VI. — AUTRICHE
Si TAllemagne est studieusement attardée dans le passé, sa voisine TÂutriche s'élance jusqu'aux régions encore incertaines de a l'art nouveau ». Il y a une volonté de séparation affirmée entre Vienne et Berlin, Munich, Dûsseldorf. A Vienne même, un groupe d'aYtistes s'est mis à part sous l'enseigne de la Sécession, et il présente ici ses recherches dans un salon spécial. Il y a beaucoup de notre art récent chez ce$ artistes, et M. Gustave Klimt, qui occupe la place principale avec un plafond pour la salle des fêtes de l'Université de Vienne, peut se réclamer de M. Besnard, et plus encore peut-être, de M. Henri Martin. Il cherche les tournoiements de lumière, et il n'est pas dépourvu de goût décoratif. La forme, toutefois, est frêle, et la composition est compliquée, sous ces apparences à grand spectacle. Nous som-
mes en présence d'un espace illmninét où une immense figure roule avec une expression de sphinx, pendant que des êtres de tous âges symbolisent la chaîne sans fin de la vie. Le titre est Philosophie, et il parait que les intentions de l'artiste ont été fort discutées à Vienne, où il y a encore des disputes de philosophes et de théologiens. Je ne crois pas qu'il y ait un danger public à faire plafonner cette composition* et je reste un peu indécis sur la valeur de TefFort et la qualité d'art de cette œuvre.
Je vois bien un goût et une finesse, mais je les trouve démesurément employés. Du même artiste, je n'aime pas du tout une Pallas Athéné d'une recherche affectée, et mes préférences vont à uû portrait de femme doux et vivant, tout uniment.
La Chanteuie, de M. Joseph Mehoffer, est une figure bien r&blée et bien campée, solidement et harmonieusement peinte.
Les deux toiles de M. Cari MoU, Intérieurs, ont une délicatesse charmante. Le Portrait, de M"' Olga Boznanska, est de talent souple, de dessin ferme, de valeurs justes» Le
P(iysa^^,deM.Rudolf Ribarz : A TinchêvilU^ est d'un pittoresque adroitement ûumc6. Pour ce qui concerne la vie locale, vous découvrirez bien çà et là une vue du Prater, une scène de la ville ou des champs, mais vous serez déçus de ne pas trouver davan-* tage l'existence légère, sjsnsuelle, agitée et électrique, plus vive et fine qu'en Allemagne, et qu^ serait tout au moins, en Autriche, la vie de Vienne, si nous en croyons les récits des voyageurs. Consolez-vous devant les paysages dé M. Jettel, de M. Darnaut, la Dentellière, de M. Charlemont, et, si vous aimez les costumes d'autrefois^ devant le vestiaire historique de M. Jean Matejko, intitulé : Les Fiançailles du roi polonais Casimir Jagiellonc:(yk avec l'archiduchesse Elisabeth d'Autriche.
§ VII. -— HONGRm
Y a-^it éû Ilongrie un art particalier, a.vtt6A6îÈ:t? Oui, si nou9 cherebcyns la vérité locale, née< de la contemplation du paysage, de l'observation des- mœurs, de
l'amour des coutumes. Il y a un passé héroïque célébré par M. Jules Benczur en une toile commandée par la ville de Budapest : la Reprise de la forteresse de Bude sur les Turcs. Il y a le goût des réunions paysannes affirmé par une Communion de M. Etienne Csok; un Cortège de noce^ de M. Louis Ebner ; une Rentrée d'ouvriers ruraux^ de M. Joseph Koszta. La vie sociale se montre dans le Panem^ de M. Eméric Révész ; la Famille^ de M. Adolphe Fenyes; V Agitateur à la cantine d'une fabrique^ de M. Charles Kernstock. La douceur du soir est exprimée par MM. André Dudits, Charles Ferenczy, François Olgyay, Adalbert Grûnwald. Une émotion se révèle dans ces paysages : Printemps de M. François Szikszay; V Hiver ^ de M. Daniel Mihalik ; V Automne y de M. Bosznay ; Dégel ^ de M. Paul Szinyei ; Rayons dorés^ de M. A.
Tolgyessy; V Aube y de M. L. Szlanyi; le Plantage d'arbres^ de M. Alexandre Liezen-Mayer. M. Munkaczy, mort récemment de la triste mort que Ton sait, est aussi parmi les paysagistes avec deux jolies
toiles, de preste exécution. Des portraits ont une jolie et vivante expression :
un portrait de femme de M. Charles Ziegler, la Dame en noir et la. Dame en blanc y de M. Charles Lotz. Une Source, de M. Barthélémy Székély est une fine étude de nu. Enfin M. RipplRonai, avec le Portrait de Grand' mère et les Joueurs de boules^ montre son observation sous deux formes, attendrie ici, très touchante, et là fort comique, les deux toiles de dessin ample et de curieuses harmonies sourdes.
Pour résumer, il y a chez beaucoup d'artistes hongrois une opacité de peinture, un placage de couleurs qui sont déjà moins perceptibles dans les études de paysages.
Il leur faudra, comme à beaucoup d'autres, apprendre la fluidité de la lumière, les rapports justes des tons. Qu'ils goûtent de toute leur ardeur le plaisir de cette découverte !
§ VHI. — GRBCB — ROUMANfB -r TURQUIE