‹ La vie artistique (volume 4)Chapitre 12 sur 27 · II. — PUVIS DB GHAVÀNNBS · texte numérisé non relu

II. — PUVIS DB GHAVÀNNBS

Puvis de Chavannes poursuit son œuvre avec une sérénité de pensée et une intrépi-^ dite de travail extraordinaires. C*est de lui que Voti peut dire que sa découverte s'ac* croît sans cesse, découverte du nK>nde des formes .et des idées, découverte du monde intérieur qui se crée et s'augmente à l'infini cheg l'individu pensant..

Chaque année, il y a une surprise; et cha* cun, devant les œuvres nouvelles de Puvis de ChavânneS) va se récriant que jamais le grand artiste n'a été si fort, si équilibré, si harmonieux. C'est la vérité, chaque fois, et particulièrement cette année, avec une évidence absolue.

. X'an dernier,, apparaissait le panneau destiné à l'escalier qui conduit k la bibliothèque de Boston : Les Muses inspiratrices accla^

mont le Génies messager dé lumière. Nous avons tous encore en nous la jeune et éclatante beauté du paysage, Tascension des figures, la pure lumière. L'œuvre de cette année continue et complète Fœuvre de Tan dernier. Puvis de Chavannes est allé aux grandes manifestations générales de la pensée humaine, et à trois grands poètes qui représentent des directions de pensée à jamais tracées :

L'Astronomie (les bergers chaldéens observent la marche des Planètes) ;

L'Histoire (l'histoire évoque le passé);

Virgile (poésie bucolique) ;

Eschyle (poésie dramatique : Eschyle et les Océanides) ;

Homère couronné par V Iliade et l' Odyssée.

Dans ces cinq panneaux la volonté du peintre fait servir, avec une décision admirable, toutes les beautés de nature observées à l'expression d'une idée supérieure d'humanité. Cela, sans vains et obscurs symboles, par l'apparition du réel magnifié, par la simplicité de la vie réellement comprise, profondément pénétrée.

,. C'est Texaltation de rhumanité qui fait le haut prix de cette suite d*idées visibles. Je vois le commencement de la démonstratiçç dans ryl^/ro;iomt>; les bergers chaldéens observant la marche des planètes». le premier grand éveil de l'esprit devant l'espace y la vaste nuit clarifiée par la lumière des astrest« rhomme debout interrogeant ces figure^ scintillantes aux mouvements rythniiquesi, et cette touchante manifestation de Tinstinct, exprimée par la douce femelle qui sort à demi de la butte et qui vient, elle aussi, s'imprégner de la douceur, du mystère de la clarté nouvelle qui se fait au dehors.

Après, c'est Virgile, Eschyle et les OGéanides, Homère couronné par P Iliade et r Odyssée : l'observation tendre et émue des phénomènes de la nature, — la lutte de l'homme contre les dieux, — l'esprit de conquête se manifestant par la lutte de l'homme contre l'homme, contre les éléments, contre le destin.

L'œuvre de Puvis exprime ces grandes aventures avec une douceiur et une force singulière3, par des apparitions d'existence

surprises à leur place d'habitude : Virgile an promenade à travers le jardin fleuri, le champ cultivé, au long du ruisseau, tout proche les ruches des abeilles, -^ Eschyle dfi^ bord de la mer^ le visage résolu et ie corps robuste et souple d'un guerrier, — Homère, vieillard au repos à sa place d'abri tiède, contre le grand rocher tout pénétré de soleil. Aucune suiprise à voir le laurier de Virgile, les Océanides et Prométhée, aucune surprise à voir s'avancer vers • Hofnère TUiade et l'Odyssée, Les figures j^êvées deviennent réelles dans ks beaux paysages emplis 4e lumière et de chaleur, les Océanides ont le même mouvement d'ascension que la vague, et les œuvres d'Homère «ont des filles réelles de la Grèce. Tout est enveloppé de la même vibration, d'un mouvement de lumière nouveau dans Tœuvre de Puvis de Chavannes, qui vient tout animer d'un léger frisson inattendu.

Enfin, V Histoire clôt la série, l'Histoire évoque le Passé, découvre le fronton d'un temple sous la verdufje, sous 1^ terre, sous

les roches. La vie dispailie revient au jour avec les pierres sculptées par rhoitime, toute une immense crypté va s'ouvrir, et la pèn^e enfouie se révéler à la recherfehe. Là, PuWs est monté à un sommet de Taft. Je ne silîs rien de plus émouvant que cette apparition grave du temple caché, recouvert par l'agglomération des choses, le haussemeïit du sol, la végétation de l'herbe, die Tarbustè 'et de Marbre. Scellé par le roc pesant et parles racines noueuses, il était delscendu au tombeau, et voici* l'Histoire, c'est-à-dire l'humanité nouvelle accompagnée par fe génie pottant la torche, qui vient délivrer ce ^èsé mort, lui rendre la vie, lui dehiandér ïé'*sécret, renouer le drame. : m f

Le Salon du Chanrip-<!e-Màré , pàf ces dSriq panneaux, se date àatis l'histoire dé l'art. S'il y a une opinion et urt enthousiasme, la foule viendra vers cette œuvre en pèlerinage; demander à celui* qui a pensé potïr elle, le secret et la gloire de la vie. Il h*é$t pas possible que le passant, accoudé ici, envahi de mélancolie, dé sérénité et de grandeur, par la beauté qui se dégagé id'd ces

images, ne s'en retourne pas à It fois joyeux et grave de sa contemplation. Il gardera cornm^ le souvenir d'un immense voyage :

il reverra les cinq magnifiques paysages,— iil évoquera les bergers de Chaldée debout dans la nuit claire criblée d^étoiles, — ii songera à Virgile, debout auprès du laurier, visiteur des ruches, poète paisible hanté de grandes pensées, — à Eschyle pour qui la poésie dramatique est le prolongement de Faction, évocateur de Prométhée vaincu rér sistant aux dieux vainqueurs, — à Homère; aveugle errant à l'aube de la Grèce héroïque, couronné par sa fille guerrière et légendaire et par sa fille laborieuse et civilisée, Tlliade et rOdyssée, — et ce passant, enfin, achè^ vera de prendre conscience du temps, du passé et de l'avenir, s'il garde en lui ce beau et clair symbole de l'Histoire découvrant la ruine, le temple, la vie tombée à l'oubli sous les pierres, la terre et le feuillage re^ nouvelé.

Mais il est une démonstration qui me semble s'imposer : celle ,de la signification

de Tœuvre d'art par rapport à la foulej^Mi vient la contempler. Les cinq panneaux d^ Pavis de Chavannes se prêtent tout naturellement à cet examen, mieux. que toutes les oeuvres de peinture environnjBtntes, et la raison qui en sera donnée nous mène tout de suite au cœur du sujet.

Il en est, en effet, de cette œuvre comn^e de toutes les grandes œuvr€;;s : elles est accessible à tous. Aucune hésitation n'est possible si Ton regarde et si Ton voit. Ici, plus que jamais, voir c'est comprendre^ et je ne crois pas que Tenthousiasme poqr telle autre œuvre, de pure mode, puisse s'égaler à l'unanimité de cette compréhension. Songez, par exemple, à la fois» à da Décoration pour la Bibliothèque de la vîUe de Boston, de M. Puvis de Chavannes, et à la Cèwe, deM. Dagnan-Bouveret. Il est probable que le rapprochement sera fait par nombre de visiteurs, frappés de la dimension des peintures et de l'importance d^ sujets.

Que ce rapprochement soit donc accepté, non pour le vain plaisir d'une comparaison

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et d'une op|>os!tion trop faciles entre les delûx peintres, mais avec le seul souci d^'exa^ niîiner deux œuvres de significations différentes, contraires. Supposons que ni M. Puvis de Cha vannes, ni M. Dagnan-Bouveret n'existent, que nous nous trouvons en présence de deux productions anonymes. C'est un effort d'esprit à faire, et qui n'est nullement impossible.

Immédiatement, dans les panneaux pour la Bibliothèque de Boston, nous apercevons des images simplifiées, résumés de l'exis^ tente de l'humanité. Il y a bien des personnages qui Ottt des noms et qui peuvent appiaraître comme des portraits, mais, en même temps, voici unefemme qui est l'Histoire, et en voici deux autres, qui sont riliade et l'Odyssée. Pourtant, l'artiste qui lès a repréisentées n'a fait aucun effort pour étt faire des apparitions extraordinaires, de celles c(ui font dire : « Que se passe-t-il ? Quel Ôh^ étrange tombe du ciel, de la lune î Pourquoi cet ange, ou ce monstre ? ces ailes ? cette lumière ? »

Rien de tout cela. L'Histoire et le Génie

qui l'accompagne, Tlliade et TOdyssée ne sont en rien différenciés des autres personnages. Tous participent à la même vie, ce sont des types d^humanité imaginés par un homme, et imaginés à la suite de longues observations du réel, de longues rêveries sur , les choses vues. Ils marchent sur le sol commun, ils respirent dans Tatmosphère où respirent tous les autres êtres, ils sont éclairés par la même lumière. Voilà déjà qui nous met en communication avec eux.

Nous nous sentons en sécurité du fait de cet artiste qui se déclare hostile aux combinaisons fantastiques, aux inventions stupé* fiantes. Il nous rend son œuvre intime et chère par cela même qu'elle s^apnonce comme devant nous raconter la beauté de la vie que nous vivons.

^Astronomie doit être personnifiée devant nous. Il est certain qu'un inventeur breveté de phénomènes extraordinaires voudrait faire apparaître dans le ciel un spec'*> tacle comme jamais œil humain n'a pu en contempler. Quel spectacle ? Nous ne savons»

mais notre inventeurnon plus ne le sait pas.

et il s*échauifera à la production de figures baroques , faites, de morceaux de réalité, ajoutées bout à bout désespérément. On ne sait quels larves viendront traîner dans les nuées, quelles chimères prendront leur vol et viendront japper autour des astres en ouvrant une terrifiante gueule de carton d*oii sortira une langue de drap rouge. Sur la terre, pour contempler ce spectacle, il n'y aura pas dans toute la Chaldée de mages assez mages qui méritent d'être évoqués.

Ici, rien de tout cela. C'est l'aspect du ciel et c'est Taspect de la terre, c'est une belle nuit claire qui permet de voir jusqu'au lointain de l'horizon et jusqu'aux profondeurs de. l'air. Dans ce ciel fluide, tout envahi de légère clarté, scintillent les astres, ceux que nous pouvons voir chaque soir et chaque nuit, ceux dont nous pouvons suivre te mouvement régulier, la lente montée, l'apogée et la disparition. Ils sont visibles, reconnaissables, leurs figures géo-* métriques sont dessinées dans l'espace, de la même manière immuable que connaît l'hoomie depuis qu'il a levé sa face vers

les constellations. Ceux qui les regardent n*ont revêtu aucun costume symbolique, ne dégagent aucune clarté spéciale. La lumière universelle qui les baigne suffit pour les faire apparaître curieux, attentifs; émud, devant la splendeur de l'univers inconnu.

Et la femme qui sort à demi de la cahute, qui se traîne sur le sol, exprime comme eux, d'une humble et touchante vérité, le surgissement de Tétre, sa lente approche vers la certitude.

Continuez Texamen. Voici Homère, légendaire, solennisé d'habitude par le pédantisme, changé en vieux modèle sublime pour TEcole des Beaux-Arts. Ici, c'est un vieillard qui se chauffe au soleil, au bord de la mer tiède. Il vient sûrement là tous les jours, à Tabri de cette grande roche dont le sommet vibre dans la lumière du soleil.

Deux femmes sont debout devant lui, deux femmes qui semblent ses filles, sveltes, robustes, vêtues des étoffes du pays. Elles sont pourtant des créatures cérébrales. Tune est r Iliade et l'autre est l'Odyssée. La première est la colère d'hier, la guerre au re-

pos, Tautre est la prudence industrieuse et brave.

Celui-ci, Eschyle, soldat de Marathon, de Salamine, de Platée, a changé de rôle, est devenu un poète tragique après avoir été un homme d'action. Il agit encore, et plus longuement et plus profondément : il écrit.

Son génie a évoqué Prométhée, le génie humain vaincu par Jupiter, et qui, plus tard, vaincra les dieux. C'est ce héros vaincu qu'il contemple, c'est vers lui qu'il regarde les Océanides s'élever en une sûre ascension : « Ahl.ahl dit Prométhée, n'entendsje pas encore, tout ici près, comme des oiseaux qui volent ? L'air siffle doucement sous les battements légers de leurs ailes. A tout ce qui m'approche, je ne puis que trembler. » Les Océanides paraissent, et le chœur dit ces mots : « Rassure-toi, tu vois une troupe amie; elle a volé, grâce à l'effort d'ailes rapides, jusqu'à ce haut sommet. Il a fallu vaincre la résistance d'un père. Enfin, je suis venue, portée par les vents impétueux. L'écho de l'airain, frappé par le marteau, avait pénétré au fond de nos antres:

j'ai chassé une pudeur trop craintive et, sans prendre le temps de mettre ma chaussure, je me suis élancée vers toi dans ce char ailé. »

Vous les entendez? Voyez-lés, maintenant, sur ce panneau, et ces Océanides se révéleront k vous aussi naturellement que Teau de la mer, que les rochers, qUe le pensif Eschyle.

Ouvrez maintenant les GéorgiqueSy au livre IV :

« Avant tout, il faut chercher pour les abeilles un séjour et une habitatîôn inaccessibles aux vents (car les vents les empêchent de porter leur butin à la ruthe), où ni les brebis ni les chevreaux pétulants ne bondissent sur les fleurs; où là génisse, errant dans la plaine, ne vienne point secouer la rosée et fouler Therbe naissante.

Loin des ruches onctueuses, et le lézard au dos rugueux et tacheté, et les mésanges, et, entre autres oiseaux, Progné, qui porte sur sa poitrine l'empreinte de ses mains sanglantes. Car ceis animaux sèment partout la mort et saisissent isiù vol Tabèille

elle-même, douce pâture pour leur barbare couvée.

» Choisissons des sources limpides, des étangs bordés d'une mousse verdoyante, un petit ruisseau serpentant à travers le gazon; et qu*un palmier ou un grand olivier sauvage couvre de son ombre l'entrée de leur demeure: ainsi, lorsqu'au printemps, leur saison favorite, les nouveaux rois sortiront pour la première fois à la tête des essaims, et que les jeunes abeilles s'abattront hors des rayons, la rive voisine les invitera à respirer le frais; et l'arbre, s'offrant à leurs yeux, les retiendra sous son feuillage hospitalier. Au milieu 4e l'eau, soit qu'elle dorme ou qu'elle coule, jette en travers des branches de «aule et de grosses pierres, comme autant de ponts où elles puissent se poser et déployer leurs ailes au soleil d'été, si, travailleuses attardées, elles ont été mouillées par la pluie ou précipitées dans le flots par le souffle impétueux de l'Eurus. Que, près de là, fleurissent le vert garou, le serpolet qu'on sent de loin, des bouquets de sarriette à l'odeur

forte; et que des plants de violettes s'abreuvent dans Teau courante... »

C'est tout le livre qu'il faudrait lire, mais le voici, bien reconnaiissable : Virgile errant dans la campagne et regardant les ruches, paysan en promenade, poète cherchant, lui aussi, son butin parmi toutes choses.

Parmi tout cela, il n'y a pas trace d'invention, au sens donné à ce mot hors de toute réalité. Que voyons-nous maintenant, si nous regardons un tableau comme la Cènêy de M. Dagnan-Bouveret?

Jésus*Christ et ses douze apôtres, de grandeur naturelle, prennent le dernier r^as dans une immense salle voûtée. J'entends louer la volonté de l'artiste, s'étonner des dimensions, admirer comment le procédé de la peinture de genre peut s'attaquer à ce grand sujet. C'est en effet tout à fait surprenant, si l'on veut, d'apporter une telle manière en aide aune telle conception.

Mais il faut bien laisser de côté toutes ces considérations d'application, de vouloir, d'ambition, et en arriver à la pensée elle-

même et à la mam'ère dentelle est réalisée.

Tout de suite, au premier fispect, Terreur manifeste apparaît. M. Dagnan-Bouveret a voulu trop prouver. Il n*a pas essayé de se représenter la réalité de Tévénement, la réunion de ces hommes autour de leur Maître; lia voulu, délibérément, être sublime, plaider la divinité du Christ, peindre le miracle. Forcément, le surnaturel lui échappe,, comme il a échappé à M. James Tissotl Tous ceux qui ont rêvé la beauté de ces grands épisodes de Thistoire l'ont exprimée humainenient, l'art de Vinci et de Rembrandt, l'art de tous les temps, est là pour le prouver. Et voici M. Dagnan-Bouveret qui «'applique à reproduire avec vérité leâ visages, les attitudes, qui les reproduit, '^^i efiPet, d'une vérité assez ordinaire,^* et. cmi prétend inonder tout cela d'une luniière surnaturelle, divine. Je vois du jaune, et rien de plus. Je vois que le Christ est le centre empâté de ce jaune, et qu'il y a des reflets de sa robe sur les visages et sur les choses. Toute la réalité émouvante qui aurait pu exister s'en va dans un tel arti-

fice, et il reste un Christ à visage dénué de YÎe, et des personnages autour d'une table.

A ne pas vouloir tiù à ne pas pouToii! aborder son sujet par l'intuition vraie,, à no pas ravoir recréé de toutsoii effort; tel qu^'il a pu se produire, M. Dagnan*-Bouveret reste en chemin dans Timpuissance à exprimer td rêve d'irréel, et il aboutit à une vérité infén rieure et au résultat négatif de Tabsencd d^expression.

Au contraire de Puvis de. Chavannes^ l'artiste^ ici v n'a pas voulu se contenta: des éléments que lui donnait l'existence. Il ai voulu le Christ, non tel .qu'il fut,, mais, tel que le veulent ausi^ les croyants^ c< est-à4 dire homme, puisqu'iir le fautbien^ mais tout de même hors de l'humanité. Ahlsi l'on trouvait le moyen de lui donner un visage où il n'y ait pas des yeux , un nez, une bouche, des oreilles» une barbe»

comme aux visages du commun des mort tels ! Si l'on pouvait l'animer d'une exprès* sion complètement inédite !

Partant de là, pour lui donner de grands yeux, on lui donne des yeux trop ^rands^

on enlève toute vie et toute expression* à sa physionomie, on ne cherche pas à le faire apparaître réel dans la lumièlre, on fait de lui un centre de lumière, un foyer dont la clarté va se répercutant sur tous les personnages. Mais cette lumière est de la couleur, le tableau en est éclaboussé, et ce dernier repas, si émouvant, à la condition qu'il soit vrai et qu'il révèle le dramatique humain, le voilà changé en une scène théâtrale artificiellement éclairée,'oti le maître joue un grand premier rôle, se lève comme s'il portait un toast, où les disciples, cahin-caha, lui font une HgureL-^ tion. Une signification générale ne domine pas la précision des détails, les personnages restent séparés, l'inventaire exact n'a pu arriver à l'expression .

Effort vers la grande peinture, effort respectable, sans aucun doute, mais qui avorte^ Un dessein trop ambitieux s'exhibe et nous laisse à rêver la simple vérité méconnue.

Ce Salon de 1896, logiquement abordé par l'œuvre de Puvisde Chavannes, réserve

encore une surprise aux admirateurs de^ l'artiste. Toute la salle qui s'ouvre derrière les fresques pour la Bibliothèque de Boston,) est occupée^ sur ses quatre murailles, par une suite de dessins^ un ensemble de re-4 cherches et d'études. 1

C'est une existence d'observation, de rêverie, de raison, toutes les études inces^' santés par lesquelles Puvis de Ghavannes* est arrivé aux beaux épanouissements sim-^ plifiés. Il y a des croquis au crayon, à la plume, des pastels, des études scrupuleuses' où s'aperçoit la patience du dessinateur attentif, des panneaux équilibrés, beaux comme des tableaux : esquisses nourries de force, harmonieuses par l'équilibre des lignes, la concordance des mouvements, par la vérité de synthèse.

C'est là qu'il faut envoyer ceux qui ont quelque hésitation devant le dessin simplifié des grandes peintures, et qui en concluent un peu vite contre le savoir et la précision d'observation du peintre. Il doit être avéré, maintenant, qu'une belle oeuvre a pour dessous, ppur base, l'étude scrupuleuse et

contimie de la nature. C'est là une préparation qui' peut être, en effet, montrée, puisqu'elle aboutit aux pages complètes que Ton vient d'admirer. Ici, le dessin prend toute son importance, donne le point de départ de Tartiste, et la beauté se révèle dans les traits pris directement à la nature comme dans les figures définitives qui en sont les résumés fidèles.

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