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LE MUSEE DU SOIR

g I. — UN MUSÉH DU TRAVAIL AUX QUARTIERS- OUVRIERS

Je demande un Musée du soir.

Un musée ouvert jusqu'à dix heures, oujusqu'à onze heures, et qui serait un musëc d'objets d'art, d'art mobilier et usuel, à la manière du Soutti-Kensington.

Il ne pourrait avoir tout de suite Timportance de collection de l'établissement de Londres, mais il aurait inimëdiatement la

mime signification, la même importance d'enseignement. Aussitôt né, il s'accroîtrait chaque jour, des secours lui viendraient de partout, des divers milieux sociaux, des amateurs, des écrivains, de la population des artisans. Tous auraient la satisfaction de voir se former sous leurs yeux, se développer selon leur sympathie, une œuvre sortie de tous, qui serait vraiment à tous, leur juste et grandissante expression sociale. Par là, nous renforcerons le désir de produire qui est partout, un peu épars. La preuve se fera de la possibilité d'une création attendue. La volonté d'agir qui parcourt et agite les masses ouvrières trouvera l'un de ses emplois,

La première des conditions à examiner serait celle de l'emplacement. Et c'est pour indiquer le sérieux de ce choix d'un emplacement que je parlerai du musée actuel des Arts décoratifs, ignoré de beaucoup, délaissé par les intéressés, presque désert.

Combien de fois l'ai-je parcouru dans sa

longueur et sa largeur sans rencoatrer d'autres personnes que les gardiens, obligés au séjour par leur fonction (

Donc, on peut afBrmer, après une expérience qui dure depuis des années, que l'emplacement du Palais de l'Industrie ne répond pas à la nécessité. De même, le Champ de Mars. De même, le terrain de l'ancienne Cour des comptes. Les visiteurs n'ont pas le goiit de traverser Paris, à peine pourvu d'omnibus, aux heures du soir, pour aller chercher au loin la distraction et l'aliment de leur esprit. A Londres, ÎI y a un chemin de fer métropolitain qui simplifie singulièrement les trajets. II ne faut pas oublier que la population à conquérir est fatiguée par sa journée de travail, et qu'il s'agit d'obtenir d'elle encore un peu de courage, encore un peu d'attention. Donc ne lui demandons pas de venir, allons la trouver.

Pour le moment, il est nécessaire de s'orienter vers l'Est de Paris. C'est là qu'il

importe de désigner le carrefour de rencontre «ux ouvriers du mobilier et de l'objet d'art qui habitent les quartiers du Temple, du Marais, du faubourg Saint-Antoine. C'est sur l'un des points de la région qui s'étend de la place de ,1a République à la Bastille que doit être créé, semble-t-il, le centre propice. Sur l'une ou l'autre de ces places, ou sur le parcours des boulevards du Temple, des Filles-du-Calvaire, Beaumarchais, un Musée du soir trouverait immédiatement sa clientèle, et une clientèle fidèle.

On se plaint sans cesse que le peuple emploie mal son temps de repos, on lui en veut d'entrer au cabaret, au café-concert, de se désintéresser de son travail, aussitôt la tâche finie. Il est de fait que peu de gens aiment leur métier, accomplissent leur tâche journalière avec amour. Pourtant, c'est dans le peuple que l'on trouve le plus le goijt de la profession, la fierté de la besogne bien conduite, bien achevée. Mais encore faut-il que ce sentiment ne soit pas découragé, faut-il l'aider à se maintenir, à se ren-

forcer, à se propager. Le Musée du soir ouvert à tous, gratuitement, c'est la plus nette, la plus victorieuse concurrence qui puisse être faite au cabaret et au café-concert. Kn tous cas, ceux qui ne fréquentent ni le cabaret, ni le café-concert sauraient où aller, et le nombre de ceux-là est grand, car c'est une erreur vraiment trop répandue que de croire que tous les ouvriers, sans exception, ne songent qu'à boire et s'amusent de toutes les chansons.

C'est aujourd'hui le seul point à examiner que cette question de l'emplacement, de si capitale importance.

D'autres conditions utiles au bon établissement du Musée du soir seront mises tour à tour à l'ordre du jour. Bien entendu, je oe fais qu'essayer des idées, je ne formule aucun projet, je sollicite seulement l'examen, l'amélioration, et surtout l'action, l'action de ceux pour lesquels j'écris. Que les ouvriers apportent leurs désirs, qu'ils se mettent en marche vers les solutions ; ils seront suivis et compris.

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