‹ La vie artistique (volume 5)Chapitre 12 sur 24 · V. — LA SCULPTURE · texte numérisé non relu

V. — LA SCULPTURE

Les œuvres de sculpture qui parlent de loin par la silhouette et de près par l'expression sont rares aux Champs-Elysées. Si l'on veut prendre un exemple parmi les artistes dont la réputation est faite, que l'on aille à la statue de Meissonier, de M. Fremiet, dressée en face la porte d'entrée. Il apparaît de toute évidence, sans qu'il soit besoin de longues explications , que la sculpture n'est pas faite pour mettre en valeur des bottes, un vêtement de velours dont on discerne le côtes, une palette, des brosses et une barbe. Le sculpteur s'est amusé à des imitations méticuleuses, et il a délaissé l'essentiel, qui est le caractère. — Le buste de femme, de M. Falguière, est un marbre vide, sans mouvement de physionomie, sans tressaillement de vie. — Les

Nubiens, de M. Barrias, pour la décoration du nouveau pataîs du Muséum , sont une singulière enseigne aux choses de nature que le public est invité à voir dans l'établissement : les squelettes et les animaux empaillés sont des merveilles d'existence, par la construction et le souvenir, auprès de ce mélodrame où le crocodile joue le premier rôle. — Là se bornent les envois de ceux que l'on considéra longtemps comme les représentants autorisés de la sculpture française. MM. Mercîé et Dubois se sont abstenus.

Les groupes de toutes dimensions abondent : un Calvaire^ de M. Croisy; une Piéta de M. Alfred Boucher; Au Champ d'honneur, de M. Cariés; le monument de Pouyer-Quertier, de M. Guilloux, qui a rajeuni et simplifié les allégories de l'agriculture et de l'industrie. Parmi les figures isolées , celle-ci est gracieuse : la Muse des bois, d'inspiration grecque, de M. Albert Lefeuvre. Enfin, deux statues posthumes, le Bayard et le Berlioz, de M. Pierre

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Rambaud. Le Berlioz surtout, émacié, transfiguré par la mort prochaine, est une œuvre délicate et expressive.

M. Henry Gros expose une œuvre charmante qui est une œuvre de sculpture usuelle, un bas-relief en pâte de verre pour une fontaine murale. L'artiste a choisi le sujet tout naturellement indiqué, l'histoire de l'Eau, il a personnifié la neige, le torrent, le ruisseau, le fleuve, par des figures légèrement modelées dans la forme générale de la fontaine, il a raconté par quelques traits expressifs, par quelques nuances de colorations, les états atmosphériques, les pentes des montagnes, la flore des prairies; il a fait descendre l'eau depuis le ciel constellé jusqu'à la main qui recueillera les gouttes fraîches, étincelantes et claires. La matière employée est bien celle qui convient à de telles évocations, elle est à la fois fluide et solide, transparente et figée, éveille des idées d'eau, de glace et de pierre. C'est une œuvre tranquille et douce, une apparition de figures ingénues, une fraîcheur de

source tout à coup découverte dans le décor artîBciel de la nef de la sculpture.

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