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fin et harmonieux. Tout le cortège est d*une allure passante, les personnages aident à la même œuvre, sont occupés à la même action, qui est de faire avancer et d'accompagner le char qui porte la République. Ce mouvement en avant est la première qualité d*ensemble du monument de Dalou. Il est une autre qualité qui, pour moi, suffirait à faire oublier tout le reste. Ce monument dénommé le Triomphe de la République justifie son titre : la République y triomphe sculpturalement, par la forme et par Texpression.
11 faut bien dire que ce n'était pas chose facile de sculpter une République, type consacré, buste officiel, effigie de monnaie. Dalou a pris le bon parti, il a accepté la tradition: le bonnet phrygien^ le faisceau, la tunique antique ; mais néanmoins, comme les Grecs recommençant, avec des nuances de nature, leurs déesses au type fixé, il a fait une statue nouvelle* Lui aussi, il a eu recours à la nature, et c*est une femme
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la grande tradition du travail, l'évolution vitale de la race. Dalou, parti il y a trente ans en exilé, salué aujourd'hui comme un vainqueur, aura connu ainsi, non pas l'ironie des choses, mais la justice immanente que célébrait un jour un orateur qu'ilaimait, cettejusticelente, tardive, qui va, tâtonne, s'arrête, mais qui, finalement, tient compte de tous les efforts et récompense tous les labeurs.
C'est surtout le Triomphe de la République qui a été la raison d'être de cette esquisse de la physionomie de Tartiste. Il serait toutefois inj uste de ne pas s'arrêter au Monument d'Alphand^ dont j'ai dit l'emplacement et la signification. Alphand, directeur des travaux de Paris, quia été l'un des agents actifs de la transformation de notre ville, avait droit à ce que son souvenir fût gardé. Il eut, pendant des années, la haute main sur tout, présidant à la réfection des égoûts et à l'enlèvement des neiges comme à l'édification des œuvres d'art. En embellissant Paris, il est certain qu'il l'a aussi banalisé.
carrefours où la Révolution tint ses assises, sur la hauteur du faubourg qui se creuse en lit de torrent jusqu'à la Bastille, Le visage tourné vers le faubourg Saint-Antoine, elle domine de sa figure aérienne cent ans d^histoire, les foules écoulées, les foules à venir. C'est avec la foule quMl faut la voir, comme on Ta vue au jour de rinauguration,la place re-muante, le défilé sans fin qui semblait entraînerlechar, la République svelte et précise^ apparaissant seule au-dessus deThumanité en marche. Oneutalorslav^raienotion de rœuvre.Cette apparition légère est faite pour surgir au-dessus d'une masse humaine, elle est en accord avec les défilés pour lesquels il faut un rythme de la rue^joyeux et envolé, comme celui de la Marche des Corporations des Maîtres chaiîteurs. Il y a de ces bonheurs dans la vie d'un artiste: Dalou, ce jour-là, a certainement vu vivre son œuvre, il Ta sentie en communication avec la vie environnante^ avec le Paris historique, avec ces corps de métiers qui continuent
venue du Bois de Boulogne. C'est un hémicycle dont la paroi interne présente, en bas relief, une foule de travailleurs :
terrassiers, jardiniers, maçons, etc. En avant, un piédestal orné à sa base de Técusson de la ville de Paris, et qui est entouré par quatre personnages en hautrelief, qui sont l'architecte, Tingénieur, le peintre et le sculpteur. Ajoutons, pour donner le renseignement précis, que ces quatre personnages reproduisent les traits de MM. Bouvard, Huet, RoU et Dalou :
mais en réalité, dans la pensée de l'artiste, ce sont des figures impersonnelles qui jouent, de même que les travailleurs de Thémicycle, leurs rôles de collaborateurs d'Alphand. Celui-ci est debout sur le piédestal, dominant de toute sa hauteur les autres figures. L'architecte montre un plan, l'ingénieur semble écouter, le peintre et le sculpteur se renversent légèrement en arrière pour contempler le personnage principal.
Celui-ci, à son tour, se penche en avant pour apercevoir ses aides et converser
qu'il a aidé au développement des avenues droiteSj des carrefours semblables. Il a obéi en cela a l'impulsion qui crée, à l'ouest de Paris, une ville nouvelle, cosmopolite et luxueuse, et il lui aurait été probablement difficile de contrarier un mouvement qui a ses origines dans notre civilisation industrielle, qui a sa logique, qui se produit concurremment avec des mouvemenls analogues dans le reste du monde, et qui aura son aboutissement fatal. Alphand a travaillé à cette oeuvre, mais il a, aussi, aimé la verdure, et par là il aura donné une bonne leçon de choses aux citadins qui sauront la comprendre, leur indiquant, consciemment ou inconsciemment, qu'importe! le refuge de la nature pour se reposer j se retrouver, se refaire, lorsqu'ils auront eniin Teflfroi du surmenage imposé par la vie des grandes villes.
Le monument consacré à Alphand par Dalou pourra signifier tout cela, avec un peu de bonne volonté, parmi les pelouses, les Heurs, les arbres de Ta-
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simple et toute charmante, il m'a fait connaître ce qui m'intéressait, comment sa pensée et son art étaient nés en lui, quelles bonnes influences les avaient aidés, quels arrêts les avaient contrariés.
Derrière la gare Montparnasse, impasse du Maine, c'est là, un matin d'hiver, que j'ai frappa à la porte du sculpteur. On est loin, dans cette région ouvrière, des fêtes et des inaugurations.
Le sol est dur, le ruisseau gelé, un squelette d'arbre frôle un triste mur. La petite porte s'ouvre, et Dalou paraît, petit sous sa grande blouse, un bonnet enfoncé jusqu'aux oreilles, le visage toujours hâve et souriant, l'œil aigu, l'accueil cordial. Ces ateliers de sculpteurs ont tous le même aspect sévère, parlent d'existence laborieuse et dure. Nous sommes loin de la plupart des ateliers de peintres, où, sous prétexte de joie des yeux, le décor est souvent artificiel et agaçant. Le logis du sculpteur est davantage un atelier: les murs nus, le sol froid, de la terre, du plâtre, des meubles
avec eux. De près, la face d'Alphand se rév^èle coniplètementj du fait de cette attitude, mais à quelques pas, le crâne surtout se voit en plein* Je sais bien aussi que pour expliquer risolement du directeur des travaux de Paris, sa mise à part sur le piédestal, il faut se dire qu'il s'agit de sa statue et non d'une autre, que le monument constitue un hommage personnel. Tout de même il me semble que le héros de la fête n'avait pas besoin d'être tellement séparé de ses collaborateurs. qu'il dev^ait, par un autre moyen, être différencié de ceux qui l'entourent, et qu'il est bien un peu embarrassé de son attitude et de ses mouvements sur le socle où il a été hissé par le sculpteur avecles meilleures intentions du monde.
Tout ce travail de Dalou prend sa signification si Ton s'enquiert des conditions d'origine et de développement de lartiste. Le plus simple était de lui demander à lui-même sa confidence.
Après l'avoir entrevu^ comme je l'ai dit, je l'ai donc vu, et, d*une façon toute
bitude, rentraînement pour l'examen, pour le prix de Rome. Il ne s'agit plus du sentiment, de l'observation et du souvenir, du libre enseignement partagé avec Guillaume Régamey, Fantin, Cazin^ Legros, Lhermitte. Heureusement, Carpeaux est encore là, et un mot de lui souvent réveille la conscience, ranime le courage du jeune homme. Cest avec colère et dégoût que Dalou parle de la discipline inutile à laquelle il a été soumis à l'École. « J'éprouve à nouveau toutes mes douleurs, dit-il. Cest là que mon esprit a été défloré, que Ton m'a détourné de la nature pour m'apprendra à composer selon des formules, sous prétexte de me faire faire mes humanités. Là, j'ai appris des choses dontj'ai voulu, dont je voudrais me défaire : je ne peux pas, on ne peut pas! Dire que là on prétend vous enseigner la sculpture à ViAde d'un modèle que l'on voit de loin, que Ton ne voit pas ! un modèle qui n'est ni bas-relief ni ronde-bosse, que l'on ne peut pas mesurer, autour duquel on ne
de bois brut, un poêle de fonte, un amas de charbon de terre. Ce n'est pas mise en scène, mais nécessité, et il y a ici tout un appareil de métier qui a gardé au statuaire son caractère d'ouvrier.
€ Ouvrier », un beau mot significatif, mépriséj réduit en servitude, on ne sait vraiment pourquoi. Dalou mérite ce titre. Il est né à Paris^ en 1840^ et à onze ans, il était élève de la Petite école, qui fut le commencement de l'école actuelle des Arts décoratifs. 11 me dit ces années-là, renseignement de son professeur Belloc, qui lui donna les premiers utiles conseils, l'enseignement de Lecocq de Boisbaudran, qui savait exercer la mémoire pittoresque, renseignement^ de Carpeaux.
Après cesannées d'enfance, heureuses, insouciantes, ce sont des années d'incertitude et de trouble, les dix années passées à TÉcoie des Beaux-Arts, de quinze ans à vingt-cinq ans, avec des ruptures d'un an, de deuxans^ et des retours de plus en plus lassés, Tobéissance àTlia-
ment varié, toujours fécond en surprises.
Enfin, la source où il nous faut puiser nos inspirations, ce n'est pas notre mémoire, mais notre sensibilité. » Beau mot, vérité profonde.
En somme, ce fut la tourmente de 1870-71 qui rénova Dalou. La sous-délégation qu'il exerça au Louvre lui valut d'être condamné, pour usurpation de fonctions, aux travaux forcés à perpétuité, et de se trouver jeté brusquement sur le pavé de Londres. Alors, me dit-il encore, il s'aperçut qu'il ne savait rien, qu'on ne lui avait même pas appris à enchâsser un œil dans un visage. Il avait toutefois un précieux bagage de connaissances, toutes les notions reçues à la Petite école, tous les travaux d'art industriel qu'il avait accomplis pour vivre, le goût de l'ornementation, qui s'était accru en lui par tant de dessins faits au Cabinet des estampes, suivant le conseil de Carpeaux, d'après les maîtres du genre au xvii® siècle et au xviii® siècle, — c'est avec
peutpas tourner, alors que la sculpture est Tart du dessin de toutes les surfaces, Tart du dessin des volumes,,. Gomment je comprends renseignement ?Un atelier de cinq ou six élèves, tout au plus^ avec un maître qui sache enseigner les éléments de son métier et qui vous mène avec sécurité aux fins de Tart, qui vous aide à comprendre la nature par le muséej qui vous fasse revenir à la nature en sortant du musée. » J'ajoute ici une réponse faite par Dalou à un journaliste, M. Adolphe Brissonj qui Tinterrogeait sur l'enseignement de TEcole: « Notre métier, disait-il^ exfgeun robuste apprentissage. Avant d'être des artistes, nous sommes des artisans ; nous devons apprendre à tailler le marbre, nous mesurer contre la matière, nous servir, comme le maçon, du fil-à-plomb, du ciseau et du compas. Il serait à désirer que nous forgions nous-mêmes les outils, ainsi que le faisaient les vieux maîtres, et l'Académie où nous devons nous instruire, c'est le spectacle de la vie, infini-
X® arrondissement, le Blanqui et le Victor Noir du Père-Lachaise, le Delacroix et le Silène du Luxembourg, le Lavoisier de la Sorbonne, le Jea7i Le-claire des Epinettes, le Boussingault des Arts et Métiers, et des bustes, et les -deux monuments d'hier. Sans vouloir déprécier le goût qui le relie à la sculpture des XVII® et xviii* siècles, sans vouloir en rien diminuer sa finesse et sa distinction, je le préfère lorsqu'il est aux prises plus directement avec la nature,
— par leDelacroix si intelligemmentvrai,
— le Silène porté en triomphe par les nymphes, qui a toute l'ampleur, toutTamour de la chair, toute la poésie de vérité qui sont en l'artiste, — la figure de Blanqui volontaire et irréductible jusque -dans la mort.
On sait, après avoir scruté cette rapide biographie, ce que doit Jules Dalou à renseignement des arts décoratifs : son habileté professionnelle, son goût de la tradition, son aptitude générale qui fait de lui un artiste capable d'ornementer
admiration que Dalou décrit et commente les travaux d'un Lepautre, A Londres, il se souvient de tout cet acquis, il se remémore tant de belles sculptures, de vases, de trophées, qu'il a vus aux monuments et aux jardins de Paris et de Versailles, Paris où il a vécu toutes ses jeunes années, Versailles qu'il a vu tardivement — il avait vingt-deux ans — et dont il a gardé un éblouissement. Avec toutes ces notions classées, toutes ces émotions ravivées, et avec l'aide fraternelle d*Alphonse Legros, il ne perd pas courage et il fait sa vie à Londres, et il fait aussi son art, étudiant sans relâche, découvrant la nature* 1879 arrive, la mise au concours de la statue de la République. Dalou n'obtient pas le prix, mais il y a un vote unanime pour garder son monument à Paris. Cet artiste de fine race populaire reprend peu à peu la ville où il a combattu, où il a été vaincu, et il la reprend par une suite d'œuvres :
leJMiralH'ûu de la Chambre des Députés, le Bas^relief de la paix de la mairie du