ÉTRANGERS. — MYSTIQUES
M. de Munkacsy s'est restreint au tableau de genre : Récit, brillant et creux. M. Jean- Paul Laurens illustre le Co médian te-Tragcdiante d'Alfred de Vigny. La mise en scène du mobilier Empire n'est pas déplaisante, mais pourquoi l'artiste épris d'histoire et désireux d'expression, en reste-t-il toujours aux apparences théâtrales? M. Henri Lévy,
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- '95 par l'Œdipe, continue mollement la manière de Gustave Moreau.
La Main chaude, de M. Roybet, est une peinture de la même huile abondante que la Marchande de volailles de l'an dernier, et l'on peut toujours reconnaître MM, Prétet et Vigneron parmi les personnages.
Quant aux portraits de M. Jules Lefebvre et de bien d'autres importants, de MM. Machard, Benjamin Constant, etc., ils sont stupéfiants par la pauvreté du dessin , l'atonie de l'expression, le soin maniaque apporté aux étoffes. N'importe quel agrandissement de photographie aboutît à de meilleurs produits. Ah ! il y a longtemps que ces messieurs ne travaillent plus. Par contre, voici d'autres portraits, signés de noms inconnus ou peu connus, où il y a vraiment un désir de s'approprier la vie, de r«specter les manifestations de l'être humain : ainsi, le portrait de femme de M. Duvyer, un autre de M. Albert Braut, un autre de M. Fox, la réunion que M. Jef Leempoels intitule : Hymne à la famille, la
Tête if homme, de M. Emile Morte. Je n'oublie pas non plus Jean Gigoux, un ancien, celui-là, Toujours en recherche et en travail : sa Madame C... est très expressive et écouteuse. Et les Puritains, de M. Henri Pille, valent aussi par des qualités de portraits, observés et sobrement peints.
Enfin, voici un charmant tableau : Jeu de volant^ d'Eugène Lomont, des petites filles dans une chambre, peinture lumineuse, aérée, dorée, où les personnages enfantins sont vus avec ta gentillesse de leur gestes et la forme bougeante de leurs corps.
Parmi les paysages, j'ai noté la Soirée d'Automne et le Souvenir d'Italie^ de M. Harpignies, la Solitude, de M. Pointelin, l'Eurydice, de M. Adrien Dcmont, les vifs fleurissements de M. Jean Veber. La, Bretagne particulièrement, a été parcourue et racontée. La colonie américaine de Concarneau et de Pont-Aven abat une besogne formidable. Yao Dargent, par le Dolmen en
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— "97 — Saint-Gervais , donne une juste impression de pierres, de bruyères, de bruine.
La légion étrangère est présente, et c'est un des caractères de ce Salon que l'habileté, la main-d'oeuvre séduisante de la plupart de ces voyageurs en France. Les raisons de cette légère et brillante exécution ont été souvent déduites, et je ne fais que signaler MM. Titcomb, Newbery, Denovan, Forbes, etc. M, Brangwyn, l'auteur des Boucaniers de l'an dernier, revient avec des Chevriers, de procédés identiques, et avec L'or, l'enceTis, la myrrhe, qui démontrent un effort nouveau. II y a des gris argentés et des vermillons pâlis dans ces deux toiles, et c'est un peu l'harmonie des pierres grises et des briques roses de Bruges, la ville natale de l'artiste.
La grimace du mysticisme est visible aux Champs-Elysées comme au Champ de Mars, à la façon superficielle du napoléonisme, visible aussi sur toutes les ci-
maises. Tant mieux, si les suiveurs de modes s'éloignent du naturisme. Celui-ci n'a rien à perdre et tout à gagner à ces départs. C'est le mysticisme qui ne saura bientôt que faire de ces recrues. Je passe sur les contorsions, les yeux levés, les fumées d'encens, les anges maigres, que l'on peut prévoir, et je renonce à savoir pourquoi M. Henri Martin, par exemple, qui prouve quelque élégance dans la Douleur, s'embarrasse de cœurs lumineux, de fleurs de lis et de plumes de paon. De même, quelle démonstration croit faire M. Rochegrosse par ce tableau blessant, ce paysage méticuleux, cet éclairage de lumière électrique de son Chevalier aux fleurs. « Le prédestiné, — dit la légende, — revêtu de la symbolique armure, va vers l'Idée, insoucieux des appels de la Vie. » Soit, mais il va vers l'Idée à travers un singulier jardin, et une ronde de tulipes orageuses qui est en effet peu excitante. C'est irréel et appliqué, monotone et inharmonique, toutes choses de même valeur, l'armure, le ciel.
— 199 ~ les visagesj les fleurs, les seins, les mains, les pieds. L'idée n'est pas définie, et la vie est absente. Abîmez-vous devant ce rébus.