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XIX. — LA SCULPTURE

J'ai salué déjà le Victor Hugo de Ro-

din. Les œuvres de sculpture ne sont pas en grand nombre, et il y a entre elles un caractère commun qui est la recherche de Teffet simple, de la vérité de nature, sans que rien de l'étude approfondie des détails soit sacrifié à la forme générale.

Le secret est de savoir tout réunir, tout envelopper.

Les artistes dont Tœuvre fait déjà partie de l'histoire de notre temps sont là, dignes de leur renommée. M. Dalou expose les bustes de Jean Gigoux, de M.

Edmond Huet, dans la tradition serrée, réaliste, caractéristique, des portraits de la sculpture française, et la statuette de Lavoisier, sérieuse de visage, pittoresque d'attitude. M. Bartholomé donne la belle durée du marbre au groupe des quatre femmes chuchotantes du Secret^ et il fait voir une Femme sortant du bain, qui est une charmante étude directe et souple. De M. Pierre Roche, on revoit la Loïe Fîiller qui s'élançait au fronton du petit théâtre de la rue de Paris, et qui méritait de survivre à la fête de Tan

dernier : c'est une grasse et fine sculpture, mouvementée, frissonnante. Et ce joli frisson de vie est aussi sur les deux Cariatides pour une maison de Paris, sur les deux Médaillons pour le théâtre de Tulle. Le bas-relief de Mme Cazin, Vie obscure, aéré jusqu'au dernier plan, est composé de figures d'une douceur expressive. Le talent de M. Bourdelle gagne en âpreté, en solidité. Le basrelief où M. Camille Lefèvre a représenté la Tradition républicaine pour la mairie d'Issy est de science consommée, avec son mouvement continu de gestes qui se rejoignent, et de sobre et vivante expression avec ses visages de femmes qui personnifient les périodes historiques d'un siècle. M. Jean Baffier a glorifié la résistance de 1870 par la statue d'un soldat laboureur, de musculature trop visible, de fière et calme attitude. M. Constantin Meunier poursuit son beau poème du travail par un groupe d'ouvriers des mines.

Le nom de M. Henry Dewillez n'est

pas nouveau, mais son œuvre de cette année est nouvelle. Les Portraits de MM. A. Dewille:^ et T. Guibal^ groupe <le grandes proportions destiné à TEcole des mines de Mons, constituent une manifestation d'un parfait sentiment moderne et d'une force rare. Voilà le style d'aujourd'hui, sans que rien soit esquivé par la réunion de ces deux hommes examinant un plan, la face sérieuse et attentive. Tournez autour du monument : les dos sont significatifs au moins autant que les physionomies et les mains, ils sont parlants^ et pour leur trouver des analogies il faut songer à Daumier, et aussi aux illustrations de Brion pour les Misérables. M. Dewillez a exécuté là une œuvre de haute importance, qui doit être pour lui le point de départ de toute une création significative.

Le Félix Faure de M. Saint-Marceaux paraît faible et convenu après cette apparition de figures graves et solides, et Alphonse Daudet est bien mièvre et

son manteau, a la forte et sobre allure des sculptures gothiques. La Vieille femme de M. Valère Bernard, le Démos de M. J. de Charmoy, sont de signification pathétique.

Voici encore deux artistes dont les œuvres sont de tout premier ordre, deux sculpteurs de figurines, M. Félix Voulot, avec ses Maternités si tendres, ses Danseuses de si jolis mouvero,ents cadencés et tournoyants, et M. Louis Déjean, avec ses femmes au bal, à la promenade, à leur toilette, d'une grâce robuste, d'un sentiment délicieux.

Et j'ai gardé pour la fin le Chat en marbre noir, de M. Jean Dampt, qui joue le sommeil et dont la pensée est si vigilante derrière les yeux faussement clos, corps souple au repos, admirable exemple de sculpture forte et simple, de science ordonnée, précieuse bête qui peut être placée parmi les animaux célèbres de la sculpture.

L'architecte doit avoir le sentiment des ensembles, savoir accorder l'extérieur et l'intérieur, le contenant et le contenu.

Ce qui est intéressant d'abord dans la section d'architecture, c'est la tentative de construire une maison moderne. Cela passe avant les travaux de reconstitution, et les poèmes où MM. Garas, Guillemonat, Provensal, dont je connais la valeur artiste, dépensent une imagination que j'aimerais mieux voir régler et employer dans Tordre pratique. M.

Charles Plumet, M. Léon Benouville, s'appliquent précisément à des créations usuelles. M. Benouville ne se contente pas de construire la maison, il étudie le mobilier, et je retiens surtout de son exposition deux chaises de forme excellente. La table de M. Gaillard est aussi parmi les détails heureux de la section, puis de beaux emplois de bois dans la salle à manger de M. Tony Selmersheim, dans celle de MM. Louis Sorel et Félix Aubert, et enfin le beau meuble à quatuor de M. A. Charpentier.

etc., comme si de tout temps, Tarchitecture ne les avait pas tous réunis I

Le premier résultat obtenu, c'est une modification des aspects de nos expositions. Dire que cette modification est toujours heureuse serait bien s'avancer.

Les artistes nouvellement conviés ont quelquefois apporté le fruit d'un travail hâtif et non le produit d'un effort réfléchi. Cette année encore, à la Société des artistes français, les galeries d'art industriel offrent l'apparence d'un magasin rempli en hâte, arrangé au petit bonheur. Il y a, au contraire, une volonté de goût louable à la Société nationale.

Que les organisateurs le sachent bien, la présentation joue un grand rôle en une telle entreprise. C'est la première observation qui s'impose.

La seconde, c'est que sous les vocables d'art nouveau, d'art moderne, de modernstyle, on nous présente des formes qui peuvent bien, si l'on veut, être considérées comme nouvelles, mais qui sont nouvellesau hasard, avec trop de fantaisie

leur exécution. Il y a, d'ailleurs, aux Salons, une série de pièces exemptes de complication, qui attirent les regards et séduisent Tesprit par la joliesse des formes, la simplicité des contours, l'équilibre de la composition.

Voici donc, à l'avenue d'Antin, la vitrine de M. Henri Nocq, ciseleur délicat, inventeur de bijoux sobres, délicatement inspirés de la nature, algues, coquillages, lichens, et de plus, fin portraitiste en plaquettes d'Eugène Carrière et des Dix de l'Académie Concourt. M.

Marcel Bing se montre sage adepte de l'art nouveau avec sept pièces qui rivalisent de grâce séduisante: la glace et la broche en or émaillé sont du plus joli goût. La vitrine de M. Théodore Lambert estéblouissante, c'est un ruissellement de pierreries serties dans le métal avec l'habileté et l'adresse dont les artisans bijoutiers perpétuent la tradition. En M. Louis Boucher nous rencontrons un artiste naturiste, élève de M. Jean Baffier, et qui apporte des qualités foncières à l'exécu-

; maireu 5 le fraj î, de ND

afFadi. Je n'ai pas retrouvé, image molle de l'auteur rhomrae que j'ai admiré et aim^ pensée, si acéré d*esprit. Le moB Louis Gallet par M. Injalbert ei portionné, la tête trop grosse, laj plaisante, les fragments malréd plus de nervosité dans monument de Verlaine, hausern-Rodo, comme il y a la^ intelligeoce du portrait, la coj sion parfaite des plans et de Te dans le buste d'Emile Henné M. Raymond de Broute! les.

bustes, de MNL Paul Paulin, seau, Lucien Schnegg, ont 11 de la sculpture, la beauté de là figures de M. Escoula : V^ersl ont la fiuiditéj la grâce des fol nés. Les femmes de marbre de M Granet, Michel Malherbe, la pj va f 2 aise de bronze de M. Lai de précieuses études de mouvi de modelés. La Tempe fe de M Schnegg, un homme

poque où l'orge et le houblon qui le parent, entraient seuls en jeu dans la fabrication de la bière. Les connaisseurs disent que les temps sont bien changés. Souhaitons qu'ici la parure ne soit pas trompeuse, et que le contenu vaille le contenant. M. Francis Peureux a exposé seulement une écuelle et son plateau en vermeil repoussé, mais ce sont deux pièces de choix, le fragment d'un service qui figurerait avec distinction sur la table la mieux servie et la mieux entourée.

Cette revue des pièces exposées par la Société nationale des Beaux-arts ne doit pas être close sans la mention de beaux travaux déjà connus et classés: les émaux de M. Fernand Thesmar, le vase en argent repoussé orné de mout^ttes aux ailes déployées, de M. Ernest Carrière ; les grès de MM. Bigot, Michel Cazin, Dammouse, Delaherche, Taxile Doat, Lachenal, Moreau-Nélaton, Agathon Léonard, H. de Vallombreuse — des reliures de MM. Marins Michel, Prouvé, Belville,

une féerie avec les nuages, le fleuve et la ville fantastique d'un jour, — Besnard, Lepère, Louis Legrand, Storm van Gravesande, Renouard, Mordant, Ranft, Paul Lafond, Chahine, Beurdeley.

Tout un groupe de graveurs en couleurs : Raffaëlli, Béjot, Piet, F. Jourdain, Roux-Champion, Robbe.

Des graveurs sur bois : Paillard, J. Beltrand, Laboureur.

Des lithographes : Carrière, Henri Rivière, A. Lévy, Gottlob , Milcendeau.

Un gypsographe : Pierre Roche.

Ce sont là quelques noms pris dans la salle de l'estampe. Complétez la liste à loisir si vous aimez le bel art de la gravure, et ne manquez pas d'y ajouter le sculpteur Rodin qui vient prendre place ici avec quelques pages d'un accent inimitable, à ajouter aux effigies justement renommées de Hugo, Becque, Antonin Proust.

Je goûte moins le système de lits jumeaux^ solidement reliés par deux petites tableSj qui ont pour auteur M, Delovincourt, et la chambre à coucher de M. G, Serrurier a un aspect bien rébarbatif, malgré la science de son auteur* Beaucoup de ces meubles nouveaux ont, d'ailleurs, un air hostile, méchant, semblent agencés pour la gêne et la torture* Nos artisans s'ingénient trop, ne se laissent pas aller suffisamment vers les conceptions naturelles. On ne crée pas un style de mobilier de toutes pièces, on le crée en modifiant insensiblement la tradition.

Depuis une dizaine d'années que la Société nationale des Beaux-Arts et la Société des Artistes français se sont annexé des sections d'objets d'ameublement et de parure, d'utilité et d'ornement, on peut dire que s'est faite, ou à peu près, dans l'esprit du public, l'assimilation définitive des arts industriels et décoratifs aux Beaux-Arts proprement dits, peinture, sculpture, gravure,

certain que la Société des Artistes français, avec un parti pris desélection et un autre arrangement des murailles,pourrait organiser un Salon qui vaudrait celui de la Société nationale des Beaux-arts, et aurait même un certain sérieux, une certaine solidité, qui manquent parfois à côté. A la Société nationale, Timpression, en effet, est toute différente : du premier coupd'œil, tout est charmant, pimpant, aimable, et ensuite le laisser-aller apparaît de nombre d'études, de croquis, d'àpeu-près. Je fais cette comparaison pour être équitable, sans rien cacher de l'aridité du second Salon, où les choses ne changeront pas de sitôt.

Ici, en effet, il ne s'agit pas seulement d'art et d'artistes. 11 s'agit d'une bizarre administration que tout le monde subit en la maudissant, et où tout le monde prend place : il y a des surnuméraires, des auxiliaires, des employés, des commis principaux, des sous-chefs et des chefs de bureaux, des chefs de division, des directeurs, et même des mi-

d'abandon^ et pas assez de calcul dans la combinaison des lignes, des pleins et des vides. Certaines figures ornementales, certaines statuettes servant à décorer des appareils d'éclairage électrique, sont commemoulées dans de la pâte de farine, des colonnades s'allongent en guimauve, des braceletSj des colliers, semblent nés de dessi ns arbitraires formés par des tubes de vermicelle ou de macaroni jetés à refroidir. Il y a des bagues énormes, des épingles, des broches, dont les pierreries ont été serties dans des blocs épais de métal qui leur enlèvent tout éclat- J'aime volontiers les bijoux lourds, mais il leur faut la mesure et l'harmonie.

On ne saurait dire quel cas fera l'avenir de ces productions qui décèlent chez leurs auteurs une incontestable habileté, mais aussi une bizarre et froide exaspération, une volonté d'originalité quand même. Je crois que le talent ne perd jamais ses droits, que ces artistes se retrouveront, ordonneront leurs conceptions et

d'artistes ne peuvent vivre que par la liberté. Ceux qui ne voudront pas entrer dans la cohue resteront dehors. Ils feront bien, mais cela n'empêche pas la cohue d'être intéressante par la manifestation instinctive, par le désir de vivre qui émane de toutes les foules.

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