XV. — BELGIQUE
Parmi les artistes disparus dont les œuvres ont été recueillies par la section de Belgique, il en est un, mort il y a quelques mois, en pleine jeunesse, qui avait donné plus que des promesses de talent, et qui s'affirme ici avec une force admirable. C'est Edouard Evenepoel. On* lui a fait fête de son vivant, et voici que le tableau ici exposé le grandit encore. L'Espagnol à Paris (portrait de M. Francisco Iturrino) va augmenter les regrets et faire maudire encore l'injustice du destin. Ce portrait d'Espagnol prend une rare valeur d'œuvre moderne par la manière simple et originale dont le modèle a été vu : grand.
sec, des yeux ardents qui éclairent un visage osseux et barbu, coiffé d'un chapeau mou et couvert d'une cape à collet doublée de bleu, les pieds chaussés de cuir jaune bien d'aplomb sur le pavé, l'image de M. Francisco Iturrino surprend par la vie singulière qui l'anime, par une manière précise de se silhouetter sans aucune dureté de contours : bien au contraire, la silhouette est dense, d'une peinture grasse et veloutée, très enveloppée d'atmosphère.
En même temps qu'un portrait d'homme, c'est un portrait de ville, par le fond du tableau, reculé, haussé, qui laisse toute sa valeur à la figure, sur un grand plan de sol, et ce fond de tableau, le Moulin*Rouge, le boulevard extérieur, le tournant de la rue Lepic, les maisons, les passants, est en accord extraordinaire avec le personnage, et le tout reste dans la mémoire de façon inoubliable. Cette œuvre d'Evenepoel est un tableau de musée, et l'auteur, au début de la vie, et si vite disparu, se classe comme un maître.
Il est d'autres artistes belges disparus.
qui sont représentés icL De Félicien Rops, rA^/ro^âuie, aquarelle, est blafarde, sibefae, arec unie gène académique d'attitudes, mais le petit tableautin, /uV/* e^ c&ri^ien^ est de la jolie pâte grasse que l'on trouve che£ Daumier et Tassaért. De Henry de Braeckeler, V Atelier continue, à la manière d^ Alfred Stevens, l'arrangement et la lumière des petits maîtres d'autrefois* De Joseph Sterèn^, le Chien à la mouche est lourdf mais le Marchand de sable^ aTéc ses trois chiens, est d'une savante rudesse et d'un beau sentiment triste. De Théodore Baron, il y a un passage de rivière, la Meuse à Prqfondeville , et de P.-J. Clays, une marine : Navires dans l'Escaut par un temps calme.
La Belgique garde d'excellents artistes vivants, et Ton a plaisir à saluer une renaissance de la peinture au pays des Van Eyck et de Memling, de Rubens et de Van Dyck, de Teniers et de Van Ostade. Les ancêtres sont hauts, mais il y a efFort et vaillanx^e chez les descendants.
M. Léon Frédéric, encore qu'il compli-
qne souvent de trop d'intentions le s de nature qui est en lui, et qu'il ait donn trois aspects de paysages médiocres à son triptyque du Ruisseau, nous intéresse toujours par sa forte volonté, nous émeut sooivent par son amour de la vie* Les enfants du Ruisseau^ nus, rieurs, joueurs, puis endormis, tt les trois petites Péteuses de pommes de terre ^ vêtues de rouge, les joues ronges, les cheveux blonds, les petites mains attentives, charment par leur grâce puérile, par le mystère d'existence qu'elles apportent dans la vive clarté* liy a dhez M* Léon Frédéric, en même temps qu'une réalité très appuyée, xrn peu de l'imprécision des contes de fées.
M. Alexandre Struys expose trois toiles, des «cènes de la vie des pauvres gens interprétées par une peinture savante, forte, iittendrie. La première, c'est le viatique qui passe, devant la famille éplorée.
La seconde, c'est une femme assise, auprès dtt lit d'un malade. La troisième, c'est une vieille femme seule, dans sa chambre.
La première, sans que cela ait sans doute
été cherché par le peintre, est un brin mélodramatique. Il est très difficile à l'art de toucher à la misère, il £aut à l'artiste une grande horreur de la mise en scène appliquée à de tels sujets, il lui faut aussi une intelligente douceur et la faculté de donner leur juste expression aux êtres et aux choses. Malgré tant dé difficultés, M. Alexandre Struys a fait de ses autres toiles deux belles œuvres d'une vie silencieuse où l'on sent un esprit d'artiste passionné. La femme qui veille le mourant, et celle-ci, toute vieille, toute seule, avec le chat gris qui dort sur une chaise, les pots de fleurs desséchés, les petits cadres qui racontent toute une vie, sont des représentations sobres, qui ne déclament pas, et dont la tristesse parle haut, œuvres d'un peintre, et œuvres d'un homme.
Il est d'autres peintures d'intérieurs où la "vie flamande est racontée de façon intéressante : la Femme à la baratte^ de M. Jacques Dierckx; la Femme aux animaux^ de M. J. Stobbaerts ; Une coloriste y de M. James Ensdr. Il est un solide portrait bourgeois :
celui de M. Tesch, par M. de Lalaing. Il est des portraits qui donnent aux vivants d'aujourd'hui un aspect ancien; le PAtï- /re, de M. Van Hove; la Jeune fille, de M. Emile Motte; V Amitié, de M. Jef Leempœls. Il est des recherches pénibles,, monotones, comme celles où M. Fernand Khnopff abîme les délicatesses grises de sa palette. La volonté d'archaïsme qui m'arrête le mieux est celle de M. Joseph Laermans. Son Aveugle^ parent des aveugles de Breughel, et son Ivrogne, groupe effrayant d'un homme cassé en deux, d^une femme et de trois enfants lamentables, ont un caractère naïf et tragique. Il est des' paysages <Ki les béguinages, les places désertes, les eaux mortes ont trouvé des peintres attentifs : MM. F. Willaert, Albert Baertsoen. Il est de belles forêts, dorées et roussies par l'automne, de MM. Franz Courtens, Joseph Heymans. Il est un doux printemps de M. Th. Verstraete. Il est un mélancolique et beau crépuscule de M. Victor Gilsoul. Il est des marines de MM. Franz Hens, Adrien Mayeur, Alexandre Mar-
cette, où l'eau s'assombrit sous les nuagea qui se délayeat, clapote lourdement, se brise contre une estacade, s'éclaire d'ua rstyon réapparu. Il est, de M. Emile Claus, une toile, le Passage de Vaches^ d^une vie puisssmte, d'une superbe poésie de campagne. L'eau est un peu lourde, la partie gauche du fond un peu opaque, mais les lourdes bétes, btancheSy noires^ rougies, tachetées., passent à travers le ruisseau, sous k surveillance des enfants en barque, grimpent le talus^ continuent letir route sur l'autre rive, d'un beau et lent mouvement : leur vie est passive^ riche, étalée»
et tout le paysage est verdoyant et doré, sous la lumière du sokiL
Enfin^ M. Alfred Stevens, qui a eu,, cette année même, en février, comme une apo-théosé de son œuvre par l'exposition q^i fut faite à l'Ecole des Beaaxx-Ârts^ pread. sa place naturelle parmi les artistes* de lat Belgique; Cest un artiste fin et souple, de la vraie lignée flamande, marqué atissi de la plus ^olie nuance parisienne et da^ caractère ineffaçable de la vie pendant la:
seconde moitié du xiz* siècle. S'il est im-* possible de ne pas constater une déperdition au cours des diverses périodes traversées par ce très grand et très séduisant talent, il est impossible aussi de ne pas croire inscrit pour toujours dans l'histoire de l'art le nom d'Alfred Stevens.
Stevens s'est laissé allier, cela est certain, à une manière brillante et superficielle, sèche et creuse. Il a parfois trop marqué la mode de Tinstant, Tamusette passagère de la fanfreluche. Il lui est arrivé aussi d'exagérer mal à propos les intentions de ses sujets. Il a conçu, sauf de belles exceptions, ses paysages comme la soie et le satin des robes de ses modèles, avec des mollesses d'étoffes et des éclats durs de métal. Il a, çà et là, entassé autour d'une figure» une foule d'objets d'un rendu égal, soulignant tout et ne montrant rien.
J'énumère vite ces remarques, dont j'ajoute la sincérité à mon hommage, et vite aussi je passe. C'est ce qui compte qui doit être retenu. Or, dans Tœuvre de Stevens,
il y a un grand nombre de tableaux, nullement creux, nullement superficiels, tout au contraire d'une forme dense, d'une coloration harmonieuse, d'une vive expression intime. Ce sont toutes ces toiles désormais significatives où revivent non seulement les mœurs, les décors, les costumes d'un temps, mais les nuances infinies, délicates, tendres, mélancoliques, pures, sensuelles, mensongères, perverses, de rinstinct et de l'esprit de la femme. La femme est là, dans les atours d'un moment, avec son charme et sa bonté, et aussi avec son «pouvoir charnel. Elle y est en combattante contre l'homme, avec ses victoires et avec ses défaites. *Elle confesse le mystère de sa puissance, le donne à entrevoir dans l'eau trouble de ses yeux et aux sinuosités de ses ' sourires subtils. Elle confesse encore, aux heures d'automne, ses larmes intérieures, ses vaines poursuites, la fuite et la chute vertigineuse de la vie, l'effroi qui gagne, la nuit qui vient.
Alfred Stevens a dit tout cela avec élo-« quence et profondeur lorsqu'il n'a pas cher-
ché à le dire, lorsqu'il a été, fermement et délicieusement, peintre. Son talent attentif, son don de voir, son observation acérée, semblaient alors ne s'attacher qu'aux formes, aux silhouettes, aux tons, aux accords, il exprimait toutes ces choses yisibles avec une joie évidente, et il se trouve maintenant qu'il voyait à travers le visible, et qu'en reproduisant le dehors il faisait apparaître le dedans. Regardez ces toiles aux détails savamment disposés gardant juste leur importance, admirez cet art de constructions larges aux nuances si doucement et si sûrement distribuées, goûte» la finesse de ces valeurs qui donnent la vie particulière aux chairs, aux étoffes, aux objets, et qui produisent la vie générale de l'ensemble. Admirez la forme, le volume de ces femmes qui se meuvent, respirent dans les petits cadres comme des statuettes vivantes, ces jatmbes dont le mouvement et l'attitude se révèlent parmi les plis des jupes, ces bras souples [comme ^es lianes, ces mains molles, nerveuses, pâles, tièdes, les unes passives d'attente et d% rési-
gnation, les autres frémissantes de volonté.
C'est la dame rose, si solide sous ses dentelles légères ; c'est la femme effondrée au retour du bal; c'^st la lecture au coin du feu ; c'est cette femme en blanc, d'une démarche si rythmée, qui respire un bouquet ; c'est la femme à la harpe, en robe de soie verte ; c'est ce chef-d'œuvre de la jeune mère qui donne le sein à l'enfant goulu, scène extraordinaire de belle et saine animalité et de rare élégance ; c'est la dame aux cerises ; c'est cette merveille des derniers jours de veuvage, malheureusement déparée par le petit amour qui rit sous la tablé; c'est cette autre merveille, complète, de la lettre de faire-part, où Stevens voisine avec Ingres et atteint au style de l'appartement moderne, du châle de l'Inde, de la femme parée en conquérante et en victime^ C'est cette femme, datée du second Empire par sa robe, et datée dei^ tous tes temps de la civilisation par sa vie exaltée et secrète, c'est cette femme, en blanc, en noir, en Ueu, en ^u«ie, avec ses fieiurs, ses bijoux;' ses billets, ses amours, ses tristes-
'sesjt q^i dcmnera* en touchât .ccbaqge, A Alfred Stevens, -la vk immortelle qu'elle a rnçue de lui. Par cette création, le peintre de Tjbien directe, d'art raffiné, se réclame psychologiquement du glorieux roman de notre siècle, inauguré par Balzac et Stendhal, représenté hier encore par Flaubert, les Concourt , Alphonse Daudet.
Pictur^lement, il se rattache, comme M. Robert de Montesquieu l'a dit avec raison, AUX .petits maîtres de Flandre et de Hollande. Ajoutond qu'il connaît la force d'Ingres, que^e^ premières scènes suscitent un ressouvenir de Couchet, et qu'il annonce, à son tour, le moderni&meide Manet .
U se réclame donc d'une tradition, et il prend ea :place pour représenter, en même temps que sa personnalité propre, un état et une date de la peinture. Il lui restera une consécration de l'exposition de l'Ecole des Be«ux-Arts et .de l'Exposition mniv^selle. Et pour les peintres actuels, il .faut souhaiter qu'ils trouvent chez lui une leçon, celle du tableau pris sur le vif de la vie et qui apparaît comité une belle choae
lé.
si complète, si harmonieusement vraie et si durable, parmi tant de croquis et d'ébauches où se complaisent tant de nos beaux génies qui oublient d'avoir du talent.
§ XVL — PAYS-BAS
La Hollande est riche en paysagistes.
Comme la Belgique, elle affirme sa tradition, se rattache à ses peintres qui ont exprimé d'une douceur si savante ses rives noyées, ses nuages en fuite, ses plaines humides et colorées, ses moulins dressés dans le ciel, ses lourdes barques, l'eau glauque et les vagues pressées de sa mer dramatique. La mer, on la trouvera clans les toiles de M. H. W. Mesdag : la calme Matinée à* été à Scheveningue^ la Rentrée des bateaux de pêche par un jour trouble, une eau agitée. La vie de la plage est présente dans VÉté lumineux de M. Blommers, dans la toile un peu molle de M. J.-H.
Weissenbruch, et surtout dans une œuvre, très affirmée, de M. J. Toorop. La prairie, verte, mouillée, a pour interprètes MM. W.
Maris, J. C. Gabriel, Th. de Bock. L'hiver a sa rudesse chez M. A. Le Conte : Vue sur Wondrtchen ; chez MM. A. van Oosterzee, L. van Soest.
Il y a, comme autrefois, des portraits de villes remarquables : ceux de M. J. Israëls, Jour d'hiver à Amsterdam; de M. K. Klinkenberg, Canal à Rotterdam et. Canal à Leyde; et cette toile, tout à fait belle, d'un effet saisissant par son harmonie sombre :
U Hiver à Amsterdam, de M. H. Breitner, une voiture attelée de quatre chevaux par la rue noire et neigeuse, où de rares passants ont des physionomies de somnambules, au long des maisons grises qui semblent, elles aussi, dormir.
Je cite à part deux fins coloristes gris :
M. Ph. Zilcken et M. Ten Cate, qui ont envoyé, le premier un Pont Saint-Michel^ le second des pastels de Londres et de Paris.
La vie des intérieurs a ses bons artistes :
M. C. Briët et sdi Jeune Ménagère {intérieur en Gueldre) ; M.Kever et son Matin ; M. Neuhuijs et son Eplucheuse^ sa Baratteuse;
— AS- AÏ. J. Boosboom et sa Synagogue^ soci Temple protestant à Harlem, La vie des champs a "sa liberté, sa poésie, par un beau tableau doré de lumière : En mai^ de M. E.
Pieters, des enfants au milieu d'un champ.
Et enoore, là Réparation des filets^ de M. J. Akkerrnga ; le Retour du pêcheur^ de M. P.
Rink; le Puits, de M. W. Martens. — Le portrait est représenté, à la manière franche des élèves de Rembrandt, par M"*Schwartze : portrait du général Joubert et Orphelines d'Amsterdam.
Enfin, deux grands artistes hollandais sont présents, l'un mort, l'autre vivant.
Ou regretté J. Maris, le Moulin sur les remparts, peinture fine et fraîche, de colorations riches et nuancées; de M. Joseph Israels, le Marchand de bric-à-brac, un triste marchand Israélite assis au seuil de sa noire boutique, parmi l'amas des objets de cuivre et de faïence, — ces deux oeuvres affirment magnifiquement que le grand art du XVII* siècle a trouvé de respectueux continuateurs en ces peintres d'au)ourd'hui, annonciateurs de demain.
§ XVn. — GRANDE-^RBTAGNB
On ne saurait contester à l'art de la Grande-Bretagne Toriginalité, ou tout au moins la particularité. Depuis deux siècles, après le mouYement dét^miné par les influences flamande et italienne, la peinture anglaise s^est fixée e« une manière reconnaissable entre toutes, malgré les subdivisions des genres, les <ii£Férences de personnalités, les nuances d'exécution. Les causes de cette autonomie ont été dites cent fois : isolement, sentiment de la race, physionomie très spéciale des villes, des champs, des habitants, puis cuisine de peinture dont les recettes se sont trans* mises, etc. Mais j'ai surtout à dire ici quelles œuvres contient la section anglaise à l'Exposition de içoo.
D'ailleurs, voici Tune de ces œuvres, de feu sir Jtxhn MiUais, qui renseigne i sou-hait sur la tournure d'esprit et sur la formule d'art qui triomphent die Vautre eôM de la Manche. C'est un tableau qui a cç
titre significatif : le Bleu charmant de la petite Véronique^ et c'est une petite fille qui tient à la main des fleurettes bleues. Il est impossible de mettre l'enseigne sentimentale mieux en évidence, et il est impossible aussi de peindre de façon plus maniérée et plus sèche. On trouvera beaucoup de toiles de ce genre dans la section anglaise, et je ne puis résister à mettre celleci, par exemple, auprès de celle de Millais : la Bonne amie du marin ^ de M. Marcus Stone, une jeune fille accoudée à un bal-* con, regardant devant elle, vaguement et douloureusement, pendant que ses parents l'observent : elle tient aussi à la main, naturellement, des petites fleurs bleues. Il est de sir John Millais un portrait d'homme : Mr John Hare^ et un paysage : le Vieux jardin^ qui n'affichent pas d'intentions comme les œuvres qui viennent d'être dites»
mais qui sont, le paysage surtout, d'une peinture prudente et appauvrie. Après cela, peut-être sommes-nous en présence d'œuvres de déclin, sur lesquelles il ne faut pas bâtir un jugement définitif. De même
pour lord Leighton, dont nous voyonâ des œuvres fort inégales. De même pour M. Watts, peu visible dans ses portraits singulièrement hésitants, aux mélanges de couleurs aigres et fades. Sir Edward Burne Jones, décédé comme lord Leighton, comme sir John Millals, est représenté plus exactement par deux toiles : le Rêve de Lancelot et les Chasses de Cupidon^ et par une série de dessins, toutes œuvres devant lesquelles je garde l'opinion faite l'an der- » nier à Londres, lors de l'exposition d'ensemble de Régent street : un tel art a pu exciter aux développements littéraires, il n'en est pas moins de science menue et froide, de formes apprises, d'agencements pénibles, c'est Un art d'après l'art et non d'après la vie.
Nous tombons néanmoins dans des pratiques plus appliquées encore, tout à fait minutieuses, et pour quels objets indifférents I avec les toiles célèbres de M. Âlma- Tadema, qui m'avait semblé autrefois plus fin harmoniste. Son Printemps^ son Baiser sont de pures mosaïques de tons. M. E. J.
Poynter l'égale en durcissement et en monotonie avec la Danseuse et Sur le seuil du iemple.
Ces remarques indispensables ne préju* gent pas la valeur des artistes de la Grande- Bretagne, et j'ai hâte, même dans le genre où Fon voit apparaître les intentions sentimentales et dramatiques, de citer des peintres qui montrent, par des œuvres charmantes, leur délicate compréhension des formes équilibrées et des valeurs colorées : ainsi, M. Frank Brangwyn, avec le Marché de Bushire; ainsi, M. J. H. Lorîmer, avec Au dernier moment, une mariée hésitante que deux fillettes regardent curieusement, mais il y a ici plus qu'une anecdote, il y a une expression douloureuse; ainsi, M. William Rothenstein, avec la Maison de poupées; ainsi, M. Mortimer Mempes, le Dix-huitième Siècle, et M. Byam Shaw, Où? Et M. J. M- Swan est encore un peintre tout à fait délicieux . cherchez ses Ours blancs à la nage, admirez le paysage de glace, et comment les lourdes bêtes filent légèrement, d'uneallure
immobile de poissons, au fil de TeaUt si pure, si froide.
Il est un très beau portrait de M. Orchardson, c'est celui de sir Walter Gilbey, baronet, une physionomie expressive, une irrégularité spirituelle qu'il est impossible d'appeler de la laideur, un regard d'une acuité étonnante, un monocle, un soupçon de moustache. De M. John Lavery, j'aime la Dame en noir^ et de M. Charles Shannon, l'Homme à la chemise noire. De bons portraits aussi sont -ceux de MM. Herkomer, W. E. Lockart, W. Onless, Hugh Glaze-* brook. Celui qui a été peint par M. George Reid arrête au passage : c'est un homme coiffé d'une calotte noire, l'air inquiet, ^^ feu M. Mitchell, professeur en divinité II
Parmi les paysages, il en est de très détaillés, presque puérils, comme ceux de M. G. D. Leslie : Un Village dans les Cols-wolds: de M. B. W. Leader : Une Route inondée. Pour tout dire, il y a déperdition dans le genre, si l'on songe aux beaux jours de Constable, de Gainsborough, de Turner. Toutefois, voici des pages qui té^
moignent de vision juste, qui doûnent à contempler de beaux espaces, des drames de fumées, des féeries de lumière : Espoir de mai^ de M. J. W. North; V Avenue^ de M. D. J. Cameron; Y Avenue dans les marais^ de M. Adrien Stokes; Éclat du soir (Dordrecht), de M. Moffat Lindner; le Re-
tour des bateaux pêcheurs^ de M. Henry Moore; le Travail de la journée^ de M. W.