XX VIT
Voyage du Limpopo au Neotwani et retour. — Le kraal de Sichely. — Fin de la cinquième expédition. — Noyade de plusieurs hommes — Conclusion.
M. Orpen et moi nous étions désormais condamnés au repos, lui par suite de ses blessures qui étaient nombreuses et dangereuses, et moi par la fièvre : je ne me rétablissais, en effet, que très-lentement. Il était done inutile de songer à rester plus longtemps dans les basses terres qui avoisinent le Limpopo; aussi je résolus de partir pour le pays de Sichely.
Nous nous mimes en route le 27 septembre, et, le 2 octobre, nous campâmes sur le bord du Limpopo, un peu au-dessus de sa jonction avee la Lepalala. Les hommes de Sichely me prièrent de m'y arréter un jour; leur chef désirait faire du commerce avec moi; j'y consentis.
Le lendemain au matin Seleka vint me voir avec une suite nombreuse ; il m’apporta de fort beaux modèles d'armes béchuanas qu'il désirait échanger contre des mousquets et des munitions. I m'offrit de la bière béchuana et un potage fermenté qu'il considérait comme un véritable cadeau. Du reste, il espérait que je lui donnerais de la poudre en échange. Telle
est la maniére de faire des présents dans le sud de l'Afrique.
Dans l'après-midi, je donnai un fusil à Sichely pour neuf assagais très-beaux, pour une hache de bataille et pour deux armures de peau de bufile. J'obtins aussi différents objets des manufactures du pays en récompense de mon bon vouloir à consacrer les armes de deux ou trois nobles, et de mon présent d’ouguent destiné à des frictions propres à les rendre bons tireurs.
En accomplissant cette absurde cérémonie, je regardai sérieusement l’initié en face et lui dis dans son langage : « Regarde le gibier en face; dirige ta balle vers le cœur des bêtes sauvages ; que ta main et ton cœur soient forts contre le lion, contre le grand éléphant, contre le rhinocéros et le buffle! » Et je ne mentais pas. |
Le 5, nous nous mimes en route au lever du soleil, et nous arrivames Je 8 près du Limpopo, à un endroit où je l’avais déjà traversé. Le 13, nous parcourûmes les bords du Ngotwani, mais, comme les eaux étaient basses, et qu’il semblait impossible d'arriver au pays de Sichely par cette route, je me déterminai à revenir sur mes pas, en me dirigeant de nouveau vers le Limpopo, que nous attcignimes le 23.
En chemin je tuai un vieux lion.
En suivant les bords du Limpopo on gagne la Mariqua. Un peu avant le coucher de soleil, deux grands troupeaux de buffles se montrèrent devant nous. Je tuai une femelle, et, après avoir remisé huit ou neuf males dans les roseaux élevés qui se trouvaient sur le bord du courant, tout à fait vis-à-vis de mon camp, je visai les deux plus belles têtes du troupeau et par- Vins à en tuer un à l’aide de cing coups de carabine. L'autre s'enfuit, quoique grièvement blessé, tandis que j'élais engagé avec son camarade.
Le lendemain matin, lorsque nous traversämes la rivière pour aller à la recherche des buflles, nous découvrimes un lion qui marchait majestueusement devant nous : après une chasse très-animée, dans laquelle je perdis trois de mes chiens, nous l’attirämes dans des roseaux près du fleuve, et, pour la première fois, je pus tirer sur lui, Ma balle Jui entra un peu derrière l’épaule, En se sentant atteint, l'animal rugit et chargea les chiens, mais seulement jusqu'au bord és roseaux, hors desquels il avait beaucoup de peine
à se mouvoir. Je fis une seconde décharge, en le visant à la tête, et la balle, pénétrant près de l'œil, Jui traversa la mâchoire.
Au mème instant le lion s'élança, sauta par-dessus les roseaux, plongea dans la rivière, au milieu de laquelle il nagea, ct la teignit de son sang; on chien noir, nommé Schwart, osa seul le poursuivre, Un énorme crocodile, attiré par le sang, suivitles combat tants dans leur course; par bonheur il ne toucha pas & mon chien, et c'était lace que je redoutais. Préseut tira
sur le lion pendant qu'il nageait, mais il le manqua; deux de mes armes étaient déchargées.
Cependant, avant que le lion n’eut gagné le rivage opposé, j'eus le temps de glisser de la poudre et un lingot dans ma carabine, et, juste au moment où il mettait le pied à terre, je l’atteignis au cou; il tomba mort sur la place.
Nous parvinmes jusqu’à lui en suivant un sentier tracé par les hippopotames; le temps était humide et froid, et, pour dépouiller le lion, il nous fallut allumer du feu.
Cet animal était jeune et avait un très-beau manteau; sa crinière n'était pas très-épaisse; mais ses denis élaient parfaites, ce qui n’est pas commun chez les lions de cet âge, et il avait une très-belle toufle de poils au bout de la queue, ornememt que je n’avais jamais vu jusqu'alors chez aucun de ses congéneres.. 4
Le 27, nous arrivames à la jonction de la Mariqua avec Je Limpopo, puis nous quittames encore une fois ce fleuve et suivimes le bord septentrional de la Mariqua. Ce charmant courant d’eau a cing ou six mètres de largeur, en cet endroit, et coule en serpentant dans une grande vallée ouverte, Par intervalles, il n'y a pas un arbre, mais seulement des roseaux, bordés par des bosquets formés par des arbres hérissés d’épines et par des saules.
Je trouvai là des reitboks, qui ne fréquentent pas le Limpopo dans les parties que j'avais visitées. La campagne est fertile et verdoyante, et toutes les espèces ordinaires de gibier y abondent. A peu près à quinze milles, au sud et à l’est, se trouve une chaîne de montagnes qui occupe une étendue d'environ cent milles, et qui, vers le nord-est, semble s'élever davantage et devenir plus escarpée à Son extrémité.
Je suppose que le Limpopo prend sa source à l’est de cette chaîne, mais il est impossible de le remonter jusque là, et par conséquent de vérifier celte supposition.
Le lendemain nous parcourümes près de huit milles en remontant le courant. Sur notre route je blessai deux rhinocéros noirs, et je tuai ensuite un sassayby et un énorme. crocodile. Quand nous apercûmes ce dernier, il était endormi sur l'herbe au bord de l'eau. I] fut atteint par deux balles, l’une dans la tête, l'autre au défaut de l'épaule. Dans les convulsions de l'agonie, il parvint à se replonger dans la rivière et disparut, J'étais vraiment fort surpris d’apercevoir un monstre pareil dans une si petite rivière. La lonsueur du saurien dépassait sa largeur à l'endroit où je tirai sur lui.
Le 31, en cheyauchant au bord de l'eau, je vis un autre de ces reptiles ; il dormait sur Ja rive opposée, et ma balle, en lui fracassant l'épine dorsdle, le tua roide sur Place. Ve traversai la rivière un mille plus bas, afin d' CxanIUer ma victime. C'était uu vieux,
mais un beau spécimen de l'espèce, qui avait plus de douze pieds de longueur. En retournant au camp pour le dépouiller, je trouvai la vallée envahie par un immense troupeau de buffles.
Quelques jours après, quatre lions traversèrent la vallée à une centaine de mètres au-dessous de mon camp. Nous les poursuivimes aussitôt; leur vue me frappa d’étonnement et je fus comme saisi de la majesté de leur allure et de leur contenance : c'étaient d'énormes mâles. L’ayouerai-je? Je commencçai à douter de l'issue du combat qui s’offrait à nous.
Les chiens s’élancèrent, et les lions, prenant leur course, suivirent doucement le rivage et disparurent dans une presqu île formée par la rivière, très-ombragée en cet endroit par de grands arbres et par des roseaux. Les chiens y pénétrèrent hardiment en aboyant, et les lions commencèrent aussitôt à hurler. Quelques minutes après je les entendis se jeter dans le courant ; je sautai à bas de mon cheval et je courus sur la rive d'où j'en vis trois qui remontaient de l’autre côlé.
L'un d'eux se dirigea en toute hate vers la plane ouverte, mais les deux autres, se voyant pressés par les chiens, retournèrent tout de suite à l’eau. C'était maintenant à mon tour, et, ce jour-là, j’eus le plaisir
de faire le double coup le plus glorieux que puisse
rèver un chasseur : j’atteignis les deux lions à I’épaule avant qu'ils pussent même se douter de la posiLion que J'occupais.
Je prs mon fusil des mains de Carey qui était venu à mon aide, et j'achevai le premier lion en lui envoyant une balle près du cœur. J’arrétai ensuite le second en le frappant à la cuisse; il parvint néanmoins, en rampant, jusque sous un buisson d’un vert très-foncé, où, pendant quelque temps, il se déroba cnltrement à mes regards; mais à la fin une motte de terre qui tomba sur sa cachette lui fit faire un mouvement et trahit sa position. Je l’achevai avec trois balles qu'il recut dans le milieu du dos. Le quatrième lion s'échappa.
Nous traversämes la rivière un peu plus haut pour examiner les victimes que j'avais faites. Je gardai le crane et la peau du plus beau de ces animaux, et seulement les griffes et la queue de celui qui avait les dents cariées.
Le 19, pendant notre voyage, nous eûmes à traverser Nous
euions arrivés alors à l'endroit où nous devions dire d
une rangée de collines rocailleuses.
eu à la Mariqua et suivre la direction orientale au milieu de la Campagne pour nous rendre à Sichely. Au coucher du soleil nous fimes une halte sous une haute montagne, la plus élevée du pays, que l'on appelle « Lynché-à-Cheny », ou la montagne du Singe.
Dans la soirée nous parcourdmes la plus délicieuse contrée que j ale jamais vue en Afrique A notre gauche nous longions une rangée de montagnes pierreuses,
bien boisées et qui paraissait n’avoir pas de fin; à notre droite le terrain était doucement incliné et allait rejoindre une forêt verdoyante entrecoupée de clairières. Comme l'Océan, cette forêt était sans bornes, quoiqu’elle fut cepencant interrompue d’un côté par une chaîne de montagnes rocailleuses couvertes de bois qui s’élevaient en pyramides.
L'horizon était bordé de forêts et de montagnes ; l’une de ces dernières dominait toutes les autres et semblait former un dôme. La soirée était fort belle, quoique le ciel fut un peu couvert, ce qui répandait sur le paysage un certain charme mystérieux et lui donnait un aspect sauvage. Je contemplai avec émotion la scène étrange qui se développait devant moi et j'étais triste de ne pouvoir m’arréter en ce lieu; aussi ne pus-je m'empêcher de m'écrier : « Je donnerais ma vie pour pouvoir vivre ici quelques années et jouir de la possession d’une pareille terre. »
Nous atteignimes dans la matinée une fontaine située à quelques milles dans une gorge des montagnes, et j'y trouvai trois lionnes dont je tuai une en lui tirant quatre coups de fusil.
Le 24 des averses tombèrent à toute heure et mes hommes s’occupérent à me faire des brogues. Ces souliers étaient vraiment dignes d’un chasseur; quoique légers, ils étaient tres-forts et fabriqués entièrement de la peau des animaux que j'avais tués.
Les semelles étaient en cuir de buflle ou de girafe ; le dessus en koodoo, en hartlebeast ou en bushbok ; le derrière était en peau de lion, de hyène ou d’antilope noire. Ces chaussures étaient cousues avec une lanière très-fine coupée dans le cuir du steinbok.
Dans l'après-midi nous nous dirigeàmes vers l’ouest en côloyant les montagnes boisées et pierreuses. Les naturels avaient en cet endroit, plusieurs années auparavant , fait avec succès la guerre aux éléphants, car je trouvai là quatre cranes de ces animaux. Dans la journée nous rencontrames six buffles et nous blessimes un magnifique male à l'épaule, ce qui ne l’empécha pas de s'enfuir avec ses camarades, car le terrain était très-mauvais et ne permettait pas qu'on le poursuivie,
Nous eùmes encore au retour une aventure de chasse avec un autre vieux buffle mâle, et nous fames bientôt convaincus de l’extrème danger qu'il y a à attaquer ces animaux lorsqu'on n’a pas de chiens. Nous lancdmes l'animal dans un vallon couvert de verdure au milieu des collines, et nous l'y suivimes quelque temps, tantôt l'apercevant, tantôt ne distinguant que l'empreinte de ses pas. Je marchais d’une vitesse qui le mettait hors d’haleine. Lorsqu'il se vit dans un grand danger, il eut recours à un singulier stratagème : il tourna tout autour de quelques épais buissons qui le dérobèrent à notre vue, puis se trouva près d'un étang assez profond pour y dissimuler son corps; il s'y jeta, regarda de tous côtés, se coucha
enfin, et attendit notre arrivée. Par malheur sa téte grise et ses énormes cornes paraiSsaient à la surface, quoiqu’elles nous fussent cachées par des rangées de grandes herbes.
Du reste nous ne nous attachions qu'aux traces , et nous avançâmes hardiment à quelques pieds de l'animal sans l’apercevoir. Il se releva alors, chargea Ruyter d’une manière désespéré en poussant un cri
particulier aux animaux de son espèce, cri ressemblant un peu au hurlement du lion, et jeta par terre la monture et le cavalier; sa corne acérée perça la hanche du pauvre coursier et le blessa horriblement. En un instant Ruyter se remit sur pieds et parvint à se sauver ; le bufile observa du coin des yeux et le poursuivit; mais son pied glissa et il tomba dans une mare boueuse. Le bushman put ainsi échapper à une mort certaine. L'animal se releva tout étourdi. A ce moment je lui lancai une balle dans l'épaule, et immédiatement il quitta le lieu du combat pour chercher un abri dans l’épais fourré sur le versant de la montagne où je jugeai imprudent de le relancer. Le 28 un de mes conducteurs de waggons n'ayant pas obéi à mes ordres, le waggon qu’il conduisait fut presque renversé ; je lui fis donner une correction pour laquelle on employa le fouet.
Le 4 décembre nous nous dirigeames vers le Ngotwani et le traversdmes après avoir péniblement travaillé pendant une heure; il nous fallut tracer une route sur les bords. Dans l'après-midi nous continuadmes notre route et nous fimes halte au coucher du soleil en un lieu où nous nous étions déjà reposés près de Poozt, autrement dit « la Passe-de-Dieu ».
Ce jour-là je suivis les traces d’un rhinocéros blessé le long d’une rangée de montagnes qui était à ma
droite, puis dans un bassin très-boisé au milieu des
montagnes. Je remarquai bientôt que deux lions avaient découvert la piste comme moi et qu'ils guettait le boselé; ils étaient en effet couchés dans le voisinage.
J'étais à trente pas d'eux avant de soupçonner leur présence. Ils se relevèrent, rugirent, et remontèrent le long des flancs de la colline. Tout d’abord je n’en aperçus qu'un qui n'était pas très-éloigné de moi et je m'arrêtai pour le regarder. Il se placa dans une
osition favorable et je tirai sur lui; il fut atteint
u cœur, Quand Ja balle pénétra il bondit en avant et fut à l'instant caché par les arbres. J'approchai alors avec précaution. L’instant d'après, l’autre lion se leva, fit entendre un rugissement terrible et marcha très-tranquillement sur le côté de la montagne. Je supposai que c'était l'animal que j'avais blessé et lis encore deux décharges sur lui, mais il disparut
sans ralentir le pas. En avancant pour visiter l’en- |
droit où le lion s'était couché, je trouvai deux gîtes : par conséquent il y avait eu là deux lions. Je pouvais donc bien en avoir tué un,
Dans le cas où l'animal n'aurait été que blessé, je jugeai prudent de rejoindre les waggons, qui passaient au-dessous de nous, afin de me faire suivre par quelques chiens. Lorsque j'eus ramené ces derniers, Ruyter et moi nous retournames à l'endroit que je venais de quitter; nous trouvames ie lion étendu sans vie sur le côté de la montagne, et nous nous hatames de le dépouiller pour emporter sa peau sur nos waggons.
Dans l'après-midi j'allai à cheval au camp de Sichely, sur le Kouloubeng; j'appris, en y arrivant, que M. Livingstone était parti dans la matinée pour visiter une tribu qui habite à l’est du Limpopo. Mistress Livingstone me recut très-bien ; elle moflrit du thé, du pain et du beurre que je trouvai excellents, et me raconta toutes les nouvelles de la colonie
Le 14 je partis à pied, accompagné de Ruyter ; je marchai fièrement à la rencontre d’une belle antilope noire que je tuai avec cinq balles. C'était un superbe spécimen de cette espèce rare et charmante; ses cornes étaient énormes, très-longues, rugueuses et très-régulières. Je lui coupai la tête, et, après avoir couvert la chair de rameaux verts, nous retournames au camp d’où j'envoyai des hommes chercher la yenaison et la peau.
Toute la matinée du 45 je fus occupé à préparer la tête de cette antilope noire.
Je me mis ensuite en route avec deux cavaliers et me dirigeai vers le nord. En longeant les collines sous lesquelles nous étions campés, j'aperçus un gems-bok à deux cents mètres de moi; j'épaulai à l'instant ma carabine à six pouces d'élévation et fis feu : la balle atteignit la bête à l'épaule et passa de l’autre côté des parties inférieures.
Le gems-bok plia le dos et s'enfuit, se dérobant à mes regards derrière un bloc de rochers. Après avoir chargé mes armes, j'aperçus du sang sur le sol; je suivis ces taches et j'eus le plaisir de trouver l’antilope étendue ne pouvant plus se relever. Cette antilope avait la plus belle tête que j'eusse jamais vue ; ses cornes étaient très-longues, bien placées, larges et lrès-rugueuses.
Le 18 nous reprimes notre chemin, et, après quatre heures de marche, nous campames sur les bords du Kouloubeng ; là, des antilopes, des zèbres, des buffles éprouvèrent le pouvoir de ma carabine.
Le lendemain, pendant que nous explorions une partie très-montagneuse et très-belle du pays au sud-est, je retrouvai les ornières de mes waggons, pendant mon voyage de 4843, à une courte distance de la gorge dans les montagnes; c'est là que mes bœufs avaient été chassés par les lions.
En cet endroit deux ruisseaux se rencontrent. On trouve là beaucoup de gibier quand la campagne n'a pas été ravagée par les chasseurs griquas. J'aperçus les traces d'un troupeau de buffles, et, apobe las avoir
suivies, je me trouvai en face d'un autre troupeau. | lesmontagnes, derrière Bakatla. Je fus contrarié dans
Ces animaux se reposaient sons d’épais ombrages dans la même vallée; j'approchai d'eux en rampant, et, lorsque je ne fus plus qu’à trente mètres, je restai immobile pendant une heure pour choisir la plus belle tête.
Le bufile que je désirais tuer était étendu sur la terre; son corps était abrité par de fortes branches couvertes d’épines. Les animaux se levèrent les uns après les autres. s’allongèrent, frottèrent leurs cornes contre les arbres, et bientôt se recouchèrent. Enfin quelque chose les eflraya. Le buffle que je convoitais se dressa sur ses pieds et s'offrit à moi dans une position favorable. Mon premier coup de fusil ne voulut pas partir, mais le second éclata à travers le fourré et la balle atteignit l'animal au cœur.
En revenant au camp je trouvai une tribu de Baquainas et parmi eux un frère de Sichely. Ces hommes m'averlirent que les Boers avaient pris beaucoup d'informations à mon sujet, et qu'ils avaient déclaré leur intention de venir en force, montés sur des chevaux, pour me faire prisonnier. Les Baquainas ajoutèrent cependant que tous les chevaux des Boers étaient morts d'une épizootie.
Une attaque n était pas improbable ; je jugeai donc prudent de m'y préparer. Je résolus, en cas d’événement, de me rendre près de M. Edwards, le missionnaire, à Bakatla. Dans la pensée d'un danger sur les bord du Manouri, je me dirigeai vers l'ouest, et je traversai le pays des Bawangketses. Ce même jour je perdis une autre jument noire qui mourut de maladie.
Cette année mes pertes de bétail avaient été considérables. J'avais déjà vu mourir quatorze chevaux et quinze autres animaux. Pendant les quatre expéditions que j'avais faites dans l'intérieur de l’Afrique, quarante-sept chevaux et soixante-dix bestiaux avaient péri. C'était une valeur d'au moins six cent livres. J'avais aussi perdu sept de mes chiens.
Nous voyageâmes pendant plusieurs jours au milieu d'une campagne où les différentes espèces de gibier étaient fort abondantes et notre chasse y fut bonne.
Le 4er janvier 1849 j'entrai à Bakatla, où je trouvai M. Edwards et sa famille en très-bonne santé. II m'apprit que les Boers avaient rencontré le gouverneur et les troupes en un lieu appelé Bloom Plaato, sur la rive septentrionale du fleuve Orange, et qu’apres un combat de trois heures les sauvages avaient été défaits,
M. Edwards me conta que depuis ce temps les Boers s'étaient enfuis en grand nombre vers Mosega et s'élaient embusqués en cet endroit pour s'emparer de mes waggons. 1 me conseilla donc de ne pas BUIVre mon ancienne route, et de quitter promptement le pays, en suivant une ligne directe à travers
mes projets par une attaque de fièvre qui me prit le lendemain, et j'avoue que j'étais très-agité et trèsinquiet.
Le 3 nous partimes dès l'aurore, et, après avoir parcouru plusieurs milles sans trouver d’eau, j'eus la triste conviction de n’en avoir que le lendemain, lorsque nous serions près de Malopo. Le soleil était brûlant ; mes pauvres chiens étaient sur le point de devenir fous; la plupart de mes bestiaux boitaient, leurs sabots étaient altaqués, et moi-même j'avais une forte fièvre.
À ma grande satisfaction la pluie me fournit de l’eau pour tout le bétail.
Dans la crainte d’une attaque des Boers je donnai des ordres pour que tous les fusils et toutes les carabines fussent mis en bon état et chargés. On me prépara aussi quatre bons mousquets, grâce auxquels, dans une plaine ouverte, on pouvait faire reculer un grand nombre de Boers.
Dans l'après-midi du 45 nous arrivämes près de la rivière Hart, où nous nous arrétames à un quart de mille de la ville, autrement dit du kraal de Batlapis. Les eaux étaient très-élevées , et il était impossible de les traverser à cause des grandes pluies qui étaient tombées dans certaines parties du district.
Le lendemain matin, cédant aux prières de Mahura, je passai le Hart et campai sur la rive méridionale. Dans la journée j'obtins par échanges dix kaross et un très-beau chat bien moucheté; c'était un présent du chef.
Le 16 je pensai qu'il était temps de me remettre en route. Mabura et sa suite ne m’apportaient que des objets de peu de valeur, et dont ils demandaient des prix très-élevés. De très-bonne heure j’ordonnat à mes hommes de compter le bétail et de se mettre en route. Dans l'après-midi nous franchimes six ou sept milles qui nous rapprochèrent du Vaal.
Le jour suivant nous éprouvâmes beaucoup de retard eu égard à l’entêtement des jeunes bœufs qui ne voulaient pas tirer, et cela malgré les coups de fouet que nous leur administrions. A la tombée de la nuit nous fimes halte près de la charmante rivière Vaal, : qui était trés-haute, par suite des pluies abondantes tombées tout récemment. Lorsque je fus parvenu sur le bord, je jugeai qu'il était prudent de ne la traverser que le lendemain; aussi, ce jour-là, après avoir fait nos préparatifs, nous commençämes à conduire un waggon à la fois avec vingt bœufs; deux heures plus tard mes trois lourds véhicules étaient en sûreté sur l'autre rive. Après deux ou trois jours de marche, nous apercdmes plusieurs Boers qui stationnaient des deux côtés de la rivière Vet.
Le 24 notre course du matin nous amena dans le district où l'hiver précédent j'avais rencontré tant de
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bless-boks. Les Boers campaient en face de nous. Je m’arrélai à l'ombre de quelques arbres épineux, et nous vimes sur notre route de nombreuses traces de lions. :
Nous avions maintenant atteint le lieu où nous devions quitter la rivière Vet. Quand nous cûmes encore marche pendant un mille, nous entrames dans d’immenses plaines où l'on ne voyait de loin en loin que de maigres piturages. Là résidaient, sans être inquiétés, d'innombrables troupeaux de wild-beats, de bless-boks et de springs-boks.
Depuis fort longtemps je n’avais point vu de ces animaux. Je les contemplai donc aves un grand plaisir ct un intérêt profond qu'aucune parole ne pourrait exprimer; des milliers de quadrupèdes peuplaient le paysage; on en voyait de tous côtés.
Le 28 je montai à cheval et me dirigeai vers le nord-ouest. Je donnai la chasse à un troupean d'environ deux cents wild-beats noirs, que j’attaquai d'après le principe des Boers, en tirant plusieurs fois, après m'être placé à une distance de trois cents mètres.
Un fort beau mâle fut le seul qui mordit la poussière. J'étais près du camp, et j'envoyai Rayter chercher des hommes pour rapporter le gibier vers les Waggons.
Dans l'après-midi nous continuâmes notre route. D y avait très-peu d'herbe, et dés lors le danger pour les bœufs d'attraper une horrible maladie, désignée par les Boers sous lenom de «suot sickness, » n’existait plus : les bestiaux sont sujets à ectte maladie lorsqu'ils paissent sur des terres fréquentées par les wild-beats noirs.
Le lendemain, le terrain était très-mauvais pour les bœufs à cause des pluies ; plusieurs troupeaux de bless-boks passèrent près de nous. Dans l'après-midi, nous découvrimes un nid d’autruches, de sept pieds de diamètre, qui contenait vingt-quatre œufs nouvellement pondus. Je les confiai à Ruyter, afin qu'il les défendit des chacals, des vautours et de l’autruche elle-même, qui pouvait revenir pendant notre absence et briser les œufs. Lorsque j’arrivai au camp, je dépéchai deux hommes avec des sacs de cuir pour aller chercher mon butin.
Le lendemain au malin je fis une chasse très-animée, car plusieurs fois les wild beasts chargèrent follement à l'endroit où je m'étais caché, et, peudant la journée, je tuai quatre vieux mâles.
Le 3 février nous nous arrétames à Bloem-Vonteyn, où je fus très-bien reçu par les ofliciers du 45e et par ceux du régiment du Cap qui s'y trouvaient,
Nous restimes là un jour ou deux, puis nous nous engagedmes à travers une campagne désolée, dans laquelle nous trouvâmes des troupeaux de wildbeasts, de bless-boks, de springs-boks, et un grand
nombre de squelettes répandus de tous côtés dans la plaine. Cette grande mortalité avait été causée ou par la famine, ou par une maladie galeuse , appelée par les Hollandais brunt sickta, laquelle, bien souvent, détruit tous les animaux dans les plaines fréquentées par le gibier.
Le 17 nous fimes reposer les waggons à la ferme de M. Fossey, à deux milles du grand fleuve Orange. M. Fossey nous informa que les eaux étaient trèsélevées, et qu'il ne croyait pas que nous pussions traverser le fleuve avant plusieurs mois. Le pont de Nerval avait été brisé quand les troupes passèrent pour aller combattre les Boers à Boom-Plaats, peu de mois auparavant, et Ienouveau qu’on consiruisait n'était pas encore arrivé. Je fus retenu sur les bords du fleuve pendant plusieurs semaines, et ce retard me parut beaucoup plus long que je ne l'aurais vouln.
Le 8 mars j’appris que les Boers avaient construit un radeau au dessus d’Alleman’s Drifft.
Je me mis eu route et descendis la rivière pour examiner ce radeau ; il était plus dangerenx qu’ulile, car il ne pouvait supporter que de légers waggons, et ceux qui étaient trop pesants devaient être tout d’abord déchargés. Au coucher du soleil je parvins à conduire un waggon et douze bœufs sur la rive opposée, mais je ne pris que six animaux à la fois. Le courant était rapide et profond.
Le lendemain an matin je m’apercus que le fleuve avait beaucoup augmenté pendant la nuit et qu'il grossissait encore. Je déchargeai la plus grande partie de la cargaison du waggon du vieux Adonis, afin de lui faire passer l'eau ; mais je manquai de tout perdre lorsque je fus arrivé au milieu du fleuve. À ce moment l'inondation avait tellement augmenté que nous pensimes qu'il serait dangereux de nous aventurer davantage; nous primes donc la prudente résolution d'attendre la décroisssance des eaux de l'Orange, qui ne continua pas moins à grossir toute la journée et la matinée suivante. Dans l'après midi il semblait avoir atteint son maximum, et, vers le soir, il était évidemment ea baisse.
Tout le jour, comme cela était arrivé la veille, le fleuve présenta un imposant spectacle, d'énormes morceaux de bois, des trones d'arbres roulaient devant nous sur les eaux agitées, qui les conduisaient à la mer. Dans l'après-midi le fort cdble qui retenait le radeau dont j'ai déjà parlé se brisa; il ne put résister à la rapidité du céurant et fut emporte.
Nous le retrouvâmes le 44 avec beaucoup de difficultés, les Boers s'en étaient emparés ; et, avec plusieurs Béchuanas caffres, avaient essayé de traverser le fleuve.
Lorsqu'ils furent à moitié chemin, l'eau s'éleva peu à peu sur le radeau; une terreur panique les saisit et ils s'élancèrent dans le petit bateau attaché
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au radeau, qui chavira. Au même instant la corde qui retenait ce léger esquif s'étant rompue, ces infortunés furent entraînés par la violence du courant. Sur vingt-sept quatre seulement échappèrent à la mort,
Après cet accident j'envoyai mes hommes sur l’autre bord pour qu'ils se rendissent à Norval’s boat, audessous d'Alleman’s Drift, où j'allai les rejoindre avec mon waggon tendu. Le jour suivant, au coucher du soleil, nous fimes traverser heureusement les deux autres waggons, et nous campames encore une fois sur le territoire britannique.
Le passage fut pénible; il nous fallut vider chaque véhicule, le démonter et porter tout pièce à pièce. De cette facon seulement nous pimes traverser. Les bœufs et les chevaux nagèrent.
On rechargea aussitôt, et, le 48, à la tombée de la nuit, nous entrames à Colesberg, où nous nous rendimes aux vieilles casernes. Nous avions été absents juste une année.
Quand mes waggons entrèrent dans la ville, la nouvelle de notre arrivée se répandit promptement. Un grand nombre de gentlemen et de jeunes et jolies femmes accoururent pour voir le vieux chasseur d'éléphants, qui avait été pleuré comme s’il eût été mort. Nous fûmes bientôt entourés de la moitié de la population, qui ne nous quitta que lorsque la nuit forca chacun à regagner ses pénates.
Mon ami, M. Orpen, qui était d'une trés-bonne constitution, s'était bien remis des terribles blessures que lui avait faites le léopard sur les bords du Limpopo, mais il était encore obligé de porter ses bras en écharpe.
Pendant mon séjour à Colesberg j’eus beaucoup de plaisir à retrouver mon ami, M. Oswell, de l’honorable compagnie du service des Indes orientales. il avait alors le projet de se mettre en route pour se rendre dans l'intérieur des terres et désirait pénétrer chez les Kabharis en suivant la direction nordouest et visiter le lac avec des bateaux.
C'était là une expédition que j'avais eu plusieurs fois l'intention d'entreprendre, mais mes ressources pécuniaires, mon désir de faire une collection d'objets appartenant à l'histoire naturelle m’avaient entrainé du côté des vertes forêts de l’est, où j'étais plus à même de trouver des éléphants et de m’enrichir de leurs dépouilles.
M. Oswell ayant besoin de bœufs, je lui offris d’en Choisir aulant qu'il voudrait parmi les miens. Il partit peu de temps après, accompagné de M. Murray. Je reslai à Colesberg jusqu'au 42 avril; puis je me rendis à Cuil-Vonteyn, ferme appartenant à mistress Van Blerk,