V. — PAYSAGES DE CAZIN ET DE RAFKAELU
Cazin, qui expose, avec ses peintures, quelques dessins, nous devrait bien, un jour, une exposition aussi complète que possible de son œuvre de paysagiste, et des feuilles volantes où il a dû forcément inscrire les impressions de son existence de poésie et de raison. Parfois, devant certaines toiles, qui paraissent marquées de manière, trop vite consenties par l'artiste qu'il est, on est tenté de lui chercher noise, et j'ai eu, pour mon compte, de ces mouvements d'humeur, où il y a de l'admiration dépitée.
Mais Cazin sait bien ressaisir celui qui se^ rait tenté de lui résister, et son œuvre reste dans l'esprit comme l'œuvre d'un peintre de haute lignée, continuateur des paysagistes qui ont accompli l'œuvre du milieu de ce siècle, et il se présente, je crois bien, avec ce caractère particulier qu'il a su installer l'intimité dans l'espace.
Le pays qu'il a choisi, c'est le sien, le
pays du Nord de la France, la région des côtes occupées par les dunes, par les verdures pâles, p&r les maisons tassées sur le sol, abritées du vent par quelque monticule. On trouvera cette poésie particulière d'une contrée dans Texpositlon de cette année, qui laisse vraiment une impression de vie profonde. C'est un champ défendu par une barrière, — c'est un groupe de maisons à la cféte d'une basse colline, — ou la rue déserte d'un village, — ou le petit étang endormi dails' son entour de roseaux, sous le ciel nocturne, cette eau où se verse toute la poéisie claire dé la iîuit, — ou cette belle étendue désferté au bord de la mer : Ruines de f ancien port de r8o4 4 WimereuX}, les maisons abandonnées dans l'eau, dans le sable, ce qui reste du décor où vint avorter la pensée inquiète de Najpoléon. On ne saurait pas ce que cette dernière toile représente, quV)n n'en aurait pas moins une surprise de mélancolie devant cette mer triste, ces ruines, cette maiôoti tragique, avancée sur la mer en sentinelle farouche et inutile. C'est déjà un décor de drame, un
lieu de rencontre, où la Hier a vaincu rhomme, et voilà par surcroît que le nooi et la date viennent ajouter à cette apparence mystérieuse la solennelle mélancolie de l'histoire.
Après cela, presque devant chaque toile, il y a une surprise, une inquiétude de ce genre. Les maisons grises, dans ces terrains fauves, ont un visage de secret, une seconde apparence fermée et violente sous leur premier aspect de tranquillité et de douceur.
Elles semblent redouter un péril, se défendre contre quelque destin obscur. Rct gardez n'importe quel coin, cet arbre, ce champ, cçtte barque auprès de cette guérite, il y a un mystère et une menace autour dejs, choses. Cest, sembW-t-il, qu'elles ont été vues par uji esprit familier du lieu, pénétré de toutes les influences qui régnent 0t sévissent, c'est que, partout, l'atmosphère est présente, avec la menace du vent et le grand souffle humide de la mer. Partout se déploie .un ciel profond, humide,. complexe et un , tout traversé des mille feux et njuan^es d}x Siepitentrion. Qu'une lueur .un
peu vive vienne dorer et roser la terre, immédiatement une joie apparaît, Fhumblé maison se revêt somptueusement d'une lumière de fête, sous le fintiameritoù lés astres du soir viennent éclore comme des^eiirs.
Le paysage de Ga^in, sôus sa doirdeur blonde et harmonieuse, détient un art étonnamment nerveux et sensitif.
Tout différent d'allufes est Raffaêlli; qtii s'en va au travers de la foule de Paris, mêlé aux gens avec de semblables allures affairééé, et tout à coup badaudes; Il circule du même pas que les personnages renfcon très, il s'intéresse à leurs besognes, à leurs préoccupa^ tions, il suit lé& femmes, il s'amuse de Tapparition d*un tenfant. Et voilà que 'tout â coup il s'arrête devant quelque monunlent dotit la fa^de se déploie, dont la ^ché éurgit, et il' reste en contemplation devant la belle ' iitïmdbilité des pierres dressées en décor de fond à cette foulé passante.
Ainsi «ei définit pour lui la physionomie de la grande ville qu'il veut exprimer. Tout un passé lentement aggloméré par des siè-»
clés d'existence et d'effort, se résout en une solide bâtisse où des générations se sont usées, où les murs sont revêtus de la patine du temps déposée par parcelles. En avant, à côté, autour, des maisons plus fragiles, marquées plus vite des signes de la vétusté, disent des périodes plus courtes, Tusure plus précoce, la rapide installation de nouveaux venus, qui vont s'en aller. Et, enfin, passe le fleuve humain, plus rapide, plus fugitif encore, que ces maisons couleur de plâtre, si frêles. Les êtres vont et viennent, se suivent, se croisent, d'un mouvement machinal. Ils sortent d'une coulisse, ils vont rentrer dans une autre, et il en viendra toujours, d'aussi agités, d'aussi rapides, apportant leur activité d'un instant à la même œuvre sans fin.
Raffaêlii a fort bien compris la multiplicité de ces images qui se complètent et forment la physionomie à la fois immobile et agitée d'une grande ville historique et vivante. Ainsi, la flèche menue, ciselée, de la Sainte-Chapelle, surgit au-dessus des maisons confondues, des quais, du pont, de la
place Saint-Michel, des arbres légers, des taches bougeantes des passants, et la. fine architecture pointée en plein ciel donne à mesurer le temps et à sonder l'espace. Ainsi, Notre-Dame, toute rose, toute dorée, toute .vibrante, crée un paysage de longue histoire, d'énorme labeur, au cœur de la Cité, au-dessus du fleuve en marche, parmi les humbles d'un jour. Ainsi, l'architecture ordonnée, raisonnable, des Invalides, barre la toile de sa belle maçonnerie équilibrée, s'installe en son savant appareil jblu fond de la place que traversent les vieux soldats en capotes bleues, les jeunes cuirassiers massés en un groupe brutal. .
Une parfaite intelligence des aspects, des rencontres, excelle à mettre en valeur. ces . significations d'existence civilisée. Déjà, au temps où il se terrait dans la banlieue, l'artiste s'intéressait à l'humanité qu'il regardait agir dans ses affûts de petites boutiques et sur les horizons de terrains vagues, et une malice fréquente se mêlait à son âpreté. Aujourd'hui, tout en voyant et en réfléchissant, il musarde, et il élabore, très tranquille-
ment, sans aucune mauvaise hâte, une œuvre charmante qui devient très aisément historique, à mesure qu'elle se fait, qu'elle se complète.
Pour mener à bien cette entreprise, Raffadli a imaginé une facture variée et rapide où il met de tout, où il se sert de tout : huile, crayon, grain de la toile. C'est très expressif, et significatif, précisément, du mouvement de la rue qu'il veut reproduire. Toutefois, je crois que le métier de peindre à des lois difficiles à enfreindre puisqu'elles sont pour assurer la solidité et la durée aux œuvres; je crois qu'une toile doit être couverte en son entier, que la matière colorée doit être profonde et mieux enclore ces effets de surgissements inattendus et cette agitation de silhouettes passantes.
§ Vî. — GROUPE DE PEINTRES
Après ces peintres, dont l'œuvre est définie, classée, sans préjudice de l'avenir.
j'avoue mon plaisir à inscrire tout de suite le nom d'un artiste déjà connu, mais qui me semble bien, cette fois, dévoiler sa personnalité et s'exprimer comme il ne Ta jamais fait. C'est de M. Lucien Simon et de son panneau décoratif : la Peinture^ que je veux parler.
L'artiste expose six toiles : deux délicats paysages, une vue du Luxembourg et une marine, — un bon Portrait deM...E,., S,.,, — une Rarahu qui a bien un charme de petit animal tout près d'être exprimé, mais qui est tout de même une figure conventionnelle d'école, — un Pardon de Tronoan- Laporariy intelligemment vu, sans doute, mais sans beauté d'ensemble, d'un coloriage disparate, d'un effet d'imagerie hésitant :
dans une telle voie, il faut aller jusqu'au bout. Mais qu'importe : M. Lucien Simon est l'auteur de ce panneau de la Peinture et cela suffit pour nous révéler son esprit et nous annoncer son avenir.
Ici encore, la critique pourra trouver à s'exercer, et je prévois qu'il pourra être reproché à M. L. Simon d'avoir laissé le
personnage du peintre hors de sa composition. Pour moi, ceci ne me déplaît pas, et même j'y vois une preuve de compréhension, non exhibée, mais fournie discrètement : le caractère de spectateur du peintre est ainsi très délibérément indiqué. Il est à son travail, il regarde et il peint, et, de cette manière, c'est bien un tableau qu'il a sous les yeux, c'est bien la Peinture qui est représentée, et non une scène factice d'atelier.
C'est ce tableau qui est délicieux, ce tableau que voit ce peintre à visage attentif, grave, et même triste. Dans l'ouverture d'une large fenêtre, devant le paysage d'un village, d'une grève, de la mer, se dresse un groupe de deux femmes et un enfant.
Tous trois tournent le dos à la lumière du dehors, mais sont très nettement éclairés par le reflet de la belle lumière entrée dans la chambre. Ils forment un groupe en action, et ce que j'en admire, c'est l'allure paisible de vie coutumière, l'aisance de mouvements, la beauté simple obtenue par un dessin qui est un dessin de
formes, par un coloris gris et tendre qui joue finement et progressivement sur les vêtements et les chairs, jusqu'à cet épanouissement de joli fruit des joues de Tenfant.
M. Lucien Simon, à son tour, parmi les inquiétudes de pensée et les gâchis d'intentions, vient prouver que la vie présente a sa beauté et son style, il se réclame d'un art d'observation et de raison, et c'est de cela qu'il doit être loué hautement.
Il me semble, d'ailleurs, cette année mieux que d'habitude, voir se former, au Salon même, un groupe studieux, abordant la vie délibérément, d'artistes jeunes, en pleine possession de leur activité, se dégageant lentement d'enseignements pesants, d'habitudes prises, et parvenant enfin aux routes sûres, Au premier rang, et depuis longtemps déjà, se place M. René Ménard, qui expose précisément un Portrait de M. Lucien Simon, aussi beau, aussi vivant, aussi réfléchi que le portrait de Louis Ménard d'il y a deux ans. De même, le jPortrait de M. Charles Cottet, un peu trop voulu
dans la manière des toiles du portraicturé, a une expression vivante et confiante. Et le paysagiste qui est en M. René Ménard se manifeste dans Homère ^ Crépuscule ^ le Mont Blanc y Ciel dorage. J'aime surtout le bateau tout petit, perdu sur l'immense mer, sous un ciel envahi de nues ; il y a là une grande sensation d'étendue, une grande beauté d'éléments, et une émotion naît à l'apparition du frêle navire.
Je rattacherais au même groupe M. Dinet, non pour son portrait de femme, mince, veule, ni pour son Othello, d'un romantisme sans conviction, mais pour son Orient qui se révèle vivant, exact, et tout imprégné d'une poésie de couleur et de lumière : les Danseuses de la tribu des Ouled-Naïlsj le Lendemain du Ramadhan^ les Bavards. Puis, nous revenons à Paris, avec une vue de la Seine et du Louvre, d'une peinture très charmante, de M. Léopold Stevens, qui dresse à côté en une effigie de belle tournure, en un dessin soHdement campé, le Portrait de Af*'"* Eugénie Buffet.
M. A. Besnard envoie un portrait de jeune
fille, très souple, d'une forme très déliée, et deux paysages : une Cascade d'une eau dense et bleue, et une Baignade dans le lac d'Annecy, où le paysage est d'une richesse, d'un éclat surprenants, sans préjudice de la forme vraiment majestueuse.
M. Aman-Jean évolue visiblement,détache ses personnages des fonds, où il les confondait, comme des figures de tapisserie, avec de vagues images du monde extérieur. Aujourd'hui, dans les œuvres délicates etfières, d'une réalité choisie, dans les quatre portraits : celui de Besnard, celui d'une femme blonde au doux profil, aux doigts fins, celui d'une femme au corsage lilas, à la chaîne d'or, celui d'une jeune fille à la charmante et loyale physionomie, les formes s'équilibrent, la vie monte aux visages, l'air commence à circuler doucement, la poésie de l'atmosphère pénètre les toiles, et le talent réservé, discret, de l'artiste, semble devoir gagner en force et en profondeur.
Chez M. de La Gandara, la pénétration de la réalité apparaît aussi davantage : les femmes qu'il peint ne sont plus seulement
des silhouettes costumées, la vie personnelle s'affirme.
Enfin, M. Jacques Blanche, tout en restant imprégné de la tradition de la peinture anglaise, voit de plus en plus le réel, dégage plus nettement la beauté des spectacles qu'il voit et sent si finement. Je ne voudrais pour preuves de son art que ces deux naturesmortes de Poissons où chaque touche est d'un peintre attentif à discerner les images des objets et à vouloir un effet général.
Mais il expose le Portrait de Af"*' J. E. B.^ le Portrait de M. Aubrey Beardsley^ tous deux fort beaux, et enfin le Portrait de M. Fritz Thaulojv et ses enfants^ qui signifie un très grand effort et marque une étape de conquête. Je ne comprends pas l'artifice, ou la singularité, de l'effet lumineux qui place tout le paysage, et jusqu'à la toile du peintre, dans l'ombre, et qui fait rayonner ainsi l'ensemble des personnages :
c'est le désaccord entre le milieu atmosphérique, gris, chargé, et les figures, cette figure de fillette, par exemple, si légère, si dorée, aérienne. Mais ces personnages constituent
un très beau tableau, d'une saine virtuosité, d'une franchise de peinture que M. Blanche n'avait pas encore connues à ce point. La petite fille, blonde, blanche et rose, est une des plus exquises, des plus légères apparitions qui aient été évoquées, de la jeune chair dans la lumière.
Je n'ai guère d'observations à présenter sur les envois de M. Carolus Duran, par exemple, qui s'est évidemment arrêté de travailler depuis longtemps, malgré qu'il envoie chaque année, au Salon, un grand nombre de portraits voyants comme des affiches.
Il expose imprudemment une étude faite à Venise en i863, une autre, d'un champ de bataille de 1870, préférables aux toiles criardes d'aujourd'hui.
Le groupe issu de Bastien-Lepage continue d'opérer très photographiquement, de M. Priant à M. Muenier, et à M. Picard, qui introduit des intentions d'étrangeté dans ses travaux méticuleux. Enfin, les adeptes du préraphaélisme auront le droit de se plaindre de M. Burne- Jones, qui compro-
met décidément sa cause avec un Portrait tel que celui qu'il expose, d'un certain arrangement d'étoffes, malgré la dureté et la monotonie des plis, mais si plat, si mort d'expression, si timide, si incertain de modelé, d'un dessin si réduit, si pauvret, dans la forme du visage, des mains de poupée.
Il y a comme compensation, P Attente, Maison rustique et Femme à la fenêtre^ de M. Josef Israds, la dernière toile liquéfiée et boueuse, mais les deux autres de forte et sévère impression. Puis, l'ouverture d'un tryptique de M. Jef Leempoels : A mes chers parents; Noces d'argent^ d'une peinture un peu grosse, d'un dessin moulé comme une écriture d'enfant, et d'un sentiment très touchant dans la figure de la femme, la mère en bonnet et en châle, les figures des enfants placés en donataires de chaque côté du tableau central, avec cette inscription :
€ Comment pouvais-je mieux vous ouvrir mon cœur ! »
Les Baigneurs^ de M. Liebermann, agiles et maigres, ont malheureusement leur fine anatomie compromise par la lumière plâ-
treuse, et le paysage perd son caractère par la dureté de l'eau. Je préfère le vieil homme de la Fin de la journée^ assis dans la campagne nue et grise.
M. RoU, parmi des tableaux de verdures tendres, des portraits roses et dorés, expose un Alexandre Dumas fils vacillant, près de tomber, et qui tomba, en effet, poui ne plus se relever, car le portrait fut interrompu par la mort de l'écrivain.
J'avoue ne pas vouloir m' attarder aux anecdotes de M. Jean Béraud, aux dessous philosophiques de M. Adolphe Binet, dans sa Marie-Madeleine y aux déshabillés de M. Boldini.
M. Alfred Sisley continue ses belles études autour de la forêt, au long de la rivière, et ajoute à ces paysages coutumiers de vivants portraits de l'église de Moret, dorée le soir, violacée par temps de pluie. M. Emile Barau a une exposition où il se résume fort bien : la sèche Champagne des environs de Reims, des plaines envahies d'une atmosphère argentée, des matins, des soirs, des douceurs lumineuses étudiées patiemment
— iça —
par le détail des objets. De même, M. Victor Binet, appliqué et volontaire, observe exactement les nuances des heures dans ses paysages à feuilles jaunes, de temps nuageux, de soir d'hiver.
Je vais encore aux toiles d'atmosphère ancienne de MM. G. et L. Griveau, E. Boulard, aux jolies constructions et aux fines notations de MM. Lebourg, Chudant, Wagner, Giran-Max, Albert, Thaulow, Gabriel, aux architectures de verdures des Jardins arabes de M. Rusinol, aux canaux de Bruges et de Gand, de M. Willaert, aux marchés de M. Piet, aux Ouvriers revenant du travail y de M. Evenepoel. De M. Lobre, le Château de Versailles mire dans Teau immobile son visage silencieux de bâtisse morte, toute dorée de la lumière du soir, et c'est un portrait de choses expressives. Dans les intérieurs, du même artiste, je voudrais une touche moins appuyée, une illumination des objets plus furtive.
Et j'aimerais terminer cette revue de la peinture sur une observation d'ordre général, pour laquelle je prendrai en exemple
tdle œuvre de M. Charles Cottet, par exemple, ou de M. Maurice Denis. Je choisis ces deux artistes, qui sont bien doués, qui se sont déjà fait une réputation, un nom. Mais il en est d'autres semblables. Restons à ceuxci, et nous observerons des qualités d'arrangement et de couleurs chez M. Maurice Denis, des qualités d'effet vite saisi et de forte peinture chez M. Charles Cottet. Mais voici déjà plusieurs expositions, plusieurs années, que les œuvres du même genre reviennent et plaisent aux yeux, sans qu'un pas décisif soit fait. C'est toujours l'effet, la mise en scène des formes fluides chez l'un, des formes opaques chez l'autre, ce n'est pas encore le dessin modelé, l'atmosphère, l'harmonie. Le don seul se manifeste, un très joli instinct apparaît, et c'est tout. Le savoir ne se révèle pas, c'est l'ébauche et la promesse : résumé de l'histoire de bien des peintres, qui en restent toute leur vie à l'annonce hardie du talent, non appuyée de preuves définitives.
Dans une salle spéciale, M. Paul Re-
nouard, artiste attentif, amoureux des spectacles d'existence, expose l'ensemble de son œuvre. Types de la politique, de l'armée, des réunions publiques, de la rue anglaise, de la rue parisienne, c'est un surgissement, une agitation de foule, au total une manifestation de bon dessinateur regardant avec un sens très fin et une parfaite bonne humeur la comédie sociale.
Eugène Carrière est présent par une seule œuvre, à la section de lithographie : le portrait d'Edmond de Concourt, magistral de forme dans la lumière. C'est ainsi, très siirement, que l'avenir verra l'écrivain, vieilli sous le harnais, mais ayant gardé l'ardeur, le pli de l'obstination au front, la volonté dardée par le regard noir, la bouche spirituelle et violente, et sur toute cette face de bataille, le grand apaisement de la lumière. Véritablement, c'est un portrait admirable que Carrière a fait surgir ainsi de la profondeur de la pierre, comme il avait déjà fait apparaître celui d'Alphonse Daudet en une effigie inoubliable de douleur dominée par l'intelligence.