigie caractéristique, véridique, de l'excellent graveur M. Victor Focillon.
Parmi les portraits d'intimité, j'ai noté encore : ceux de M. Mac-Ewen ; de M. Léon Herbo, — une Aveugle aux chairs grises encadrées, d'un bonnet bleu, physionomie résignée fataliste, infiniment saisissante ; de M. Ernest Laurent; de M. Hébert, — un visage fin et réfléchi de femme.
Les portraits d'apparat, où il y a un goût de mouvement ou de couleur, une fougue ou un étalage, seraient ceux de M. de La Rochefoucauld-Doudeauville, à cheval, en costume de chasse, par M. Aimé Morot; du négus Ménélick, également à cheval, et en costume de guerre, par M. Paul Buffet.
Le portrait de M. Vigneron, secrétaire de la Société des Artistes français, par M. Roybet, devrait rentrer dans cette catégorie des portraits d'apparat, mais ce portrait est un non-sens. M. Vigneron, en pourpoint noir et en collerette empesée du
dix-septième siècle, n'est plus lui-même, est un déguisé. La force de l'artiste est de voir la vérité d'un caractère et la marque d'une époque : celui-là seul exprimera M. Vigneron qui le représentera tel qu'il est, donnant ou refusant des cartes aux journalistes, et il pourra de ce sujet faire un chef-d'œuvre, ce que M. Roybet est loin d'avoir fait. Même observation pour V Astronome^ qui relève de la même conception inutile de carnaval, et qui est peint de la même peinture grasse sans transparence.
Et des portraits de demi-apparat, il y en a aussi, d'hommes jouant des rôles publics affirmés par leurs attitudes, de femmes en grande toilette. Le genre peut avoir de la vérité, témoin M. Ferdinand Humbert avec le portrait de deux jeunes filles et le portrait de M. Jules Lemaltre. J'allais oublier Willette parmi les portraitistes, Willette et son clair portrait de M. Jules Roques.