AUX CHAMPS-ELYSEES
g I, — LES DEUX SALONS
Le public s'est habitué à l'idée que l'art classé, pondéré, raisonnable, avait sa résidence au Palais de l'industrie des Champs- Elysées, et que les fantaisistes, les aventureux s'étaient détachés de la maison-mère pour aller camper au Palais national du Champ-de-Mars. C'est à peu près ce qui a été vu à travers la querelle, et il n'est pas besoin, en effet, de l'approfondir davantage, de chercher à se rendre un compte, plus exact des intérêts opposés, des esthétiques adverses. Il y a pourtant à noter une différence, qui a bien son prix, à savoir la sup-
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pression des récompenses consentie par les artistes du Cbamp-de-Mars, qui se sont contentés de s'échelonner en fondateurs, sociétaires et associés.
Pour le surplus, je sais par expérience qu'il y a environ deux mille numéros de peintures, dessins, gravures, sculptures, objets, etc., au Champs de Mars, et environ quatre mille aux Champs-Elysées, et qu'il n'y a vraiment aucune raison de chercher à déterminer la prédominance deJ'un de ces ensembles sur l'autre. Bien passionné celui qui pourrait donner les raisons d'une préférence. La foule des artistes obéit ici aux anciens poncifs, et là, aux nouveaux, car il y a des nouveaux poncifs ; on les voit se former, naître, vivre leur existence éphémère. Il n'y a donc, parmi le désordre artistique d'aujourd'hui, qu'à reconnaître les individus^ ceux qui font leur œuvre de nature et de pensée sans se soucier de la convention et de la mode, des décrets officiels de l'écote et des allures du snobisme qui veut faire croire à son indépendance.
Au Champs de Mars, la recherche des individualités, il faut le reconnaître, est plus fructueuse qu'aux Champs-Elysées. Les questions ne restent pas sans réponses, et le passant désireux d'art, de réflexion, de vie, pourra écouter et entendre le langage que lui parlent quelques peintres et sculpteurs, et certains des fins artisans façonneurs d'objets. Les dialogues seront plus rares aux Champs-Elysées. On entendra une foule de voix menues qui narrent des anecdotes, qui s'ingénient aux imitations, qui chantent des chansons habiles; on n'entendra pas beaucoup la grande éloquence.
Pourtant, dans cette foule, il est un vrai artiste auquel il faut aller tout d'abord.