L- Wylie; la Côte d'Azur, de M. E. A
Waterlow.
§ XVm. — BTATS-UKIS
Les paysages, les scènes d'intérieur, les portraits peuvent nous donner, à chaque nouvelle section que nous parcourons, la sensation d'un art différent du nôtre, et vraiment nous n'avons pas à demander davantage. Les pratiques de la peinture sont maintenant partout les mêmes, et nous allons voir tout à l'heure que nombre d'artistes japonais quittent leurs pinceaux pour nos brosses et préfèrent aux délicats lavis d'autrefois les empâtements des couleurs à l'huile. Comment les Américains,
Sftfits passé historique, sans traditions d'art, isiés de ^agglomération de tant de forces é|>arse^ très enclins au voyage et à la YÎe cosmopolite, comment les Américains se présenteraient-ils avec un art complet et homogène, formé par des moeurs d'habitude, par une longue existence tour à tour active et réfléchie ? Cela est bien impossible.
Leur art| pourtant, est bien américain, puisqu'il reflète leur caractère, leurs allures, leur manière d'être vis*à-vis des traditions acquises de notre côté de l'Atlantique. On trouvera chez eux une prompte assimilation. Tous sont élèves de nos peintres en renom, de ceux qui occupent des situations officielles, qui inspectent les travaux d'un atelier. Mais ils ne s'en tiennent pas là, ils connaissent très bien les forces libres qui existent en dehors de l'Institut, et ils font de toutes ces influences subies un mélange où se reconnaissent au passage les poncifs d'école, les modes d'un )our, les aiEGrmations valables de puisfifintes personnalités. Cela donne
pa peintres américains» lorsqu'ils exposent, par exemple, parmi nos peintres de la Société des Artistes français, un air trie décidé, très crâne, sous lequel il y a sou**vent une virtuosité rapidement apprise.
On les préférerait plus enfermés chez eux, plus studieux sur place. Tout de même* il est bien difficile de les empêcher de voya* ger, et il semble, & la conclusiQn« qu'ils aient assez hâte de retourner chee eux avec leur science acquise et de reproduire les aspects caractéristiques de l'immense et vivant pays créé d'hier «t qui tient déjà une si grande place dans le monde*
Il est bien possible, d'ailleurs, — qaie dis-je?— il est infiniment probable qu'il se fera en Amérique un art imprévu, curieux, peut*ètre émouvant, quoi <^'on en dise, à l'image de cette civilisation particulière. Si nous en croyons les récits des voyageurs, une architecture n'est^^elle pas en train dt s'affirmer lâ^as } et n'«n dè* coulera-t-il pas, tout naturellement, uae sculpture et une peinture } Qui vivra verra.
Pour h moment, vous trouv^^ez pn di^
lettantisme précis» .une Aînesse exceesivt, trn icertaia goût raffiné où il y a de nptre TÎeillfiâae fatiguée d'Europe. Vo»6 trouverez des paysagistes experts /eu une cuisine picturale où )les tqsùk sonjt gratinés ;ayç^ les jaunes. Tel M. George Inness, qui ireprésûO^.Un jimr ensoleillé ^automne, leMarat> du pioulin^ Jie Soleil couvert de.nuçtgjes^ savants amalgames des verdures, et de T^^tmosphère b^iOiuillée de l'automne. Tel iM* Homer Martin, qui embrume, rissqle et cuit, lui aussi, les ciels bleus, les vierdures rouges et dorées de Newpori Neck^ de Westchesier HiUs^ ,des Adiron4^ch$. Tels encore M. Henny W. Ranger, avec son paysage de Becky Coies Hills; M. Henry G.
Dearth, avec VAudomne. Il y a toute une série de ces jeu^ atmosphériques, exprimés avec des nuances différentes, mais avec une même habileté de main, dans la Vallée ensoleillée y de M. A. H. Wyant; Clair de lune, de M. Robert C.Minor; Mer et pluie, de M. George H.Bogert; Nuages audessus de Veau, de M. Charles H. Davis; Nuit c^'ëM, .de M. ^Wina^Qw lipgier;
Ftux au soleil^ de M. Alexandre Harrison.
Quelques-uns seulement des artistes exposants s'attachent & reproduire des paysages de villes, les spectacles si étonnants de décors, si beaux de mouvement que l'on devine à travers les études dn Pont de Brooklyn, de M. Henry W. Ranger ; des Grands escaliers^ de M. Henry H.
Muhrman ; du Jour de neige dans Fifth avenue^ de M. Childe Hassam; de la Construction d^une maison de vingt étages, de M. Homer Lee.
S'il y a peu de ces études, il y a, en revanche, beaucoup de notes de voyages et de séjours. La Bretagne est surtout très visitée, par M. Sergeant Kendall, M. Johnston Humphreys, M. Eugène Vail, lequel, je crois, est né en Bretagne, et dont j'ai déjà loué les figures robustes, de juste sentiment. Après la Bretagne, la Hollande de M. Walter Mac Ewen, la Chine de M. Robert Blum. Puis, une Maternité, des Tisserands, de M. Walter Gay, d'un . talent souple et preste. ^
Ceci nous mène au Portrait, où nous
trouvons d'excellentes toiles, sobres, fines, de MM. William M. Chase, Francis Lathrop, Charles Sprague Pearce, Alfred H.
Maurer, où nous retrouvons MM. Walter Mac-Ewen, J. Johnston Humphreys. Un portrait de la grande-duchesse de Mecklembourg est exécuté d'une manière nette, déçidée,par M.W. Dannat. UnProfesseur d'escrime^ et le portrait d'une sorte de « gentleman farmer » vu à l'un de nos derniers Salons, représentent l'énergique talent de M. Gari Melchers. D'une manière souple, soucieuse du rendu, de l'éclat des étoffes, il y a des portraits de femmes, de fillettes, de M" Cecilia Beaux, de M. John Sargent, et celui-ci expose aussi un portrait d'homme intéressant par l'expression fine, légèrement gouailleuse. De M. John W. Alexander, qui expose trois toiles, il faut louer l'effort différent qui lui fait grouper les figures de l'Automne en une sorte de composition pour une tapisserie, qui lui fait représenter Rodin tenant une statuette à la main, en une attitude très véridique, qui lui fait concevoir ce beau
tabteau de U Mère^ d'une si ^rsmde douceur de forme, d'une si déjliçate harmonie, d'une si vive tendresse.
Il est enfin, dans Ja section américaine, uo grand artiste qui a «eu l'influence la plus étendue et la plus profonde non seulement sur le nouveau monde, mais aussi sur l'ancien, Jaimes Mac Neil Whistjer, peintre égal aux plus savants, poète admirable de la vie spirituelle, étrange, my^érieux, distin^ué^ à ia façoii d.e Velasqyi^ et d'Edgar Poe. Je choisis exprés <:es dei^x noms pouf essayer de d^nir la personnalité raffinée et unique de l'auteur de cçtt.e œuvre délicieuse, la jeune femme à l'év^o^ tail japonais — de ce portrait de lui-mèn^, vague tout d'abord comme une apparition, et si saisissant, si réel, — ^ de cette femme vêtue de noir et de gris,. vue de dos, le profil du visage montré, de forme puissante .comme d'une statue antique, de visage moderne, et qui restera dans le so|avenir comme un admirable, un inoubliable c.bef-d'çeuvre.