IV. — EUGÈNE CARRIÈRE. — J. P. RAFPAELU
On ne trouve pas Eugène Carrière dans les salles de peinture. On n'y trouve que l'ombre de son ombre, dans les toiles de ses adeptes. Mais lui, aussi fort, aussi émouvant, avec des procédés autres, voua le rencontrez dans tes galeries de lithographies et de dessins. Dès que vous approchez, il vient aussi à vous, il vous donne à entendre le- langage d'énergie, de vie, parlé par les iîgures réelles qu'il évoque, et que beaucoup s'obstinent à voir comme les fumées passantes d'un rêve.
Voici quatre lithographies, d'une manière aussi complète que des peintures : une brune figure de femme, souriante, — un visage qui semble froid et immobile comme la pierre, et sur lequel on voit sommeiller La vie et méditer la pensée, — un autre visage de femme, curieux et ardent, qui vient des profondeurs de l'ombre, — et un Alphonse
Daudet, le regard joli éclairant I dessinés par la souffrance.
Avec ces quatre lithographies, u au pinceau, une tête de femme d pour le Théâtre populaire, un a< masque qui fait prévoir le silence, 1 dramatique, la passion concentrée. ( dication, le fragment qui révèle le
Raffaslli s'est aussi abstenu d'e peinture. Mais sa signature est demi-douzaine de pointes-sèches fortes, aquatintes, imprimées en c et qui sont de beaux résumés ar son art, — et cet art, il est visifc semble, hors du Salon, en une es particulière.
J'ai souvent commenté les œi particulières de Raffaëlli , ses e:
paysages, ses découvertes d'huma voyages aux régions provinciale Jersey et à Londres. II n'y a donc ] dire aujourd'hui par le détail le tri compli à Asnières, la banlieue ar
l'art, le défilé des errants, des petits commerçants, des petits bourgeois, ni l'évolution toute logique marquée par les toiles des Salons.
Mais il est impossible, à propos de l'exposition d'œuvres récentes ouverte 202, rue de Courcelles, tout près des fortifications, de ne pas se rappeler les débuts, Asnières, l'exposition bravement organisée dans une boutique de l'avenue de l'Opéra en 1884, en même temps que paraissait la brochure sur le « Caractérisme ». Cette fois, c'est chez lui que Raffaëlli a convié les visiteurs à venir regarder ses peintures, ses sculptures, ses gravures, dans le milieu même où elles ont été conçues et exécutées.
La promenade valait d'être faite par ceux qui ont le goût d'un tel art, moderne, intelligent, réfléchi. On s'intéresse à ces recherches si diverses, à cette volonté toujours désireuse de nouveau. Que RaffaêUi traduise sa pensée par tel ou tel mode d'expression, par les bronzes ajourés appliqués aux murailles, par les fines gravures en couleurs.
comme par ses dessins et ses peintures d'habitude, il est toujours aussi pittoresque, aussi parlant à l'esprit. L'àpreté disparaît peu à peu, fait place, sinon à la quiétude, du moins à la bonhomie, dans les œuvres qui continuent l'histoire de la banlieue.
Puis une nouvelle série s'annonce : l'étude et la pénétration de Paris, des avenues et des boulevards, une fine comédie de civilisation.
Ce n'est pas pour rien que Raffaelli a passé la barrière. Le voilà parti à travers les rues, attentif à l'atmosphère, à la foule, à la physionomie nuancée de la ville.