‹ La vie artistique (volume 5)Chapitre 5 sur 24 · X. — A LA CHAHBRE DES DEPUTES · texte numérisé non relu

X. — A LA CHAHBRE DES DEPUTES

Le Musée du soir fut mis à l'ordre du jour une première fois, en séance, le vendredi i& février^ lors de la discussion du budget de l'exercice 1895, par M. Dujardin-Beaumetz, au cours d'observations d'ordre général sur le budget des B^aux- Arts.

M. Paschal Grousset qui parla ensuite, précisa davantage, en ces termes que l'on trouve au Journal officiel du 16 février 1895, compte rendu in-exlenso de la séance du vendredi 1 5 février :

■. Faachal Grousset. A côte du mal posiiît qu'ont Tait avant M. le directeur actuel des Beaui- Arts quelques-uns des directeurs qui l'ont procédé

6, dans celte administration, je voudrais dire un mot du bien qui pourrait fitre fait très ais^meut, et qui ne l'est pas.

On s'occupe beaucoup, depuis quelque temps, d'une création qui serait fort intéressante, cette des musées du soir, de musées de dessins, d'objets d'art empruntés au musée du Louvre ou aitleurs qui seraient placés même dans les quartiers excentriques, et où tes ouvriers, les employés, en sortant, le soir, de leur travail, pourraient venir passer une ou deux heures et perfectionner ce goût qui a un si grand r6te, comme je te constatais tout à l'tieure, dans la production française. {Très bien! tri» bien l)

C'est là une idée excellente à laquelle nous applaudissons tous, et, j'en suis convaincu, qui trouvera bient&t sa réalisation. Mais en attendant, il y aurait une ctiose bien simple à faire et d'une réalisation immédiate, ce serait d'éctairer le Louvre à Ih lumière électrique, et de l'ouvrir le soir. Qu'est-ce qui l'empêctie? Croyez~vous que cela soit dangereux pour le Louvre? Cette idée est appliquée à Londres, depuis plus de vingt ans, dans les bibliothèques, au firitisli Muséum, dans ta salle de travail; il y a bien d'autres idées excellentes appliquées au Brittsh Muséum et auxquelles on ne songe pas à la Bibliothèque nationale.

Je sais que cet établissement se rattache au

budget de l'Instruction publique, qui est voté. Je n'en dirai donc qu'un mot, ce sera pour demander k M. le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts pourquoi il ne donnerait pas la lumière électrique b la Bibliothèque nationale et au Louvre, pourquoi il ne nous donnerait pas une salle de travail spéciale pour les collections de journaux. (7>i* bieni irèt btenl)

H. le ministre de l'Instmetion publique et dn Beanx-ArtS. Vous avez parfaitement raison de porter votre attention sur ce point, mais cette installation serait trts dispendieuse.

H. Pascbal Grooaset. Très dispendieuse! C'est toujours une question de budget, je sais, mais il 7 a des dépenses utiles et nécessaires, et devant lesquelles il ne faut pas reculer; celles-ci sont du nombre et, je le répète, la question n'est pas de savoir si ces réformes, très petites en somme, coûteraient une centaine de mille francs ou dctix ; c'est de savoir s'il n'y a pas même actuellement dans le budget des Beaux-Arts des ressources qui permettraient de les faire. C'est précisément de quoi je suis, pour mon compte, parfaitement convaincu.

H. le ministre de l'Instmction pnl>liqiie et des Beanz-Arts. Vous parlez de la Bibliothèque nationale; ce serait la dépense la plus forte, et il ne s'agit pas là d'une question ressortissant au budget des Beaux- Arts.

-6i- H. Paschal Grmisset. Je le constatais, monsieur le ministre, avant même de présenter mon vœu; mais soyez bien sûr que si tous proposiez d'inscrire au budget de 1896 la somme nécessaire pour l'éclairage de la Bibliothèque nationale et pour la lumière éleciriquc au Louvre, personne ici ne vous refuserait ce crédit, j'en suis sûr d'avance. Tout le monde comprend quelle importance auraient CCS réformes si simples et combien il importe que le travailleur, au lieu d'aller le soir, comme il y est trop souvent condamné, s'attabler devant un verre de mauvaise eau-de-vle, puisse aller admirer de beaux tableaux et lire de bons livres. {Très bien! tris bien!)

Dans la suite de la discussion, M. Georges Trouillof, rapporteur du budget des Beaux- Arts, admit l'idée du Musée du soir, mais en confondant celui-ci avec un Musée d'art décoratif installé aux Champs-Elysées, et M. Raymond Poincaré, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, vint annoncer que le projet était à l'étude, avec d'autres, et que si tous ces projets n'étaient pas apportés à la Chambre, c'est qu'ils ne pouvaient pas être présentés dans l'état actuel des finances. '

Le lendemain 16 février, la question fut posée de nouveau. Je cite \t Journal officiel du 17 février, compte rendu in-extenso de la séance du 16 février :

H. Ifl Présid«iit. MM. S«mbat, Vaillant, Viviani, Millerand, Jaurès et Rouanet proposent d'augmenter le même chapitre 3i de 5,ooo fiancs.

M. Scmbat a la parole.

M. Marcel Sombat. Messieurs, je prends la parole pour fort peu d'inlanis et pour prier la Chambre de vouloir bien trancher une quesitoD soulevée depuis quelque temps dans la presse, celle des musses du soir.

Cette question n'est inconnue à aucun de vous; elle a paniculiëremeni attiré déjà, je crois, l'attention du Gouvernement et du ministre des Beaux- Arls, sinon celle de M. Poincaré, du moins celle de son prédécesseur. M, Le^gues, qui, au moment où il a quitté le ministère, avait fait la promesse formelle de concourir à l'installation à Paris d'un Musée du soir.

Quoique la question prête à de longs développements, je puis d'auteut plus aisément être fort court que cette question s été développée dans la presse par M. Gu'ïtave GefFroy et que vous avez tous reçu, ainsi que les conseillers municipaux de Paris, la brochure dans laquelle il développe le

principe du musée du soir. Le musée du soir pourrait s'appeler, non moins justement, le musée du travail, le musée des ouvriers.

Ce que nous réclamons, c'est la contre- partie, la continuation de cette oeuvre républicaine que M. TrouiUot TOUS indiquait dans son rapport sur les Beaux-Arts. II vous rappelait que la République, pour essayer de reconstituer ce mouvement artistique qui existait au moyen ftge dans les corporations ouvrières, a ouvert des écoles spéciales.

Fonder des écol:s, c'est parfait, mais cela ne suffit pas. A l'école il &ut ajouter le musée.

Nous voudrions un musée qui fût installé dans les quartiers populeux, qui pût s'ouvrir au travailleur après sa journée, sans lui imposer une fatigue nouvelle, en lui oflrant au contraire le plus élevé des délassements. Nons voudrions qu'il piîE trouver là des modèles pour son travail du lendemain. Nous voudrions aussi que dans les salles de ces musées on pût recueillir ces chefs-d'oeuvre qui figurent, par exemple, aux expositions ouvrières et qui ensuite se trouvent dispersés on ne sait où.

A l'exposition ouvrière de la ville de Lyon, on a remarqué une certaine quantité de ces chefsd'œuvre exécutés par des membres des syndicats ouvriers, et j'ai là, sous la main, un rapport présenté au nom de la délégation ouvrière de Paris à

l'exposition de Lyon, et dans lequel je trouve une mention bien curieuse. Voici comment s'exprime le délégué, le très compétent M. Genty :

• Pour le travail des menuisiers, par exemple, nous avons remarqué qu'une seule auvre de ce genre avait plus d' importance ; c'est un salon construit par la Chambre syndicale des ouvriers menuisiers de Paris à l'exposition ouvrière de Paris, 1 884. Si ce travail avait plus d'importance, il n'offrait pas les mêmes di^cultés d'exécution.

<• La chambre syndicale en fit don à la Ville de Paris, qui l'a remisé dans les greniers du Musée d'Auteuil. *

Il serait préférable, messieurs, que des œuvres de ce genre ne fussent pas remisées dans un grenier. U faudrait que les ouvriers eussent sous la main un Musée pour eux (Très bien! à Cextrême gauche), dans lequel ils pourraient développer ce que M. le rapporteur indiquait comme si désirable, à savoir le caractère artistique de toutes les productions du travail manuel.

Il serait désirable qu'il y eût des salles contenant des reproduciioDs, des moulages, et les moulages d'architecture du Trocadéro, par exemple, trouveraient des pendants fort utiles dans des moulages analogues appliqués à l'industrie du bois.

On se plaint constamment que te dix-neuvième siècle n'ait pas trouvé son style, qu'il n'ait pas de

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style parliculier dans les arts de décoration et d'ameublement. On a absolument raison. Il faudrait faire quelque chose pour développer cet art; et pour cela, U n'y a qu'un seul mofcn, c'est que chaque ouvrier puisse comparer entre eus noft seulement les chefs-d'œuvre des siècles passés, mais aussi les plus récents efforts, les plus heureuses tentatives de ses camarades.

Le travailleur aurait ainsi d'autres modèles que ces petits albums de librairie, tout k tait ins^nifianis, qui ne peuvent guère lui servir. Il recevrait un enseignement par les yeux, il aurait un contact direct avec les meilleurs produits des artisans contemporains. Ainsi pourrait se formerun art sincère; ainsi un art décoratif peu à peu se dégagerait, qui porterait l'empreinte de l'esprit de ce siècle.

Certes, du musée du soir je ne m'exagère pas l'influence. II ne créera pas un an, car l'art est l'eipressioD d'un état de la sensibilité collective, et ce n'est pas de la conscience trouble de notre époque que nous pouvons voir se dégager un art analogue & celui du moyen âge. Ce n'est pas lorsque les ouvriers sont en proie à l'incertitude du lendemain, aux craintes de &mine et de misère, que le sentiment de l'art peut se développer beaucoup chez eux.

Mais si nous ne pouvons pas pour le présent espérer l'apparition d'un art ouvrier original en

cette fin du dix-neuvième siècle, nous pouvons prévoir celui du vingtième et en préparer l'avènement. {Très bien f très tient)

Les conditions sociales auront changé alors et l'émancipation matérielle entraînera l'émanci|)ation morale. En vous prononçant pour le Musée du soir TOUS feriez une œuvre excellente, et je vous rappelle que le prédécesseur de M. Poincaré, M. Lejrgues, avait bien voulu affirmer à M. Gustave Ceffray qu'il était absolument décidé à prendre les mesures nécessaires pour créer, dans le plus bref délai, ce musée du soir.

J'espère donc que, suivant l'impulsion qui avait été donnée au ministère des Beaux-Arts par M. Leygues, le Gouvernement fera étudier et réaliser à bref délai cette importante création des Musées du soir. {Applaudissements.)

M. le Présideat. La parole est à M. le ministre de rinsiruction publique et des Beaux-Arts.

K. le ministre de l'Instmetion publique et des Beaux-Arts. Messieurs, j'avais confirmé hier à cette tribune les intentions de mon honorable prédécesseur, M. Leygues. J'avais dit que le Gouvernement trouvait très intéressante et digne de la sympathie du GouTernement et des pouvoirs publics la création d'un musée du soir.

Mais ici encore, il s'agit d'une question d'argent, et tl faut qu'il y ait entente avec la municipalité

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7/ — de Paris. 11 &ut trouver l'aident nécessaire pour riastallation de ce musée, pour rétribuer les conservateurs ei les gardiens, etc. C'est de ce côté que Us dépenses seront considérables. Je ne puis que promettre d'étudierconsciencicusementla question. Je sais d'ailleurs que lorsqu'il s'agît de progris arlisiique, je puis toujours facilement m'emendre avec la Ville de Paris. (Très bien! très bien!)

M. Marcel Soinbat. Je prends acte des paroles de M. le ministre. Je ne doute pas de ses bonnes dispositions, seulement je souhaiterais qu'il voulât bien faire ce que son prédécesseur avait promis. Je lui demande de se rappeler qu'il est minisire des Beaux-Arts plutôt que de se rappeler qu'il a été ministre des Finances, et de passer sur la question budgétaire.

Quant au concours de la Ville de Paris, pas un de TOUS, messieurs, ne doute qu'il ne soit très facile à obtenir. Par conséquent, je maintiens moi^ amendement et j'Insiste pour que la Chambre le

TOtC,

H. la Prteideot. L'amendement a été déposé hier, et esi soumis à la prise en considération.

Je consulte la Chambre.

(Deux épreuves sont successivement déclarées douteuses par le bureau.)

M. le Président. Il va être procédé au sciutîu.

Le scrutin est ouvert

(Les votes sont recueillis. — MM. les secrétaires en font le dépouillement.)

H. Is Président. Voici le résultat du dépouillement du scrutin :

Nombre des votants 488

Majorité absolue 343

Pour l'adoption ' 173

Contre Sij

La Chambre des députés n'a pas adopté.

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