LA VI
pencha vers la terre; il respira convulsivement pendant un moment et expira.
Je mis sur-le-champ pied à terre, lui arrachai quelques crins que je cachai sur ma poitrine, et je revins au camp : j'avais à peine été absent pendant dix minutes.
Nous avancâmes encore au lever soleil, mais, vers dix heures, j’arrétai mes waggons vers l'endroit où, l'année précédente, j'avais essuyé tant d’orages pendant une semaine. Sur notre route je tuai un springbok. Quelques secondes après, Booi s’approcha de moi et me dit que, lorsque j'avais fait feu, il avait remarqué un lion qui levait la tête dans un herbage de
la vallée qui se trouvait en face ; je ne le crus pas d'abord, néanmoins je l'envoyai chercher huit chiens. Il pensa que la meute entière vaudrait mieux, il en ramena trente.
Je me dirigeai immédiatement vers l'endroit où Yon supposait que le lion devait être, et, en nous avancant, nous vimes deux lionnes assises sur l'herbe; elles rugirent furicusement après nous. Une malencontreuse rangée de roseaux d'environ soixante mètres de longueur et de vingt mètres de largeur se trouvait entre elles et moi; devinant le péril auquel elles étaient exposées, elles allèrent se réfugier dans le fourré. Un instant après le plus horrible combat qui se put voir eut lieu , et un affreux massacre de mes meilleurs chiens se fit la sans que je pusse l'empécher.
Vainement je tournai autour du fourré en essayant d'apercevoir leurs adversaires, ce qui m'aurait mis à même de finir ce carnage ; lesroseaux étaient si élevés et si épais que je ne pus y parvenir. Quoique les lionnes ne fussent pas très-loin de moi, il m'était impossible de les voir. Enfin l’une sortit du fourré du côlé opposé; je tirai du haut de ma selle, et, malgré les mouvements de mon cheval, je la blessai ; elle rentra dans les roseaux en poussant des rugissements de fureur.
Un certain nombre de chiens qui avaient poursuivi untroupeau de wild-beastsrevintau milieu de erbe ; ils suivaient la trace d'une troisième lionne quise dirigeait en rugissant sous l’ombrage, dans l'intention de rejoindre ses camarades. Ce fut là pour ma meute le signal d’un coup hardi : elle s'élanca à la fois.
Les trois lionnes rencontrèrent mes chiens et les abattirent avec la même facilité que des chats eussent abattu des souris. Pendant quelques minutes nous n'entendimes que le craquement des roseaux, la voix des lionnes, les aboiements et les gémissements des chiens.
La nuit mit fin à cette boucherie, et je retournai au camp navré de remords et de regrets de n'avoir pas rappelé mes pauvres lévriers. Trois des meilleurs avaient perdu la vie dans ce combat inégal ; sept ou huit étaient grièvement blessés, et ils exhibaient
d’horribles morsures, qui, pour plusieurs, ne se guérirent jamais.
Le lendemain , avant que le jour parût, nous entendimes le rugissement des lions; il partait de l’est, et, en suivant des traces fraiches, nous remarquames bientôt dans un endroit stérile, à deux cents mètres de nous, une forme jaune, que nous comprimes être celle du lion. Nousnous y élancämesau galop. En nous apercevant l’animal féroce leva la tête is la rabaissa aussitôt dans l'espoir que nous passerions sans faire attention à lui. A vingt mètres plus loin sc tenait une magnifique lionne avec deux lionceaux. Lorsque nous arrivames ils s’élancèrent tous trois dans le fourré placé à notre droite. Le vieux lion se montra plus poltron que sa compagne et ses petits, et il s'enfuit en toute hâte.
Le gibier ayant ainsi disparu dans ce refuge, je placai Booi à l’une des extrémités du fourré pour qu'il le surveillat pendant que j'y pénétrerais par l'autre et que je le parcourrais avec les chiens. Deux fois mes efforts furent inutiles ; une troisième fois les chiens découvrirent la lionne couchée sous un buisson; je lui tirai deux balles au défaut de l'épaule et il lui tut impossible de se relever. Un autre coup latteignit à l'œil et lui fit sauter la moitié de la cervelle. Booi et moi la dépouillames, puis nous lui coupames la tête avant de retourner au camp.
Avant l'aube nous distinguâmes la terrible voix des animaux; elle venait encore de lest. Je me rendis près du fourré où, la veille, j'avais trouvé les lions; la je découvris les jeunes, dont l'un était disposé‘a nous livrer bataille. Je le tuai en tirant deux fois sur lui; son camarade s’esquiva; mais les chiens le découvrirent. Quand je fus à proximité, je mis pied à terre, j'écartai les chiens et terminai ses jours en lui logeant une seule balle dans le crane.
Nos chiens ne cessèrent point d'aboyer pendant la nuit; nous pensions que des lions rôdaient autour du camp, et, au jour, nous découvrimes que nous avions été favorisés par la présence de moins illustres, mais non moins présomptueux visiteurs. Une bande d'audacieuses hyènes était venue près de nos feux; non contentes de dévorer les os qu’elles avaient trouvés, elles avaient mangé la nappe, emporté le couverele de la cantine et deux larges coussins ; nous eûmes Ja chance d'en retrouver un en très-mauvais état, Dans quelques anuées d'ici l'autre sera probablement conservé comme une relique chez les Bechuanas.
Le 12 je conduisis mes waggons sur la rive septentrionale du fameux Meritsane, J'eus la satisfaction de voir qu'une partie de la campagne avait été brûlée par les Bakalaharis quelques mois auparavant. La pluie qui était tombée pendant la saison avait fait pousser une herbe abondante qui donnait aux plaines ondulantes une charmante apparence de fraicheur.
Ce qui me plaisait Je plus, c’est que je savais que le gibier du voisinage devait avoir été attiré en cet endroit : j'espérais que je rencontrerais, près du Merilsane, des élans et autres animaux, comme cela arrive à tous les chasseurs.
Les traces des buffles, des zèbres, des wild-beasts, des hart-beasts et des sassasybys étaient très-nombreuses, et j'aperçus des troupeaux considérables de ces différentes espèces. Je pris cependant la résolution de ne pas troubler la campagne, dans la crainte d'effrayer les élans qui pouvaient s'y trouver; aussi passai-je près de ces animaux sans leur faire aucun mal. Après avoir parcouru plusieurs milles, j'eus le désappointement de m’apercevoir que très-peu d'élans fréquentaient ces parages. Je revins au camp après en avoir cherché inutilement.
Je partis le lendemain avec un cavalier, et, après nous être éloignés un peu, j'eus le plaisir d’apercevoir un magnifique troupeau de buffles qui paissaient tranquillement sur la rive opposée du Meritsane.
Ce gibier était celui dont j'avais le plus besoin, car
nous commencions à manquer de viande. Accompagné de M. Orpen, de deux cavaliers et d’un grand nombre de chiens, nous résolûmes d’attaquer ces animaux, et nos projets furent heureusement mis à exécution. Je tuai cinq buflles et M. Orpen deux, ce qui fit en tout sept têtes.
Après déjeuner deux paires de bœufs rapportèrent aux waggons quatre des buffles les plus gras, et, jusqu'au coucher du soleil, mes hommes furent très-occupés à les couper et à les saler. Dans la soirée je
sorlis avec ma carabine, avec le désir de trouver un }
veau que le troupeau avait abandonné dans la matinée. À ma grande surprise, lorsque l'animal m'apercul, i! me chargea hardiment; mais je tins ma carabine ferme à Vepaule, et, quand il fut a quatre mètres de moi, je l'arrêtai dans sa course en lui envoyant une halle au milieu du front.
Trois des buffles quenous avions tués avaient été laissés sur place; je pensais que nous pourrions trouver un lion faisant son repas de l'un d'eux, si nous nous y ren lions dès l'aube. Je partis done avec un cavalier et une meute de chiens. En approchant du troisième, les vaulours que j'aperçus au-dessus de ma tle m'avertirent que je ne trouverais pas le buffle seul; lorsque j arrivai près de ma victime, je vis à deux cents mètres de moi un énorme lion, rentrant lentement dans le fourré sur le bord de la rivière,
Aussitot je pressai mon cheval, afin d'éloigner mes chiens de la charogne, et, s'il etait possible, de mettre le lion en délense avant qu'il pût gagner un fourre. Nous arrivames prés de lui juste au moment ou tl atteignait un pelit massif de roseaux, du milieu duquel il se précipita dans le lit de la riviere, où il se réposa, J avangat jusqu'à quinze mètres et lui rendis toul mouvement impossible en lui envoyant une balle
dans l'épaule. Je descendis ensuite de cheval, jusqu'à douze mètres de lui, et je l’achevai en lui lancant une seconde balle à l'épaule.
Cet animal était un vieux lion noir d’une taille superbe ; ses dents étaient parfaites et son poil magnifique. J'ordonnai à mes hommes de l’écorcher avec le plus grand soin.
Le lendemain nous gagnâmes le Lotlokane.
Dans l'après-midi, animé du désir de tuer un gems-bock, je fis seller mes trois meilleurs chevaux, et je pris la direction du nord, accompagné de deux cavaliers ; je n’emportai qu'un fusil à un coup.
Après avoir parcouru quelques milles, j'entrai dans un magnifique pare dont le terrain était uni et orné de bosquets épineux, dont se nourrissaient de nombreux troupeaux de wild-beasis, de zèbres, d'hartebeasts et de springs-boks. Je savais que les élans et les gems-bocks se tiennent ordinairement dans le voisinage de troupeaux d’autres espèces de gibier. Je résolus donc de m’avancer en demi-cercle près dé ces derniers. J'examinai soigneusement le sol pour découvrir des traces des animaux que je désirais trouver. Après avoir fait une course rapide dans cette intention, nous revenions, mes gens et moi, tranquillement, lorsque quatre élans se présentèrent devant nous.
Immédiatement nous nous mimes en chasse. Booi, qui était en avant, sépara le plus beau mâle de ses compagnons et l’attira vers le camp. J'étais près des trois autres et je choisis la meilleure tête; puis, après une chasse pénible, je l’étendis à terre avec une seule balle qui l’atteignit à l'épaule.
J'allai aider Booi, qui se trouvait à un quart de mille dans la plaine au-dessous de moi. Je me dirigeai vers l'animal avec précaution, et nous réussimes à l’amener droit aux waggons. Je le tuai de deux coups qui le frappèrent à l'épaule. Je n'avais pas encore de tête d’élan mâle, et c'était à un beau spécimen que je destinais à ma collection.
Nous partimes pour nous rendre près de Molopo, sur les bords duquel je tuai des aniilopes rouanes et des reitboks.
Le27 mai nous atteignimes le kraal de Sichely, situé sur le Coulonbeng.
Le 31 nous nous remimes en route, et nous portames nos pas vers le Limpopo, où nous parvinmes le 45 juin
Le 18 la lune était dans son plein; je traversai la rivière avec MM. Orpen, Carey et plusieurs de mes gens, et nous nous rendimes à la fontaine de Charibe, où nous espérions faire la chasse aux éléphants pendant la nuit; mais nous avions eu le malheur d'ellrayer ceux qui fréquentaient cette fontaine; ils avaient tous fui ce district. Le 23, en venant de Guapa au camp, j'entendis les cris des éléphants dans plusieurs directions; je compris qu'il devait y
oo
avoir non loin de là uu nombreux troupeau. Je montai sur un grand arbre qui portait des épines, et du faite j’apercus les dos gris de quelques-uns de ces animaux ; ils dépassaient en hauteur les taillis de la forêt. J’envoyai Bamachumie chercher les chiens; quand ils arrivèrent, je m'avançai pour faire une plus miuutieuse inspection.
Le troupeau contenait plus de cent éléphants et élait entièrement composé de femelles et de jeunes mâles. Pendant une demi-heure j’essayai d’en choisir un bon. Je rampai jusqu'à quinze mètres d'un beau mâle, à qui j'envoyai une balle au défaut de l'épaule. Mes gens ne lançaient pas mes chiens et ne m'amenaient pas mon cheval; j allai donc à leur rencoutre, et, pendant ce temps, l'éléphant rejoignit ses camarades. Les chiens en attaquèrent un autre et je mis fin à ses jours après une longue chasse. L’animal était à peine tombé que le vieux Mutchuisho vint, avec une trentaine de Bamangwatos, m'en demander la chair. Le lendemain je tuai un autre éléphaut de fort belle taille.
Le 29 je traversai le Macoolwey, et, pendant la roule, je chassai à la tête des waggons; je tuai un daim mâle et sa femelle, et jemis en fuite une bande de sept ou huit lions qui avaient pour guide un vieux lion d'une grosseur extraordinaire. Le jour suivant je menai les waggons près de la Basilika. La je tuai deux pallahs et une girafe femelle. Nous remisames les waggons dans mon ancien camp, mais, comme je remarquai des tsetsés sur mes chevaux, je me détermiuai à quitter Séléka le lendemain.
Vers minuit un énorme lion attaqua hardiment le kraal où était le bétail. Il cherchait à passer à travers la haie épaisse et épineuse, et il répandit la terreur parmi les bestiaux, qui fuyaient pêle-mêle. D'un coup de grille il étendit un excellent bœuf et le tint sous lui. Je fus éveillé par le bruit, et à l'instant j'ordonnai qu'on lachat les chiens; horrible quadrupède fut mis en fuite. Quant au pauvre bœuf, ses jambes de devant et de derrière avaient été si horriblement lacérées que je fus obligé de le tuer dès le lendemain.
Vers neuf heures du matin je quittai Séléka. Au coucher du soleil je m'arrêtai sur les bords du Limpopo, en face de Guapa.
Je demeurai la plusieurs jours, en faisant d'heureuses excursions avec M. Orpen; nous traversions souvent la riviere pour chercher des éléphants.
En revenant de lune de ces expéditions nous fümes (émoin d'un spectacle qui nous remplit d'horreur. La tribu des Bamalettes, sur le territoire de laquelle nous chassions, avait été quelques mois auparavant allaquée et mise en fuite par Sicomy; un grand nombre d'indigènes avaient été massacrés, et ceux qui avaient pu échapper s'étaient rélugiés dans un ravin élevé dans les montagnes,
Nous visitames leur ville déserte et la terre sur laquelle ils avaient été poursuivis et tués. Rien n’était plus horrible que d’apercevoir les os blanchis et les cranes de ceux qui avaient péri; les loups et les chacals s'étaient régalés de leurs cadavres. L’herbe élait encore foulée autour de leurs squelettes; des cheveux, des débris de chair se voyaient çà et là, et le sang était resté visible sur toutes les pierres.
Le 43 je pris la direction du sud en avancant vers Charibe. Dans la soirée les naturels se mirent à assaisonner la chair d'une lionne que j'avais tuée la veille et qui était tres-grasse; ils considéraient ce mets comme un excellent manger. Quant à moi, malgré mon appétit et ma fablesse, car je pouvais à peine marcher, je ne pus me décider à partager leur repas. Je laissai ma cafetière et autres ustensiles nécessaires à M. Orpen; puis après avoir recouvré un peu de force, je me dirigeai vers la fontaine, où j'eus l’heureuse chance de tuer un pallah.
Le 25 juillet, au lever du soleil, nous descendimes la rivière en laissant derrière nous trois de mes chevaux ; deux étaient morts, le troisième se mourait des morsures des tsetsés. Le lendemain, sur le bord de l’eau, nous découvrimes les traces de trois vieux éléphants males. Nous les suivimes pendant cinq milles, et, a la fin, nous arrivames dans une campaene tellement ombragée d'acacias qu'il nous fut impossible de les voir davantage.
Après nous être un peu avancés, nous retrouvames les traces des éléphants, et, environ une heure avant le coucher du soleil, nous rencontrames enfin près de quinze de ces animaux.
Le vent était favorable; ils ne se doutèrent pas de notre approche. Tout en tournant lentement autour d'eux j’essayai de choisir le meilleur; il se tenait à ma droite, etses défenses surpassaient en beauté celles de ses camarades. Je le choisis done et parvins à l'abattre après un combat trés-court, car je ne tirai que cinq lois.
Les defenses de cet énorme animal étaient d'une perfection peu commune; je résolus de conserver tout son crâue, et, dans cette intention, j’envoyai un messager au camp pour qu'il ramenât un waggon. Trois jours s’ecoulérent avant qu'il arrivat; il lui fallait traverser le Limpopo à plusieurs milles audessus de mon camp. Pendant ce temps je m'occupai à faire cuire les pieds de l'éléphant pour les conserver.
En revenant au camp je tuai une très- belle girafe mâle dont je preparai Ja tête, Pendant plusieurs jours je fis avec succès la chasse aux éléphants dans les forêts qui couvrent le sol à l'est du Limpopo.
Le 7 nous atteignimes le village des Bakalaharis, où le pauvre Hendrick avait élé entrainé et dévoré par un lion. Je trouvai le village abandouné; il y
nn
avait des traces et du fumier d'éléphants à l'endroit où, la saison précédente, les chefs des naturels tenaient conseil.
Le 8 je me dirigeai vers la belle fontaine appelée Seboono, pour surprendre les éléphants au clair de lune.
Dans la soirée une troupe de vingt-deux girafes visita la fontaine; puis vinrent des koodoos, des zèbres et un superbe élan mâle. Je fus surpris de voir ce dernier, car je m'étais toujours figuré que les animaux de son espèce ne buvaient jamais.
Une heure après la chute du jour, plusieurs rhinocéros parurent, et bientôt après un bruit sourd m'annonça l'approche d'un éléphant. Il s’avanea; c'était un énorme male, qui n'avait qu une seule défense.
J'eus beaucoup de peine à l'abattre : la forêt était très-ombragée, et il y avait surtout beaucoup d'arbres à épines, le ciel était chargé de nuages. A la fin cependant l'animal tomba; il avait eu le corps criblé de vingt-cinq balles.
Le 22 août j'éprouvai le plaisir de compter ma provision d’ivoires, et je m'apereus que j'avais tué, dans le sud de l'Afrique, cent cing éléphants de choix. Comme ces animaux avaient déserté ces parages, nous partimes le 3 septembre, et fous descendimes
le Limpopo pour nous rendre dans les contrées fré- |
quentées par les hippopotames.
Jans la soirée, en retournant aux waggons, j’entendis M. Orpen engagé dans un combat avec un énorme hippopotame; il avait épuisé ses munitions. J'atlaquai l'animal à mon tour, et je finis par l’abattre, après lui avoir envoyé sept à huit balles.
Le 5, en descendant la rivière, nous tuâmes sept hippopotames superbes, dont deux étaient des mâles. L'un de ces monstres recut seize balles dans la tête avant d'expirer. Dans le plus fort du combat, un crocodile d'une grosseur prodigieuse, attiré par le sang, parut tout à coup devant nous et nagea autour de | hippopotame avec une rage sans pareille : les mouvements réunis des deux amphibies agitaient à un tel port le large courant, que les vagues couvrirent les deux rives, Je tuai le crocodile en lui décochant une seule balle qui l'atteignit au milieu de la tête.
En recevant le coup, le saurien se retourna sur le cole pendant quelques minutes et resta sans mouvement dans cette position à la surface de l’eau, une jambe de devant et une de derrière étendues et tremblant dans l'air comme une grenouille qui se meurt: ilexhala ensuite une forte odeur de muse et expira.
Le 47 je fus pris d'une fièvre rhumatismale aigué qui m'obligea de garder mon lit et qui me fit beaucoup souffrir, Tandis que j'étais dans ce triste état, M, Orpen, suivi de Présent, rencontra un énorme Wopord et lui fit one large blessure, Les naturels accoururent bientôt an camp et annoncérent que M. Orpen avail élé tué par le léopard.
En prenant de plus amples informations, j’appris que mon camarade n’était pas mort, mais qu'il était horriblement mutilé et mordu à la tête et aux bras. Ils avaient hardiment suivi à pied les traces du car-
nassier, les chiens étant derrière au lieu d'aller en -
avant. Ils s’approchérent de l'animal sans connaître sa position, et, tout à coup, Orpen l'ayant apercu le tira et le manqua. Le léopard s’élança alors sur lui, le prit par les épaules, l'étendit à terre, se coucha sur lui en rugissant, et lacéra affreusement ses mains, ses bras et sa tête.
Au bout de quelques minutes, le sang que perdait lanimal épuisa ses forces; il roula à quelques pas plus loin, ce qui permit à Orpen de se relever et de s’enfair. Où étaient le courageux Présent et les autres naturels? on n’en savait rien, mais ce que l’on n'ignora pas, c'est que pas un d'eux ne vint au secours de l'infortuné Orpen.
J'appris plus tard que, suivant la coutume établie parmi tous les domestiques des colonies, au moment où le léopard s'était élancé, Présent fit une décharge en l'air, puis se jeta à terre en rampant sur la rive, et, sautant dans le courant, avait nagé assez loin avant d’oser s'aventurer de nouveau sur la terre ferme. Les naturels, quoique nombreux et tous armés, avaient fui d'un autre côté.