XIX. — JAPON
Cette revue des écoles de la peinture étrangère s'achèvera au Japon, avec un regret. Il y a désormais une division dans l'école au passé si glorieux. Les uns, parmi les peintres de Tokio et de Kioto, continuent la tradition héritée des ancêtres, exposent les peintures spr «oie qui reproduisent, d'un dessin sommaire et juste, les aspects de la nature, les paysages, les animaux, les scènes de la vie sociale.
Les autres, de même qu'ils s'habillent à l'européenne et qu^ils adoptent les cou->tumes européennes, entreprennent aussi de fonder une école de peinture européenne. Il ne pouvait en être autrement.
Voici donc des Etudes de femmes^ de M. Seiki Kuroda, comme il peut en être îaXt ici, à l'Ecole des Beaux- Arts. Voici des paysages, très étudiés, de MM. Sakutaro Nakamura, Roghétsu Nàgakawa, Hiroshi Yoshida, d'autres paysages en fines aqua- MlHes de M» Katsumi Miyaké. Voici un
vieux Dresseur de singes^ qui est un portrait fort appliqué de M. Horiu Goséda. Et, sans doute, il y a des dons d'observation aiguë, de vision juste dans certaines de ces productions imitées de l'Occident. Mais combien d'autres, aussi, sont puériles, gauches, désillusionnantes ! On préfère, alors, retourner aux peintures sur soie qui conti* nuent tout bonnement l'art d'autrefois et qui nous présentent des paysages bien écrits, en quelques traits, par MM. Tanrei Araki, Guiokusho Kawabata, KihoMutobé, Bunkio Nomura« ShunkioYamamoto, Keinen Imao, Kokio Taniguti, Guiokuyen Takahashi. M"* Shohin Nogusi, etc. Ce sont les vallées profondes, les sommets apparus au-dessus dès forêts, le vent et la pluie fouettant des cimes d'arbres, tous les spectacles familiers aux admirateurs des peintures et des estampes japonaises. Il y a des Siftf^es^ de M. Kimpo Motizuki; des Canards sauvages^ de M. Guiokusen Motizuki; des Moineaux dans la neige ^ de M. Seihô Takéno-Outi, — il y a des silhouettes de femmes de MM. Tanri Murata,
Sliiîen Murata, — il y a une réunioû de Fidèles écoutant le sermon^ de M. Taïkwaû Yokoyama, qui témoignent d'un talent agile à continuer les œuvres du passé.
Mais quoi? la situation des artistes du Nippon est tout à fait difficile s'il leur est demandé à la fois de ne pas nous emprun* ter nos pratiques et de ne pas continuer leur tradition par des patiches. En somme, pendant treize ou quatorze siècles, depuis la révélation de Tart chinois, l'art japonais s'est incessamment renouvelé, a produit des artistes différents et admirables « avec les mêmes moyens de dessin, de coloration, de composition. Pourquoi les artistes d'aujourd'hui ne continueraient-ils pas ainsi ?
C'est par la nature seule qu'ils peuvent se maintenir et se renouveler. La question, dira-t*on, est de savoir si l'activité des Japonais n'est pas orientée vers d'autres objets que l'art. A cela on peut répondre que toute la nation fût-elle tournée vera l'industrie et vers la guerre, s'il y a chez elle des artistes, ils feront leur œuvre, malgré tout et contre tout.